Cameroun: Le blocage gérontocratique et l'inaction de la jeunesse face à l'alternance

24 Novembre 2025
opinion

Le paysage politique camerounais est marqué par une longévité des figures de pouvoir rarement égalée, soulevant une question fondamentale sur l'avenir de la démocratie et de l'alternance. L'addition des âges de quatre personnalités clés de l'appareil d'État (Paul Biya à la Présidence, Niat Njifenji au Sénat, Atanga Clément au Conseil constitutionnel et Cavayé Yeguie Djibril à l'Assemblée nationale) totalise environ 352 ans.

Ce chiffre symbolique illustre la mainmise durable d'une élite sur les leviers de la gouvernance et de l'État, une situation qui semble se perpétuer par un système bien huilé favorisant la succession au profit d'une descendance triée sur le volet dans les grandes écoles de la République.

Face à cette concentration du pouvoir, l'opposition, malgré des figures de proue notables comme Maurice Kamto, Issa Tchiroma, Me Alice Nkom et Anicet Ekane, dont l'âge cumulé avoisine les 301 ans, peine également à incarner l'alternance générationnelle tant attendue. Il est légitime de se demander quel est le rôle de la jeunesse dans cette dynamique de construction nationale et dans l'exigence d'une véritable démocratie au Cameroun.

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Une analyse sans complaisance révèle une jeunesse divisée et, pour une partie d'entre elle, dangereusement passive. Si la pression pour l'alternance et la démocratie a toujours été, dans l'histoire des nations, l'apanage des jeunes générations, une certaine fraction de la jeunesse camerounaise est malheureusement jugée corruptible, jalouse et instrumentalisée. Cette passivité est alimentée par une misérable survie économique, où une somme dérisoire de 2000 FCFA suffit à hypothéquer le développement de tout un pays, souvent sous l'impulsion de logiques tribales.

Cette inertie contraste vivement avec le courage de ceux qui manifestent pour contester la longévité du pouvoir. L'absence criante d'une jeunesse forte, solidaire et charismatique laisse un vide politique comblé par ces "parents retraités" de l'opposition, qui estiment à juste titre que la jeune génération actuelle manque d'intégrité et est facilement manipulable. Peut-on alors reprocher à Maurice Kamto ou à Me Alice Nkom de vouloir remplacer les "vieux" par d'autres "vieux", quand la relève jeune est perçue comme dangereuse, ingrate et inapte aux sacrifices ?

La jeunesse étudiante ou les jeunes commerçants, qui préfèrent jouir de la vie ou refuser de perdre quelques jours de revenus lors des appels à "ville morte", s'exposent inéluctablement au destin du conducteur de moto-taxi, sans espoir d'un avenir meilleur. La responsabilité de cette stagnation ne repose pas uniquement sur l'élite au pouvoir, mais aussi sur une jeunesse qui, par son manque de solidarité et de charisme, échoue à s'imposer.

L'immobilisme de la jeunesse est la véritable machine bien huilée qui permet à la longévité au pouvoir de perdurer, rendant les efforts des figures d'opposition matures, qui devraient être à la retraite, nécessaires mais aussi symptomatiques d'un échec générationnel.

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