Réunis hier, lundi 17 novembre, à l'initiative du think tank citoyen WATHI et de la Fondation Konrad Adenauer, trois spécialistes des relations internationales ont décortiqué les premiers mois de la diplomatie sénégalaise sous le président Bassirou Diomaye Faye. Une question clé traversait le débat : rupture ou continuité ?
Pour Serigne Bamba Gaye, ancien fonctionnaire onusien et enseignant au CHEDS, il est impossible d'analyser l'action diplomatique actuelle sans revisiter l'histoire politique extérieure du Sénégal depuis 1960. De Senghor à Diomaye, rappelle-t-il, la diplomatie n'est rien d'autre que l'outil de mise en oeuvre d'une politique étrangère structurée, portée par des fondamentaux solides : attachement au panafricanisme, logique des « cercles concentriques », multilatéralisme actif, respect du droit international et partenariats stratégiques.
« Le Sénégal est l'un des rares pays africains à disposer d'une politique étrangère constante », martèle-t-il.
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Selon lui, l'avènement de Diomaye Faye n'a pas bouleversé ces piliers, malgré une recomposition des relations avec la France et une volonté affirmée de diversification. Il parle plutôt d'un « renouvellement » dicté par la crise du multilatéralisme, les recompositions sécuritaires au Sahel et l'affirmation nouvelle de la souveraineté nationale.
Le Pr Mamadou Yaya Diallo, spécialiste de droit international à l'UCAD, partage cette lecture. Mais, tout en reconnaissant des accents nouveaux, il insiste sur la continuité d'un État demeuré attaché à la démocratie, aux droits humains et aux causes internationales comme celle de la Palestine. Sous Diomaye Faye, note-t-il, « l'intégration africaine connaît toutefois un regain d'intensité. Le président a consacré ses premières visites aux pays voisins et s'est vu confier un rôle clé dans le rapprochement entre la CEDEAO et les États de l'AES. »
Autre marqueur : le plaidoyer du chef de l'État pour un multilatéralisme rénové, où l'Afrique ne serait plus spectatrice mais force de proposition. De même, son discours sur le co-développement, articulé autour de la souveraineté économique et de l'attraction d'investissements sécurisés, introduit une dynamique nouvelle.
Pour Oumar Ndiaye, journaliste au quotidien Le Soleil, les éléments de rupture restent marginaux. A son avis, « La diplomatie sénégalaise demeure fidèle à ses constantes : panafricanisme, bon voisinage, partenariats historiques avec la France, le Maroc, les États-Unis ou l'Arabie Saoudite. » Dans la lignée de ses prédécesseurs, « Diomaye Faye poursuit aussi la diversification entamée depuis Abdoulaye Wade vers la Chine, la Turquie ou les BRICS », a ajouté le chef du service international du Quotidien Le Soleil. Concernant la CEDEAO, souligne-t-il, malgré les critiques et les crises internes, « le président sénégalais continue de défendre une intégration réformée mais préservée. »