I- INTRODUCTION
Suite à l'invitation du Gouvernement de la République de Guinée-Bissau le Président de la Commission de l'Union Africaine (CUA), Son Excellence Monsieur Mahamoud Ali YOUSSOUF a, sur proposition du Commissaire aux Affaires Politiques, Paix et Sécurité (CAPPS) de l'UA, S.E.M l'Ambassadeur Bankole ADEOYE, dépêché une Mission d'observation électorale (MOE) de court terme, en Guinée-Bissau, pour l'observation des élections générales (présidentielle et législatives anticipées) du 23 novembre 2025. La Mission est arrivée en Guinée-Bissau le 20 novembre et y séjournera jusqu'au 29 novembre 2025.
Conduite par S.E.M. Filipe Jacinto NYUSI, ancien Président de la République du Mozambique, la MOE de l'UA (MOEUA) a été appuyée par Mme l'Honorable Juge Effie OWUOR, Membre du Groupe des Sages de l'UA, et Son Excellence Monsieur (SEM) Ovidio Manuel Barbosa PEQUENO, Représentant Spécial du Président de la CUA en Guinée-Bissau.
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La Mission est composée de 36 observateurs de court terme parmi lesquels : des Ambassadeurs accrédités auprès de l'Union Africaine à Addis Abeba, des Parlementaires Panafricains, des membres des organes de gestion des élections (OGE), des représentants des organisations de la société civile (OSC) africaine et des experts électoraux. Ces observateurs sont originaires de 20 États membres1 de l'Union africaine (UA).
Le mandat de la Mission s'inscrit dans le cadre des standards internationaux, conformément aux instruments juridiques internationaux, continentaux et régionaux pertinents relatifs aux élections démocratiques ainsi qu'au cadre légal national Bissau- Guinéen. Il s'agit notamment de :
· la Déclaration Universelle des Droits de l'Homme (DIDH) ;
· le Pacte international relatif aux droits Civils et Politiques (PIDCP) ;
· la Déclaration de Principe sur l'Observation Electorale Internationale ;
· la Charte Africaine de la Démocratie, des Élections et de la Gouvernance (CADEG)
· L'aspiration 3 de l'Agenda 2063 ;
· la Constitution, les lois et règlements de la République de Guinée-Bissau.
1 Afrique du Sud, Angola, Burundi, Cameroun, Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti, Éthiopie, Kenya, Mozambique, Niger, Nigéria, République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), République Centrafricaine (RCA), République Démocratique du Congo (RDC), São Tomé et Principe, Sénégal, Soudan du Sud, Zambie et Zimbabwe.
1 Afrique du Sud, Angola, Burundi, Cameroun, Congo, Côte d'Ivoire, Djibouti, Éthiopie, Kenya, Mozambique, Niger, Nigéria, République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD), République Centrafricaine (RCA), République Démocratique du Congo (RDC), São Tomé et Principe, Sénégal, Soudan du Sud, Zambie et Zimbabwe.
II. OBJECTIFS ET MÉTHODOLOGIE DE LA MISSION
La Mission a pour objectifs : d'évaluer la conformité du scrutin avec les standards internationaux pertinents en matière d'élections démocratiques, et le cadre juridique applicable à l'élection présidentielle et aux législatives en République de Guinée- Bissau ; de s'assurer que l'environnement était pacifique pour la tenue d'élections démocratiques susceptibles de déboucher sur l'acceptation des résultats ; d'évaluer le niveau de préparation de la commission électorale et des autres institutions électorales ; de formuler des recommandations en vue de l'amélioration des élections futures ; et de marquer la solidarité et le soutien de l'UA aux processus démocratiques et électoraux de la Guinée-Bissau afin de garantir que la tenue d'élections authentiques contribue à la consolidation de la paix et de la stabilité tout en favorisant un développement inclusif dans le pays.
La Mission a observé les derniers jours de la campagne électorale, le vote anticipé ainsi que les différentes opérations du jour des scrutins.
Avant leur déploiement sur l'ensemble du territoire national, les observateurs de la Mission ont été briefés sur le contexte politique et pré-électoral, ainsi que sur la méthode de collecte et de transmission des données du jour des scrutins.
Le jour du double scrutin, les 36 observateurs de la Mission ont été déployés en 20 équipes réparties dans les neuf (09) régions du pays, afin de suivre et évaluer l'ouverture, le déroulement et la clôture du vote, ainsi que le dépouillement des voix.
La présente déclaration présente les constats et recommandations préliminaires de la Mission sur la conduite des opérations de vote et de dépouillement.
