Afrique: Cop 30/Reportage - A Belém, on bat froid à la Cop

24 Novembre 2025

L'image forte de la Cop30 en cours à Belém, dans l'Amazonie brésilienne, est finalement celle du mécontentement des peuples autochtones. Alors que cette édition est présentée comme la « Cop de l'action », elle cristallise l'attention sur le danger que courent les massifs forestiers et révèle une profonde fracture sociale au Brésil.

Arc et flèches au dos pour certains, bouclier en main pour d'autres, visage revêche, Cacique Gilson, chef de la tribu Tupinambá, et son groupe secouent avec force les barrières Vauban. Ils sont à deux doigts du but : la Zone bleue, site principal de la Cop, là où se tiennent les négociations.

Dès le lever du jour, ces peuples autochtones de l'Amazonie ont progressé au rythme et au son des maracas, et réussi à traverser le large périmètre de sécurité. Il est 8h et quart. Ils sont à présent devant l'entrée principale.

Poussant les barres de fer qu'ils tiennent solidement, ils tentent de forcer ce dernier verrou. Leur objectif est de paralyser ce vendredi ensoleillé, 5e jour du sommet, pour se faire entendre.

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De l'autre côté de la grille, le dispositif sécuritaire est rapidement corsé. Des dizaines de policiers et gendarmes suréquipés font barrage. L'armée est même venue en renfort. Pour autant, les manifestants - une centaine, représentant 14 tribus d'indigènes réparties dans les régions du Pará, du Mato Grosso et de l'Amazonas - ne semblent pas intimidés. Bien au contraire, ils tentent d'en imposer, par leur allure guerrière : torses nus, peinture faciale, lèvres inférieures perforées, grosses boucles d'oreilles et de nez, colliers en dents d'animaux, coiffe de plumes d'oiseaux. Ils se motivent avec des chants et des danses traditionnels. La sueur dégouline de leurs corps colorés de tatouages et trapus.

La tension est vive. La scène est digne d'un western. Les preneurs d'images se bousculent pour avoir le meilleur angle de vue. « Quelqu'un peut nous dire de quoi on parle ici ? Du climat ? De l'environnement ? De la nature ? Mon oeil. Pourquoi ils nous ont exclus des discussions alors qu'elles se tiennent ici, sur nos terres ? S'ils sont des gens sérieux comme ils le prétendent, qu'ils commencent par libérer nos forêts qu'ils sont en train de détruire », rouspète Cacique.

Un combat pour tous

Très vite, cette scène fait le tour du monde et l'homme d'une soixantaine d'années devient l'un des visages de la Cop en cours dans la ville amazonienne de Belém, au nord du Brésil. Le but était de faire pression sur les négociateurs de la Cop et le gouvernement brésilien pour que cessent les activités extractives dans l'Amazonie et que l'avis des peuples qui y vivent soit désormais pris en compte dans la gestion de cette étendue de forêt.

En effet, la soif d'or et d'autres minéraux précieux a attiré, ces dernières années, en Amazonie, une vague de prospecteurs qui ont eu des autorisations du gouvernement brésilien. « Nos terres sont, encore une fois, envahies. Nos rivières sont à nouveau polluées au mercure. La Cop était le moment idéal pour que le monde entier entende nos lamentations. Nous sommes les gardiens de cette forêt et sommes déterminés à la conserver », martèle Cacique. Un combat pour la survie, qui va au-delà du Brésil : l'urgence de la protection d'un patrimoine écologique et culturel sous pression.

Belém, comme à l'ordinaire

Le malaise est bien réel à Belém. Un peu plus au centre, dans les différents quartiers de la ville d'un million et demi d'habitants, ce n'est pas l'ambiance ni l'enthousiasme des grands jours.

Au jour inaugural du sommet, le 10 novembre, Belém s'est réveillée comme à l'ordinaire. L'aurore est vite apparue. À la 9e heure déjà, le soleil est presque au zénith. C'est la saison sèche. De type équatorial, le climat est chaud et humide. Les rayons du soleil déferlent sur la ville, tel des dards. Pour s'en prémunir, il faut avoir un parapluie, disponible dans tous les coins de rue, mais également porter des lunettes de soleil et... rouler les vitres montées. Elles sont teintées pour la plupart. L'autre raison à ce style : conjurer le mauvais oeil, nous confie un Belemense. C'est ainsi qu'on appelle les habitants de Belém.

