Dans de nombreux pays africains, les systèmes de santé sont déjà mis à rude épreuve, luttant contre les maladies infectieuses, faisant face à l'augmentation des taux de maladies non transmissibles (MNT) et à un sous-financement chronique.
Au sein de ce système fragile, l'usage du tabac ajoute un autre lourd fardeau — un fardeau largement évitable.
La réduction des risques liés au tabac, qui offre des alternatives plus sûres à la cigarette, pourrait aider à atténuer cette pression. Pourtant, sur tout le continent, ces alternatives sont souvent restreintes ou purement et simplement interdites. Ce faisant, les gouvernements risquent d'aggraver les inégalités de santé existantes et de refuser à des millions de personnes une voie réaliste pour réduire les dommages pour leur santé.
Qu'est-ce que la Réduction des Risques liés au Tabac ?
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La Réduction des Risques liés au Tabac (RRT) est une approche de santé publique qui reconnaît que l'utilisation de tous les produits nicotinés ne comporte pas le même niveau de risque. Elle encourage les fumeurs qui ne peuvent ou ne veulent pas arrêter de fumer des cigarettes à passer à des alternatives à moindre risque, telles que la thérapie de substitution nicotinique, les cigarettes électroniques, le tabac chauffé (non brûlé) ou les produits sans fumée.
Selon le Royal College of Physicians (Royaume-Uni), la nicotine elle-même n'est pas responsable des principales maladies liées au tabagisme et des autres méfaits du tabac sur la santé, et le passage à des produits non combustibles peut réduire considérablement les risques pour la santé. La recherche a montré que la majorité des dommages du tabagisme proviennent de l'inhalation de produits chimiques toxiques produits par la combustion du tabac, et non de la nicotine elle-même.
Dans des contextes où les ressources sont limitées, comme c'est le cas sur de nombreux marchés africains, la RRT pourrait fournir un complément rentable à la lutte antitabac conventionnelle en réduisant les maladies liées au tabagisme sans épuiser des budgets de santé publique déjà limités.
L'ampleur du problème et les inégalités en matière de santé
Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), le tabac tue plus de 8 millions de personnes chaque année dans le monde, dont 7 millions meurent d'une consommation directe et environ 1,2 million d'une exposition indirecte. Près de 80 % des fumeurs dans le monde (plus d'un milliard de personnes) vivent dans des pays à revenu faible ou intermédiaire, dont beaucoup se trouvent en Afrique.
Sur le continent africain, la prévalence du tabagisme varie d'un pays à l'autre, mais reste significative partout. Cependant, dans certaines régions, elle augmente rapidement. Les taux de tabagisme sont généralement plus élevés dans les populations à faible revenu et rurales, qui ont moins accès aux soins de santé et au soutien au sevrage.
Ces disparités signifient que les maladies liées au tabac, telles que le cancer du poumon, les maladies cardiaques et les accidents vasculaires cérébraux, touchent de manière disproportionnée ceux qui sont déjà défavorisés, renforçant les cycles de pauvreté et de mauvaise santé.
Systèmes de santé en Afrique : Surchargés et sous-financés
Les systèmes de santé africains sont confrontés à des défis simultanés : pénuries de médecins et d'infirmiers, installations inadéquates, budgets limités et lourde charge des maladies infectieuses. Les maladies liées au tabac ajoutent une énorme pression sur les coûts.
Au Kenya, par exemple, le coût annuel des soins de santé pour traiter les maladies liées au tabac est estimé à 352 millions de dollars américains, un montant équivalent à une part considérable du budget national de la santé.
En Afrique du Sud, le coût économique total du tabagisme en 2016 s'élevait à 0,97 % du PIB, les dépenses de santé directes représentant 4 % des dépenses de santé totales.
Lorsque les systèmes de santé sont sous tension, chaque maladie évitable compte. Prévenir la maladie est beaucoup moins cher que la traiter, et la réduction des taux de tabagisme grâce aux stratégies de réduction des risques pourrait sauver à la fois des vies et des ressources.
Pourquoi la Réduction des Risques est plus importante en Afrique
1. La prévention coûte moins cher que le traitement : Traiter les maladies liées au tabac coûte beaucoup plus cher que de fournir des alternatives plus sûres. Réduire le nombre de fumeurs grâce à la RRT permet d'économiser de futures dépenses de santé et un capital humain indispensable.
