Maroc: Au festival Zamane, la musique et le partage sur les traces des traditions du Sahara

Direction le sud du Maroc, à M'hamid El Ghizlane, où se tient ce week-end le festival Zamane. Cette commune aux portes du Sahara est connue pour être une ancienne étape des caravanes d'antan.

L'ambition de cet événement cherche justement à retisser les liens avec les communautés du désert aujourd'hui divisées par des frontières. Travailler également sur l'histoire, sur les traditions en invitant des artistes de la sous-région. Artistes qui sont bien souvent happés par la force du Sahara et de ses habitants.

Sous les tentes berbères, au pied des dunes, se retrouvent l'ensemble des doyens, notables et musiciens de la région. Malgré le vent qui lève le sable, thé et viande grillée sont servies, entre causeries et retrouvailles. Yacine Youssef explique l'importance du festival Zamane pour les communautés sahariennes : « Ce festival, c'est pour nos enfants et tous les habitants. Et surtout pour les jeunes qui veulent quitter la région, pour leur dire "nous sommes toujours là, voici nos coutumes, comment vivaient nos parents et nos ancêtres". Tout cela permet aussi de raconter nos sentiments ».

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Tombé amoureux de cet espace sans fin il y a de longues années, le virtuose du guembri et grand chanteur Aziz Sahmaoui est venu naturellement se mêler à cette vie du festival. Se caler avec ses musiciens au temps du désert pour partager sa musique et son identité.

« C'est une invitation qui nous ramène dans une nature puissante, donc il faut être humble. Et de toute façon, tout groove ici, les musiciens groovent, les gens groovent, la lenteur groove, le mouvement groove, c'est parce que c'est l'énergie qui décide d'être là tout simplement ». Une énergie puissante, fluide, transmise dans notamment dans une chanson jouée sur la scène et qui dit : « Le festival Zamane est là, venez chers amis, venez profiter ».

Caravane musicale ouest-africaine

Les anciens aiment dire que le désert lave les âmes et permet de se retrouver. Halim Sbai, le fondateur du festival, aime répéter que « c'est grâce à la musique que l'on peut changer le monde ». Tout juste arrivé du Mali, les pieds ancrés dans le sable, Vieux Farka Touré, fils de feu Ali Farka Touré, découvre ce lieu situé à 52 jours de dromadaire, indiquent les panneaux, de sa région de Tombouctou.

« Je ne sais pas pourquoi, je n'avais pas l'esprit tranquille de ne plus être dans le désert mais quand je suis arrivé ici, j'ai senti cet apaisement. Du coup, j'espère que l'on va retrouver la même chose chez nous au Mali, il faut que cette même paix règne à Tombouctou, à Gao, à Kidal, que l'on puise circuler dans le désert comme ici ».

Posé en bord de scène, à l'écoute de son acolyte malien, le Camerounais Emmanuel Pi Djob fait aussi partie de cette caravane musicale. Ce maitre du gospel qui cherche sans cesse ses racines a, lui aussi, trouvé à M'hamid El Ghizlane une nouvelle terre d'accueil et de découverte. « C'est paradoxal de dire qu'à 60 ans passés, on est allés à la rencontre de ses racines. Et en fait, j'arrive sur cette terre qui est un désert, c'est comme si je retrouvais des racines en moi que je ne connaissais pas », explique-t-il.

Des racines et des chants, notamment le chant Ganga des anciens esclaves, thème du festival Zamane cette année qu'Emmanuel Pi Djob s'est approprié sur scène avec le Maalem marocain, Ait Faraji. Pour une fusion sans fin, au coeur des dunes, entre le blues, le gospel et la transe gnaoua.

C'est certain que les guitares sont importantes, elles représentent le son du blues du désert. Les Guitares sont la transmission de ce que nous donne la nature et que l'on redonne au public.

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