Cote d'Ivoire: Portrait/Mariam Kamaté (vendeuse de noix de coco) - Elle veut se tailler une place sous les cocotiers

24 Novembre 2025

La jeune femme a étudié les bienfaits du fruit avant de se lancer dans ce commerce. Aujourd'hui, elle vend de l'eau de coco nature à partir de laquelle elle concocte des cocktails rafraichissants pour se faire une place au soleil.

De loin, elle nous fait de grands gestes de la main pour nous signaler sa présence.

La jeune femme, silhouette élégante, est habillée dans un bel ensemble pantalon belge avec des bandes noires. Ses tresses au mèches noires encadrent un visage aux traits réguliers et soulignent l'éclat de son teint clair. Le sautoir qu'elle porte ajoute un chic à sa tenue.

Derrière son stand de noix de coco, Mariam Kamaté « gnanh » comme le diraient des jeunes en noushi, l'argot ivoirien. On pourrait bien lui décerner le titre de la plus belle vendeuse de noix de coco du pays. Seulement, à 38 ans, la jeune femme, mère de deux enfants, ne se laisse pas avoir par la flatterie.

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« Franchement, je vous dis merci, mais la beauté et le style s'entretiennent. Il faut donc travailler et gagner de l'argent pour le faire, c'est pourquoi je vends coco », lance-t-elle en riant.

Son étal métallique qu'elle a pensé et fait réaliser par un ferronnier la distingue les « pousse-pousse » et autres brouettes auxquels nous ont habitués les vendeurs de noix de coco dans la rue, est situé à proximité de l'ancienne ambassade de Chine, à Cocody-Angré.

Ce 7 novembre, comme tous les jours, elle propose de l'eau de coco. « Mes clients, c'est tout le monde. Les automobilistes, les passants et même des élèves », indique-t-elle. Depuis quelques jours, la ravissante vendeuse de coco bénéficie du soutien d'un vendeur en costume et noeud papillon qui profite du ralentissement de la circulation sur cette voie très fréquentée pour proposer de l'eau de coco aux automobilistes... la stratégie de vente est efficace.

Le défi est de vendre un nombre bien défini de noix par jour « Si ce nombre est atteint, on ne pense même pas à aller travailler dans un bureau », affirme-t-elle. La jeune femme est à la recherche de bons emplacements pour multiplier ses points de vente. « L'emplacement est déterminant dans la réussite de cette activité. J'espère que la mairie de Cocody va m'aider », confie-t-elle.

La magie des réseaux sociaux

C'est sur les réseaux sociaux que nous avons découvert Mariam à travers l'histoire de César, un jeune homme à qui elle a donné du travail pour rallumer en lui la flamme de l'espoir.

« César est arrivé un jour. Il voulait acheter une noix de coco, je lui ai dit qu'elle coûtait 300 Fcfa. Il m'a dit : maman pardon j'ai faim mais j'ai 200 Fcfa. J'ai accepté de lui vendre la noix à ce prix et j'ai commencé à lui poser des questions. Il vivait des moments difficiles. Je venais de lancer cette activité et elle ne me rapportait pas beaucoup, je lui ai quand même proposé un boulot pour l'aider. Je lui ai suggéré un salaire que je pouvais payer même si les premiers mois étaient difficiles », relate-t-elle.

Cette histoire mise en ligne par « Les réalistes » a touché des milliers de personnes par la bonté et sûrement la classe de cette vendeuse de coco atypique.

Aujourd'hui, César qu'elle a gardé sous son aile a pris suffisamment de force pour pouvoir voler vers d'autres branches. Mariam en est heureuse. « Quand on peut faire le bien, il faut le faire comme Dieu nous le prescrit sans rien attendre en retour. C'est Dieu qui gère le reste », dit-elle.

À ses côtés, un autre jeune a pris la place de César pour poursuivre l'aventure. Il faut voir derrière cette vente de noix de coco à la criée, les balbutiements d'un business dont les prochaines étapes ont été minutieusement élaborées.

Un business juteux à révolutionner

« Je n'ai pas fait de grandes études, je me suis arrêtée à la classe de 5e », relève la vendeuse de coco. Elle apprendra à son rythme pour arriver un jour à passer le Baccalauréat en candidat libre. Avec un diplôme en secrétariat bureautique, elle travaillera même comme réceptionniste pour des multinationales.

Seulement, dans son Adn, on trouve le goût du commerce hérité de sa maman. Pour elle, attendre les fins de mois pour percevoir un salaire installe le travailleur dans l'inconfort et l'insécurité sociale. La jeune entrepreneure estime que la stabilité financière est essentielle à l'équilibre de tout individu. « Il faut avoir au moins quatre sources de revenus », indique-t-elle.

La douceur de sa voix ne dilue pas sa détermination pour une ascension sociale dans le labeur. Elle fait un départ négocié et sort de la bureaucratie routinière. Elle investit dans les résidences meublées et l'événementiel. « J'organise les festivals de jeux et je fais aussi la localisation de jeux enfant, je fais la location de tables et chaises pour enfants et adultes », nous explique-t-elle.

Ces activités ne l'occupant en général que les week-ends, Mariam Kamaté était toujours à la recherche de nouvelles idées de business.

C'est au cours d'une visite du Salon international de l'agriculture et des ressources animales (Sara) que germe l'idée de la vente de noix de coco. Sur son téléphone portable, elle nous montre comment l'idée a évolué et surtout le futur qu'elle a dessiné. Et l'histoire qu'elle veut nous raconter autour de la noix de coco est captivante. Avec l'eau de coco, elle concocte des cocktails à l'orange, à la pastèque ou au fruit de la passion. Des boissons saines et délicieuses.

Avec elle, les noix de coco trônent à côté des boissons et autres cocktails traditionnels lors de nombreuses célébrations. « L'eau de coco a de nombreuses vertus pour la santé. Ma vision c'est d'avoir plusieurs stands de coco chic partout en Côte d'Ivoire et révolutionner la vente de noix coco », assure Mariam. Juste ça et nous n'en saurons pas plus.

Ne dit-on pas que les rêves fleurissent mieux en secret et surtout loin des yeux des voleurs d'idées ? Que ceux qui n'y croient pas passent leur route. Et le venin des langues de vipère qui continuent de dire qu'elle est trop jolie pour vendre des noix de coco la remplit parfois de tristesse. « Ceux qui me connaissent savent que je suis une travailleuse », rétorque-t-elle simplement.

C'est par le succès qu'elle compte bien confondre ceux qui ne vendent pas chère sa peau dans cette activité.

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