2. Peu de services de sevrage existent : Partout en Afrique, les programmes de sevrage structurés, la thérapie de substitution nicotinique et le conseil sont rares. La RRT offre aux fumeurs qui n'ont pas accès à un soutien formel une autre voie pour réduire les risques de leurs comportements.
3. L'épidémie de tabagisme sur le continent continue de croître : L'Afrique est l'une des deux seules régions où le nombre de fumeurs continue d'augmenter, un taux qui a augmenté de 75 % depuis 1990 en Afrique subsaharienne. Si des alternatives plus sûres restent inaccessibles, le fardeau futur sera encore plus lourd.
4.Équité et accès : Les fumeurs plus aisés dans les centres urbains peuvent plus facilement arrêter ou importer des alternatives, tandis que les fumeurs des communautés plus pauvres et rurales ne le peuvent pas. Un cadre de réduction des risques bien réglementé et fondé sur la science garantit que tout le monde a la même opportunité de passer à une alternative plus sûre ou d'arrêter.
L'interdiction des alternatives de réduction des risques aggrave les inégalités
Malgré les preuves, plusieurs gouvernements africains ont soit interdit, soit fortement restreint les produits nicotiniques à risque réduit.
Bien que cela soit souvent fait au nom de la protection de la jeunesse, de telles interdictions peuvent avoir des conséquences involontaires :
* Les fumeurs adultes continuent d'utiliser des cigarettes combustibles, perpétuant le fardeau sanitaire.
* Les populations plus pauvres qui n'ont pas accès aux aides au sevrage sont touchées de manière disproportionnée.
* Des marchés noirs non réglementés émergent, introduisant des produits contrefaits et dangereux et érodant les recettes publiques.
En revanche, un cadre réglementé de RRT avec des limites d'âge strictes, des contrôles de qualité et une éducation du public peut permettre aux adultes de faire des choix éclairés et plus sûrs tout en protégeant les jeunes contre l'adoption du tabagisme.
Une voie à suivre plus intelligente
Les gouvernements africains peuvent renforcer à la fois l'équité en santé et la résilience du système en intégrant la RRT dans des stratégies plus larges de lutte antitabac.
Cela comprend :
* Réglementer les alternatives plus sûres plutôt que de les interdire purement et simplement.
* Éduquer le public sur les risques relatifs des produits nicotiniques.
* Subventionner le soutien au sevrage et garantir l'abordabilité des alternatives plus sûres.
* Protéger les jeunes par des règles strictes en matière de marketing et d'accès.
* Surveiller l'impact pour garantir que les avantages de la RRT atteignent les plus vulnérables.
Alors que les projecteurs mondiaux se braquent sur la COP11 de la CCLAT qui se tiendra à Genève, l'enjeu pour l'Afrique ne pourrait être plus grand. La COP11 façonne l'orientation mondiale de la lutte antitabac pour les années à venir, notamment si les alternatives nicotiniques plus sûres sont reconnues comme faisant partie d'une stratégie globale et scientifique ou si elles sont davantage restreintes sous la pression de positions idéologiques.
Pour les gouvernements africains — confrontés à l'augmentation des taux de tabagisme, à des systèmes de santé surchargés et à des inégalités de santé croissantes — cette réunion représente une opportunité critique de plaider pour des politiques fondées sur des preuves, et non sur la peur.
Les décisions prises à Genève détermineront si des millions de fumeurs africains auront accès à des alternatives réglementées et plus sûres, ou si le continent restera enfermé dans un cycle de maladies évitables en s'appuyant uniquement sur le tabac combustible. La COP11 n'est donc pas seulement un autre événement politique ; c'est un moment crucial qui pourrait redéfinir la trajectoire de la santé publique en Afrique.
Conclusion
La Réduction des Risques liés au Tabac n'est pas une panacée, mais en Afrique, elle pourrait être une bouée de sauvetage. Lorsque les systèmes de santé sont déjà sous tension et que les ressources sont rares, la prévention par des alternatives plus sûres coûte beaucoup moins cher que le traitement d'une maladie évitable. La population croissante de fumeurs sur le continent mérite des options réalistes, et non des interdictions qui les repoussent encore plus à la marge. Lors de la COP 11, les États membres africains devraient être conscients de ces réalités. Sur un continent où chaque lit d'hôpital compte et où chaque vie est importante, la Réduction des Risques liés au Tabac n'est pas un luxe, c'est une nécessité morale et économique.