Plus de peur que de mal pour le processus électoral bissau-guinéen ? On attendra la proclamation des résultats des scrutins législatif et présidentiel d'hier pour être affirmatif. Si la rue s'agite peu ou pas du tout. En tout cas, l'ambiance y était des plus tendues, électrisée par une campagne électorale au cours de laquelle, le discours volait au ras des pâquerettes.
Une atmosphère tendue qui a inquiété plus d'un observateur et des figures des organisations de la société civile, défenderesses des droits de l'homme et de la démocratie multipartite. Mais pas seulement qu'elles, l'exécutif aussi y est allé de sa forte dose de prévention d'éventuels troubles en faisant patrouiller l'armée la veille et le jour du scrutin, en bloquant certaines artères de la capitale et en fermant l'aéroport international à tous les vols.
Des mesures qui ont certainement contribué au calme qui s'est observé hier durant les opérations de vote, contrastant avec les plaintes de l'opposition sur des enlèvements, des bastonnades et des intimidations de leurs militants durant la campagne électorale. Idem pour certaines OSC, observatrices du processus électoral qui mettent en index des intimidations de leurs cadres, des journalistes indépendants et surtout l'expulsion des correspondants de médias étrangers, en particulier des journalistes portugais.
Quand on sait que le Parti africain de l'indépendance de la Guinée-Bissau (PAIGC) qui avait croisé le fer avec le colonisateur espagnol pour lui arracher l'indépendance du pays, l'a gouverné pendant 30 ans et a vu son candidat, Domigos Simoes Pereira, interdit de prendre part à la présidentielle, on pourra se réjouir du calme qui a prévalu hier, jour du scrutin.
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Mais l'arbre du calme le jour des votes ne doit pas cacher la forêt d'un processus électoral sinon vicieux, vicié, ou tout le moins bridé par le candidat sortant. C'est connu, Umaru Sissoko Embalo pour une présumée tentative de coup d'Etat a dissous l'Assemblée nationale depuis 2023 et reporté, officiellement pour des raisons de sécurité, les élections qui devraient se tenir en novembre 2024 pour enfin les organiser maintenant.
Dès lors, il a prêté le flanc aux critiques qui disent qu'il a choisi le moment, les organisateurs et les adversaires à sa mesure pour des élections qu'il va remporter haut la main. En effet, en l'absence du PAIGC et de son candidat à la présidentielle, considérés comme ses adversaires les plus crédibles, Embalo Sissoko est plus qu'en pole position pour se succéder à la tête de l'Etat bissau-guinéen. C'est du moins ce qu'il espère, lui qui au cours de la campagne électorale a déclaré à plusieurs reprises qu'il sera réélu dès le premier tour.
Pour sûr, il s'en a donné les moyens par le choix du moment, des hommes et aussi la logistique d'une campagne riche en débauche de finances. Cela suffira-t-elle à lui donner les garanties de tenir encore les rênes de la Guinée-Bissau ? On attend de voir non sans rappeler que la Guinée-Bissau est malheureusement connue pour son instabilité politique.
En 50 ans d'indépendance, ce petit pays de moins de 2,5 millions d'habitants, aura enregistré 4 coups d'Etat avérés et 17 autres, tentatives réelles ou présumées. Une violence en politique qui a emporté l'ancien président Joao Bernardo Viera, assassiné en mars 2009. On n'oublie pas les mutineries à répétition qui ont fragilisé plus ou moins la cohésion des forces de défense et de sécurité.
Une chose est de se faire réélire, une autre sera pour Embalo Sissoko, de gouverner un pays en paix avec des institutions fortes et crédibles.