Afrique: Les Africains sont pour l'autonomie des femmes dans les décisions relatives au mariage et à la procréation, mais divisés sur l'accès à la contraception

20 Novembre 2025

De larges majorités se prononcent en faveur de l'éducation sexuelle et du maintien des filles enceintes à l'école.

Key findings

  • En moyenne à travers 38 pays, une grande majorité d'Africains estiment que les femmes devraient pouvoir décider elles-mêmes si et quand elles veulent se marier (75%), ainsi que quand elles veulent avoir des enfants et combien elles veulent en avoir (62%). o Les femmes sont nettement plus nombreuses que les hommes à soutenir la liberté des femmes quant aux décisions matrimoniales (78% contre 71%) et aux choix de reproduction (69% contre 55%). o Les opinions quant à la liberté des femmes varient considérablement d'un pays à l'autre, d'une opposition majoritaire au Mali et en Mauritanie à un soutien massif aux Seychelles, en Afrique du Sud, au Cabo Verde et à São Tomé et Principe.
  • Plus de sept Africains sur 10 (73%) approuvent l'enseignement de l'éducation à la sexualité à l'école. Ce soutien est quasi universel à Madagascar et au Cabo Verde, mais tombe à moins d'un quart des citoyens au Maroc et en Mauritanie.
  • Environ huit citoyens sur 10 (81%), dont la majorité dans tous les pays sondés, estiment que les filles qui tombent enceintes ou ont des enfants devraient être autorisées à poursuivre leur scolarité.
  • La majorité (58%) des Africains estiment que les contraceptifs devraient être mis à la disposition de toute personne sexuellement active quel que soit son statut marital. o Mais seulement la moitié (49%) d'entre eux seraient disposés à les mettre à la disposition de toute personne sexuellement active quel que soit son âge. o L'accès aux contraceptifs, indépendamment de la situation matrimoniale et de l'âge est moins populaire parmi les habitants des zones rurales, les personnes âgées et les citoyens moins instruits.
  • La majorité (63%) des citoyens estiment que l'avortement peut « parfois » ou « toujours » se justifier si la santé ou la vie de la femme est en danger. o Presque la moitié (48%) des Africains sont du même avis pour les grossesses résultant d'un viol ou d'un inceste, tandis que l'autre moitié (47%) des répondants ne sont pas d'accord. o Une forte majorité de répondants estiment que l'interruption de grossesse n'est « jamais justifiée » dans les cas où la femme n'a pas les moyens financiers de s'occuper d'un enfant (65%) ou lorsqu'elle ne souhaite pas mener sa grossesse à terme pour quelque raison que ce soit (69%).

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

L'opinion publique sur la santé et les droits sexuels et reproductifs en Afrique est très diverse et en constante évolution (Svallfors et al., 2024 ; Uka, White, & Smith, 2024). Partout sur le continent, les croyances traditionnelles, la religion et les normes culturelles ont longtemps façonné les attitudes à l'égard de sujets tels que la liberté de décision, la contraception, l'éducation à la sexualité et le choix de la reproduction (Amoah, Larle, Beyuo, & Be-Ikuu, 2025). Dans de nombreuses communautés, ces sujets sont encore considérés sensibles ou tabous, et les opinions conservatrices dominent souvent les débats publics (Mbarushimana, Conco, & Goldstein, 2022 ; Lukumay et al., 2023 ; Mohammed Tohit & Haque, 2024). Un certain changement est toutefois amorcé.

Les jeunes générations, les activistes des droits de la femme et l'accès croissant à l'information contribuent à faire évoluer les mentalités au sein des communautés locales (Egbende et al., 2024). De plus en plus d'Africains reconnaissent que donner aux femmes et aux filles les moyens de prendre des décisions éclairées au sujet de leur corps et leur santé profite aux familles, aux communautés et aux économies (Union Africaine, 2018 ; Groupe de la Banque Mondiale, 2024). Les initiatives d'autonomisation des femmes et les interventions ciblées des gouvernements et des partenaires au développement ont contribué à renforcer le soutien à l'accès à la planification familiale, aux soins de santé maternelle et à la lutte contre des pratiques telles que le mariage précoce et les mutilations génitales féminines (Diagana, 2023 ; Farina, Ortensi, Pettinato, & Ripamonti, 2022).

Les dernières enquêtes Afrobarometer, effectuées entre janvier 2024 et septembre 2025 à travers 38 pays africains, mettent en lumière l'ampleur et les divergences de l'opinion publique sur ces sujets. Si une majorité importante de répondants soutiennent la liberté des femmes dans les décisions relatives au mariage et à la maternité et sont favorables à l'éducation à la sexualité, les opinions sont plus mitigées quant à l'accès aux contraceptifs. Les Africains sont à part égales divisés sur la question de l'avortement : Les résultats montrent une large acceptation du principe de l'interruption volontaire de grossesse lorsque la santé ou la vie de la mère est en danger, mais seulement la moitié des citoyens considèrent l'avortement justifiable lorsque la grossesse est due à un viol ou à un inceste, et il existe une forte opposition à l'avortement lorsque la femme ne souhaite pas avoir d'enfant ou n'a pas les moyens de s'en occuper.

Les résultats révèlent l'importance des facteurs contextuels dans le façonnement des opinions et de la disposition des gens à parler de la santé et des droits sexuels et reproductifs des femmes et des filles en Afrique. Outre les lois et les normes culturelles et religieuses qui varient d'un pays à l'autre, ces facteurs incluent les différences intra-nationales entre les groupes démographiques, telles que l'âge, le sexe, la localisation urbaine ou rurale et le niveau d'éducation.

Maame Akua Amoah Twum Maame Akua is the communications manager at Afrobarometer

Rajen Govender Rajen Govender is an associate professor at the University of Cape Town's Mandela School of Public Governance.

Joseph Asunka Joseph Asunka is the chief executive officer at Afrobarometer.

AllAfrica publie environ 400 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.