Tchad: L'inaction face aux conflits agropastoraux

20 Novembre 2025

Selon Amnesty International, les autorités tchadiennes n'ont pas protégé les victimes des affrontements armés entre éleveurs et agriculteurs.

Amnesty International a publié ce jeudi (20.11), un rapport révélant que les autorités tchadiennes n'ont pas protégé les victimes des affrontements armés entre éleveurs et agriculteurs. Ce manquement soulève des inquiétudes quant au respect des droits humains fondamentaux, notamment le droit à la justice et aux réparations pour les victimes. Des précisions avec notre correspondant à Moundou, Emmanuel Ali Golmem.

Ce rapport documente sept cas de violence entre éleveurs et agriculteurs qui, entre 2022 et 2024, ont causé la mort de 98 personnes et fait une centaine de blessés. Des centaines de familles se sont aussi retrouvées sans domicile ni source de revenus.

Pire encore, selon les données des Nations unies, au cours des dernières années, ces violences auraient causé la mort de milliers de personnes, illustrant ainsi une crise humanitaire préoccupante.

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Toujours selon Amnesty International, les autorités tchadiennes "échouent à protéger les citoyens de manière adéquate".

L'ONG dénonce ainsi une certaine impunité en affirmant que "les individus suspectés de meurtres, de pillages et de destructions de biens sont rarement traduits en justice".

"L'Etat doit prendre ses responsabilités"

Dago Yacoub est le délégué général du gouvernement auprès de la province du Logone Occidental, dans le sud du pays, où a eu lieu, en mai dernier, à Mandakao, un massacre qui a coûté la vie à une quarantaine de personnes issues de la communauté peul.

Il estime qu'il est impératif que "la justice doit effectuer son travail, l'État doit prendre ses responsabilités parce qu'en matière de sécurité, c'est l'État qui est responsable. Donc ça nous incombe. Peut-être que la défaillance vient de nous, du fait qu'on parle maintenant de démocratie. Le fait d'être souple et de suivre les choses normalement, ça devient une faiblesse de l'État. Moi, je ne peux accepter cela. Nous allons voir avec la justice. Ceux qui commettent des crimes seront châtiés selon la loi."

Selon Amnesty International, des témoignages indiquent que "certains administrateurs locaux possèdent du bétail et le confient à des éleveurs armés." Cette situation qui "compromet la neutralité administrative", ajoute l'organisation.

Pour Agnès Callamard, secrétaire générale d'Amnesty International, il est ainsi impératif que des mesures soient mises en oeuvre pour garantir la sécurité de tous les citoyens, indépendamment de leur statut ou de leur origine.

L'évêque du diocèse de Moundou, monseigneur Joachim Kouraleyo Tarounga, accuse, pour sa part, les autorités de ne pas vouloir rétablir la paix.

Selon lui, "la paix est d'abord fondamentalement, au Tchad, une affaire politique, une affaire de gouvernance. Rejeter tout sur les populations, c'est une manière de fuir ses propres responsabilités. Il est important que nous ayons l'honnêteté intellectuelle d'analyser profondément les causes de la paix au Tchad. Et surtout, engageons-nous, faisons des actes concrets pour que la paix revienne au Tchad. La paix au Tchad dépend d'abord de la politique tchadienne. Si les autorités ne veulent pas de la paix, il n'y aura pas de la paix et jusqu'aujourd'hui, elles n'en veulent pas."

S'attaquer aux causes profondes des conflits

Le délégué général du gouvernement auprès de la province voisine du Logone Oriental, Toké Dadi, a récemment rappelé que la cause de ces violences est la tension entre les communautés des éleveurs (peuls et arabes) et des agriculteurs (saras), mais que personne n'ose le dire.

Il observe que "tout de suite, on a des préjugés, on fait des jugements de valeur, on se positionne en fonction de notre appartenance. Le problème est vrai, il existe, mais il faut en chercher la racine, la vraie cause qui crée les effets. Jusque-là, les pouvoirs publics, la justice, les pouvoirs traditionnels, ne font que courir derrière les effets qui sont créés par ces causes, mais jamais on ne cherche à s'attaquer aux vraies causes du problème".

Lors d'une récente rencontre organisée à Doba, réunissant les chefs de cantons, les sultans et les chefs de ferrick (chefs traditionnels des éleveurs, ndlr), des recommandations ont été formulées pour tenter d'apporter des solutions.

Il a été suggéré notamment de créer des forêts communautaires autour de chaque village. De plus, le développement d'une agriculture moderne a été recommandé, tout en favorisant une pratique durable et respectueuse de l'environnement.

Enfin, il a été décidé d'instaurer une interdiction formelle de la déforestation, dans l'espoir d'une éventuelle compensation pour les communautés affectées.

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