À Akrou, petit village situé à six kilomètres de Jacqueville, la journée du vendredi 21 novembre 2025 restera gravée dans les mémoires. Ce jour-là, la place publique s'est transformée en arène de palabres, de contradictions et de fortes émotions à l'occasion d'une consultation populaire décisive sur la désignation du futur chef de village.
Mandaté par Madame le Préfet de Jacqueville, le sous-préfet central, Bakayoko Saguidi, a conduit cette mission administrative destinée à clarifier les positions, vérifier la régularité des procédures coutumières et apaiser un conflit de succession qui s'enlise depuis bientôt deux ans.
Une crise de chefferie ancienne, ravivée par de nouvelles revendications
Le différend autour de la chefferie d'Akrou trouve ses racines dans une rivalité antérieure au décès, en 2024, de l'ancien chef du village, le Professeur Ignace Yacé. Depuis, les tensions n'ont cessé de monter. Le 25 septembre 2025, le chef de terre, Kpoukpou N'Guessan Antoine, par ailleurs chef intérimaire, a saisi officiellement le préfet pour proposer la nomination de N'Guessan Narcisse comme futur chef.
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Une démarche faite en accord avec cinq des sept grandes familles d'Akrou. Mais cette initiative est intervenue après une tentative parallèle d'installation de Tékri Akadjé Gervais, soutenue par deux familles. Deux prétendants, deux blocs familiaux et deux lectures opposées de la coutume : le cocktail était explosif.
C'est pour trancher ces divergences, ou du moins les éclairer, que les autorités ont décidé de consulter publiquement les sept familles du village, en s'appuyant sur les us et coutumes du peuple alladian.
Une atmosphère sous tension, un dispositif sécuritaire inhabituel
Dès les premières heures, la place publique d'Akrou donnait le ton. Foule dense, visages graves, présence importante des forces de l'ordre chargées de prévenir tout débordement. Dans ce climat de crispation, le sous-préfet a rappelé les contours de sa mission : « Je suis ici pour comprendre, à la lumière de la tradition alladjan, comment doit être désigné un chef et pour écouter chaque famille », a-t-il affirmé.
Les sept lignages, Yessoh Nimba, Amien Ahui, Ahiva Gbatta, Djoumon, Tchava, Ledjoko et Mambe Mece, ont été appelés tour à tour à s'exprimer sur le processus coutumier, le rôle du chef de terre et la légitimité du candidat proposé.
Une majorité pour le chef de terre, une opposition déterminée
À l'issue des déclarations publiques, cinq familles sur sept ont réaffirmé que le pouvoir de désigner le chef de village revient exclusivement au chef de terre, représentant de la famille fondatrice. Toutes ont reconnu que la tradition constitue la base du choix.
Mais deux familles, représentées par Degni Lavry Mathieu, ont rejeté cette interprétation. Selon elles, la désignation du chef incombe à la seule famille Tchava, présentée comme le « lignage régnant historique » d'Akrou. Elles soutiennent donc la candidature de Tékri Akadjé Gervais, estimant que le chef de terre ne doit intervenir qu'après le choix préalable de cette famille.
Cette divergence fondamentale nourrit aujourd'hui l'essentiel du conflit. D'un côté, la majorité qui valide la proposition du chef de terre ; de l'autre, une minorité déterminée qui revendique un droit exclusif à la succession.
Un processus suspendu pour préserver la paix
Face à cette division profonde, le sous-préfet a choisi la prudence. À l'issue de plusieurs heures de consultation, il a annoncé le report de la décision et demandé au chef de terre de reprendre la concertation avec les sept lignages afin de rechercher un consensus :
« Je vous exhorte à la paix, à l'union et à la cohésion. Le village doit rester un espace d'entente et de fraternité », a-t-il insisté. Aucune nouvelle date n'a été annoncée, laissant planer l'incertitude, mais évitant pour l'heure une rupture ouverte entre les familles.