Le Sénégal a accueilli la toute première réunion africaine du Forum Mondial des Pêcheurs et Travailleurs de la Pêche (WFFP) à Saly-Portudal , une organisation internationale qui rassemble plus de 110 organisations issues de 29 pays et représentant plus de dix millions de pêcheurs artisanaux.
La rencontre, présidée au nom de la ministre des Pêches et de l'Économie maritime, par son conseiller technique Mamadou Goudiaby , a réuni institutions publiques, partenaires techniques et financiers, organisations nationales et délégués venus d'Afrique, d'Asie, d'Europe et d'Amérique du Sud.
Dans son allocution d'ouverture, Daouda Ndiaye, co-président du WFFP et vice-président du CONIPAS, a rappelé la vocation première du Forum : défendre les droits et les moyens de subsistance des pêcheurs artisanaux, menacés par un système économique mondial qui « privilégie le profit au détriment de la vie des communautés ». Depuis sa création en 2021 à New Delhi, le WFFP concentre son action sur des problématiques devenues critiques : destruction des habitats marins, pollution, surpêche et pêche INN (illicite, non déclarée et non réglementée).
Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn
Les menaces se multiplient, selon Daouda Ndiaye , au point de constituer ce qu'il qualifie de « pélagocide », une mort programmée des écosystèmes marins. L'exploitation pétrolière et gazière, le développement du tourisme balnéaire, le trafic maritime ou encore la pêche industrielle sont autant de pressions qui réduisent l'espace vital des communautés littorales. Les chalutiers de fond sont particulièrement pointés du doigt : en détruisant les fonds marins, ils libèrent des stocks naturels de carbone et aggravent le réchauffement climatique.
Daouda Ndiaye a également exprimé des réserves sur la multiplication des Aires Marines Protégées (AMP), perçues comme des zones d'exclusion : « On peut préserver la biodiversité sans priver les pêcheurs de leurs territoires ni condamner l'avenir des jeunes. » Il met en garde contre un encadrement juridique trop rigide, susceptible de criminaliser la pêche artisanale au lieu d'en faire un allié de la conservation.
Cette rencontre africaine du WFFP intervient dans un contexte où les États cherchent à concilier exploitation des ressources, protection de l'environnement et survie des économies locales. Un défi majeur, alors même que la demande mondiale d'énergie continue d'alimenter les industries extractives qui fragilisent les océans.
En accueillant le Forum, le Sénégal entend jouer un rôle moteur dans la recherche de solutions équilibrées, où les communautés de pêcheurs, premières sentinelles de la mer, seraient enfin reconnues comme des partenaires incontournables de la gouvernance durable des océans.