Sénégal: Salaires impayés des travailleurs, coupures d'eau, d'électricité et d'internet au CNAMS... déminage en péril en Casamance

21 Novembre 2025

Le processus de déminage serait-il en péril en Casamance ? Tout porte à le croire, d'autant que le Centre National d'Action Anti mines au Sénégal (CNAMS) est au coeur d'une crise profonde qui menace directement les opérations de déminage dans cette partie de la zone sud du Sénégal. Après plusieurs mois d'alerte, les travailleurs du centre ont décidé de se faire entendre. Hier, ils sont sortis de leur réserve, brassards rouges en évidence, pour dénoncer ce qu'ils qualifient de situation inquiétante. Dans un désarroi total, ils ont soulevé une panoplie de difficultés qui vont des arriérés de salaire aux services coupés.

Une situation insoutenable décrite par ces travailleurs du CNAMS mobilisés hier, jeudi, devant leur service pour lancer un cri de coeur. La colère est d'abord sociale. Les employés cumulent désormais sept mois d'arriérés de salaire, une situation devenue intenable pour nombre d'entre eux. « Comment continuer à servir l'État quand on ne peut plus subvenir à ses besoins les plus élémentaires?», s'interroge Diogoye Sène, porte-parole des travailleurs, qui décrit un personnel exténué et moralement meurtri. « Nous trainons sept mois d'arriérés de salaire», déplore-t-il.

Mais le malaise va bien au-delà des questions salariales : le centre a récemment subi des coupures d'eau, d'électricité et d'internet, paralysant presque totalement le travail administratif et opérationnel. Pour une structure nationale chargée de sécuriser des zones encore minées, ces interruptions sont plus qu'un simple dysfonctionnement, elles compromettent la mission même du CNAMS.

Conséquence : les opérations de déminage sont quasiment à l'arrêt. « Le Programme de déminage humanitaire de la Casamance, mis en oeuvre par le CNAMS traverse cruellement une crise profonde qui ralentit sérieusement la poursuite des activités sur le terrain (avec plus de 1.200.000 m2 à déminer), compromet la sécurité des populations déplacées qui sont retournées dans leur terroir », martèle M Sène.

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Les conséquences sur le terrain sont alarmantes dans une région où les mines continuent de représenter un danger pour les populations. Selon les travailleurs, les retards accumulés mettent en péril la sécurité des communautés locales et ralentissent des chantiers essentiels pour la reconstruction économique et sociale de la zone. A cette crise structurelle s'ajoute une fracture interne. Les travailleurs pointent « l'absentéisme répété » du directeur général, dont la faible présence aurait aggravé la désorganisation du centre aujourd'hui sans cap.

« Depuis 5 mois, le Directeur n'a pas mis pied ici au CNAMS », s'indigne le porte-parole Diogoye Sène. Et comme si cela ne suffisait pas ils exigent désormais un audit complet, convaincus que seule une évaluation externe permettra de tirer au clair la gestion et de relancer l'institution. « Nous avons besoin de transparence. Le CNAMS ne peut pas être dirigé à distance », martèlent les employés, qui estiment que leur mission vitale mérite un leadership présent et engagé.

Face à cette situation explosive, les travailleurs interpellent directement les autorités étatiques. Ils demandent au gouvernement de mener un audit complet du centre qui croule depuis sous le poids des difficultés. Question lourde de sens: le déminage humanitaire reste-t-il l'une des priorités du Plan Diomaye pour la Casamance ? Car si les opérations de déminage venaient à s'enliser durablement, c'est tout le processus de paix, de sécurité et de développement dans le sud du pays qui pourrait en payer le prix.

Après des signaux d'alerte ignorés, les travailleurs du CNAMS interpellent le chef de l'Etat et le Premier Ministre sur l'urgence de paiement des salaires mais aussi de redresser la gouvernance du centre et rétablir un climat de travail sain et transparent. En attendant des réponses, le CNAMS continue de fonctionner en mode dégradé, entre découragement et sentiment d'abandon. Pour les travailleurs, l'heure est grave : sans action rapide, c'est l'un des piliers de la stabilité en Casamance qui risque de s'effondrer.

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