Ile Maurice: Les hommes parlent moins... mais ressentent tout autant

24 Novembre 2025

À l'occasion de la Journée internationale des hommes, célébrée le 19 novembre, un constat s'impose : beaucoup d'hommes souffrent en silence. Ils consultent moins, non-pas parce qu'ils vont mieux, mais parce qu'ils ont grandi avec l'idée qu'il fallait «tenir le coup», «gérer» et avancer sans faire de bruit. La santé mentale masculine reste un sujet sensible, souvent entouré de stéréotypes et de malentendus. La psychologue clinicienne Sanjana Gobin partage son regard sur ce qu'elle observe au quotidien.

Dans son cabinet, la majorité des patients sont des femmes. «Les hommes ont appris à résoudre, pas à dire. Ils ont souvent l'impression qu'ils doivent tout gérer seuls, ne pas déranger. Parfois, ils ne savent même pas mettre des mots sur ce qu'ils ressentent. Donc, ils n'identifient pas cela comme quelque chose qui mérite un soutien», souligne-t-elle. On leur a aussi appris à être dans l'action : résoudre le problème, mais rarement en parler.

Leur détresse se manifeste autrement. Une fatigue constante, qu'ils balayent d'un simple «je suis juste crevé». Une irritabilité qui s'installe. Un retrait progressif : moins de contacts, moins d'énergie. Certains se réfugient dans le travail, d'autres consomment de l'alcool «pour décompresser». Chez certains, la détresse s'exprime physiquement : douleurs, tensions, insomnie. Rarement viennent-ils dire «je suis triste». Plus souvent, ils expriment en disant : «Je ne me sens plus moi-même», «je n'ai plus de motivation» ou «je perds patience pour rien».

Comment encourager les hommes à demander de l'aide ? Pour Sanjana Gobin, tout commence par les mots que l'on choisit - et ceux qu'il vaut mieux éviter. «Dire 'sois fort' ne doit pas signifier 'reste silencieux'.» Elle insiste sur la nécessité de rendre l'aide plus accessible et moins intimidante : groupes de discussion, mentors, espaces de parole simples, même au travail.

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Et surtout, poser de vraies questions, pas qu'un court «tu vas bien ?», mais «qu'est-ce qui te pèse en ce moment ?». Lorsqu'un homme commence à s'ouvrir, il suffit parfois d'une moquerie ou d'une remarque maladroite pour qu'il se referme immédiatement. «On minimise encore trop souvent ce qu'ils ressentent», constate Sanjana Gobin.

Certains aspects de la santé mentale masculine restent largement ignorés, comme la solitude. Beaucoup d'hommes n'ont pas de réseau émotionnel solide, pas de safe space où déposer ce qu'ils ont sur le coeur. Ils ont des amis, certes, mais pas toujours de conversations profondes. À cela s'ajoute une pression constante : réussir, assumer, protéger, rester le pilier, être le père parfait... Une charge immense, souvent invisible, pour laquelle ils n'ont pas toujours les outils.

Et puis persiste cette idée reçue selon laquelle les hommes seraient «moins émotionnels». «C'est faux», tranche Sanjana Gobin. Ils ressentent autant que les femmes, mais expriment leurs émotions différemment... ou parfois pas du tout. Et c'est précisément là que tout commence.

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