Sur les grandes artères, les bâtiments, les carrefours, et même à l'aéroport international Val-De-Cans, très peu de choses indiquent qu'il y a une manifestation de grande envergure : pas de drapeaux des pays participants, ni des banderoles encore mois de volontaires circulant ici et là. Seulement quelques taxis et autobus dédiés au transport des participants sont estampillés Cop30.

Les populations, pour la plupart, de leur côté, ne se sentent pas concernées. Les commerces ont ouvert, les transports fonctionnent, chacun vaque à ses occupations. Comme d'habitude. « Personne n'est dupe. On ne peut pas nous négliger toute la vie et nous demander d'être heureux pendant quelques jours parce que, soi-disant, il y a la Cop chez nous. Tout ce que verrez de beau dans la ville a été fait juste pour la Cop. Et quand ça sera fini, on nous oubliera encore », bougonne Claudio, mal luné. C'est le portier de notre hôtel, dans le quartier Campina, au centre de la ville.

Depuis la réception, un client de l'hôtel indiscret, sans même avoir été invité à notre conversation, renchérit. Il est de mauvais poil lui aussi: « les gens ne sont pas contents, même s'ils ne le disent pas. Car, non seulement il y a un problème avec l'Amazonie, où le gouvernement a investi dans de nouvelles attractions et signé un décret pour autoriser l'exploitation pétrolière et minière, mais parce qu'on essaie de cacher certaines réalités de notre région avec cette Cop ».

Besoin d'une plus grande attention

A l'en croire, plus de 50% des Belemenses vivent dans des favelas, ces bidonvilles caractérisés par la pauvreté, l'insalubrité et la manque d'infrastructures. L'existant est vieillissant et la paupérisation est le point commun d'une bonne partie de la population de Belém. « La ville a été nettoyée juste avant l'événement. Vous voyez là, le bitume n'existait plus depuis des décennies. C'était difficile de circuler. Ce n'est que maintenant qu'ils ont refait. Ce qui veut dire que s'il n'y avait pas la Cop, on serait toujours dans notre galère. Nos bus, vous le constaterez, sont délabrés, des tas de ferraille, mais ceux de la police de la police de la Cop sont tous neufs. Comment voulez-vous qu'on interprète cela ? C'est juste de la foutaise », charge un chauffeur de moto-taxi.

Comme lui, la plupart des habitants de Belém sont convaincus qu'ils seront de nouveau oubliés une fois la Cop achevée. Leur bouderie est une manière pour eux de réclamer une plus grande attention de la part du gouvernement brésilien. « Les vendeurs du marché Ver-o-peso ont vu leurs étals retirés en échange de seulement 2000 reais (Ndlr, environ 200 000 F Cfa) et d'un panier alimentaire de base. Les populations vivant en périphérie, elles, sont carrément négligées. Cet événement ne nous profite pas, mais seulement au gouvernement », tranche Inacio, un vendeur dans le marché de Campina.

Depuis l'angle de rue, à une vingtaine de mètres, un fumet captive notre attention. Juste au tournant, Eukimi fait des beignets ou poulet. Dorés et huilés, ils sont agréables à vue d'oeil et donnent envie de les croquer. Au toucher, ils se détachent. « C'est très bon. Je peux vous en offrir si vous en voulez (rires) », nous lance sympathiquement un client. Lui, c'est Fabién, un petit commerçant de volaille. Entre deux bouchées, il donne son ressenti sur la Cop. « Je ne savais même pas ce qu'était là Cop jusque-là. Ici, nous sommes accueillants et chaleureux. Mais si vous constatez que les gens ne le démontrent, c'est parce qu'ils ne se sentent pas associés à l'événement », se désole-t-il.

Marco Alpeggiani, journaliste italien, rencontré sur le site du sommet, est un habitué des Cop. Pour lui, celle-ci sort de l'ordinaire. « Ce n'est pas une Cop normale. Tout est triste et coincé. Il n'y a pas de vibration. Ce n'est pas comme à Baku ou à Dubaï. J'ai même lu un article d'un journaliste brésilien qui détaille tout le malaise qu'il y a. Même à la Zone verte par exemple, qui est d'ordinaire chic avec de l'ambiance, c'est morose cette fois », dépeint-il.

Alors que la planète est aux prises avec les effets du changement climatique, la Cop de Belém présentée comme la « Cop de l'action », a finalement mis le doigt sur un défi majeur : l'urgence de la préservation de l'Amazonie, qui doit demeurer l'un des poumons de la planète. Elle a aussi révélé au monde entier une fracture sociale profonde au Brésil.

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