Ile Maurice: Le cri du coeur d'un policier en souffrance

17 Novembre 2025

Pour cet article, notre interlocuteur a demandé à rester anonyme. Nous l'appellerons Mohamed. Jeune père et policier depuis plus de neuf ans, il porte sur ses épaules une responsabilité familiale lourde et, depuis peu, un poids professionnel qu'il dit devenu insoutenable. Son récit révèle un profond malaise, souvent tu, dans la police.

Affecté à un poste de la capitale depuis plusieurs an- nées, Mohamed affirme avoir appris sa mutation alors qu'il était en congé. «Je n'ai rien vu venir. En quelques heures, tout a basculé», confie-t-il. Très vite, des collègues l'appellent pour tenter de comprendre ce qui se trame. «Personne ne savait ce qui motivait ce transfert. Jusqu'à ce que certains me parlent d'allégations... comme quoi une unité m'aurait vu acheter de la drogue. Ils auraient même fait un rapport.» Les propos sont graves.

Mais Mohamed pose des questions simples : «Si j'avais vraiment acheté de l'héroïne, pourquoi ne m'a-t-on pas arrêté? Où est le rapport concernant le marchand auprès duquel je me serais approvisionné ?» Aucun élément concret, dit-il, ne lui a été présenté. «Il existe des procédures claires pour les dépistages. Alors pourquoi ne m'en a-t-on jamais fait passer ?» Pour lui, la mutation ressemble davantage à une sanction déguisée qu'à une décision administrative.

Un choc de plus dans une vie où l'équilibre familial est déjà fragile. Mohamed élève un enfant en bas âge et traverse, avec les siens, des difficultés personnelles. «Je sais que je ne suis pas le seul policier dans cette situation. Parfois, ce genre d'attitude broie des hommes. Certains finissent par se donner la mort tellement la pression est forte et infondée. Le harcèlement existe bel et bien.»

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Face à ce qu'il considère comme une injustice, Mohamed a tenté de suivre les voies officielles. Il dit avoir fait une déposition dans une station de police pour expliquer sa situation. «À ce jour, rien. Je me suis adressé à la National Human Rights Commission. Là aussi, aucune aide concrète.» Il dit ne pas comprendre ce qu'il perçoit comme une volonté de «débalancer la vie des gens».

«Quand vous dénoncez ce que vous voyez, comme des pratiques douteuses, vous êtes vite pris à partie. Ce n'est pas normal. Nous sommes entrés dans ce métier pour servir la population. Mais comment bien servir quand nous-mêmes, nous sommes au plus mal ?»

Selon lui, son cas n'est pas isolé. «Beaucoup de policiers se font rabaisser. On trouve un prétexte pour les déstabiliser. Ce n'est pas lié à un changement de régime. Ça a toujours été comme ça.» Mohamed dit avoir écrit à plusieurs reprises à sa hiérarchie pour demander des éclaircissements et solliciter un retour à Port-Louis, compte tenu de sa situation familiale. «Je n'ai rien contre l'unité de la Special Mobile Force (SMF). Mais je demande qu'on comprenne ma réalité. Sinon, je préférerais démissionner. Pas de gaieté de coeur, mais ma famille passe avant tout.»

De son côté, la police insiste : les redéploiements sont monnaie courante. «Si des policiers sont transférés vers l'unité de la SMF, ce n'est pas une sanction. La SMF est une unité importante. On ne peut pas parler de mesure punitive», soutient Suhail Lidialam, responsable des relations publiques de la force policière. Selon lui, ces décisions relèvent du commissaire de police et visent le bon fonctionnement du service. L'âge et l'expérience jouent également, dit-il, dans l'affectation des policiers. «Nous travaillons à une meilleure utilisation des ressources dont nous disposons.»

Pour Mohamed, toutefois, le malaise demeure entier. Entre accusations qu'il rejette fermement, procédures qu'il dit inexistantes et absence de réponses claires, il se sent aujourd'hui pris dans un étau. «J'aime mon métier. Mais à quel prix ?», souffle-til, la voix serrée. Son témoignage résonne comme un appel à l'écoute - celle de tous ceux qui, derrière l'uniforme, tentent d'accomplir leur mission tout en menant leurs propres combats invisibles.

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