Cette déclaration préliminaire présente une évaluation globale du jour du scrutin, de la fermeture des bureaux de vote et de la phase initiale de la centralisation des résultats. Le processus électoral étant toujours en cours, cette déclaration ne constitue pas une évaluation globale ni définitive de ce processus. La Mission continuera à suivre l'environnement post-électoral immédiat, de la gestion des résultats provisoires jusqu'à la proclamation des résultats définitifs de ces élections. Elle publiera un rapport final détaillé qui contiendra des conclusions et des recommandations précises pour l'amélioration des prochaines élections en Guinée-Bissau.
III. CONSTATS PRÉLIMINAIRES
La Mission a fait les constats préliminaires suivants avant le jour du vote :
A) CONTEXTE POLITIQUE DES ÉLECTIONS GÉNÉRALES DE 2025
· La Misson a noté la résilience dont la Guinée-Bissau a fait preuve par le déroulement, jusqu'à son terme, du mandat présidentiel de 5 ans, et l'organisation effective d'élections.
· Elle a toutefois constaté que les élections générales du 23 novembre 2025 ont été préparées et organisées dans un contexte marqué par des clivages politiques et dissentions sur la date de la présidentielle, la dissolution de l'Assemblée nationale populaire en décembre 2023, des restrictions de l'espace civique et politique, et le manque de consensus entre pouvoir et opposition sur les modalités politiques et opérationnelles du processus électoral.
· La Mission a, par ailleurs, noté l'absence de cette compétition, du parti historique, le Parti Africain pour l'Indépendance de la Guinée et du Cap-Vert (PAIGC) et de son candidat. La Mission a été informée du rejet, par la Cour Suprême de Justice, du dossier du candidature du candidat du PAIGC.
· La dissolution de l'Assemblée nationale populaire, avant la fin de son mandat initialement prévu en 2027, a privé le pays de représentation et de légifération parlementaires, et entrainé la tenue de législatives anticipées en novembre 2025, simultanément avec la présidentielle.
· La Mission a noté que le mandat des membres du Secrétariat exécutif de la Commission nationale électorale (CNE) expiré depuis 2022 et que la Commission a organisé les élections législatives de juin 2023. La Mission a été informée que les acteurs politiques ne sont pas parvenus à un accord sur la désignation d'une nouvelle équipe dirigeante de la CNE avant la tenue des élections générales de novembre 2025.
· En dépit de ces défis, la MOEUA a noté qu'il n'y a pas eu d'appel au boycott des élections, preuve de l'engagement de la classe politique de la Guinée- Bissau pour la consolidation de la marche démocratique du pays.
· La Mission a noté que 12 candidats étaient en lice pour la présidentielle, et 14 partis et plateformes politiques compétissaient pour les 102 sièges à pourvoir à l'Assemblée nationale.
B) CADRE LÉGAL ET ÉLECTORAL
· Les élections présidentielle et législatives en République de Guinée-Bissau sont régies par un ensemble de textes constitutionnel, législatifs et réglementaires, qui disposent des conditions requises pour la conduite des scrutins. La Mission a noté que la loi électorale a connu des modifications visant l'amélioration du processus électoral.
· Selon les dispositions de l'article 101 du code électoral, le Président de la République est élu par liste uninominale, selon le système majoritaire à deux tours. Est élu Président le candidat qui obtient 50% plus 1 voix, valablement exprimés.
· Le système électoral retenu pour les élections législatives est celui de la proportionnelle, qui permet l'attribution des sièges au prorata des voix obtenues par chaque parti ou coalition de partis.
C) INSCRIPTION DES ÉLECTEURS
Pour la présidentielle et les législatives de 2025, l'actualisation du fichier électoral national et l'inscription des électeurs se sont déroulées du 9 mars au 6 juin 2025. À l'issue de cette opération, le Bureau d'Appui Technique au Processus Electoral (GTAPE) a annoncé un fichier électoral comprenant 966.152 électeurs, dont 477.272 hommes (49,40%) et 488.880 femmes (50,60%). Ce fichier comprend 914.428 électeurs résidant en Guinée-Bissau (94,65%) et 52.724 à l'étranger (5,35%). La Mission a noté l'inclusion de 72.534 nouveaux inscrits dans le fichier électoral national (FEN), qui comprenait 893.618 électeurs inscrits en 2023.
D) PRÉPARATIFS DES SCRUTINS
En vertu de la loi n°12/2013 du 27 décembre 2013, la Commission Nationale Électorale (CNE), est instituée en tant qu'un organe indépendant dont la mission principale est d'organiser, de superviser et de gérer les élections en République de Guinée-Bissau. Elle est garante de la transparence et de la crédibilité du processus électoral, et placée auprès de l'Assemblée nationale Populaire.
La Mission a noté que la CNE a fait preuve d'efficacité dans le déploiement du matériel
électoral dans les 290 bureaux de vote qu'elle a observés.
La MOEUA a été informée que le gouvernement a financé les élections de 2025 sous fonds propres. La Mission salue les efforts des autorités à autofinancer le processus électoral dans un contexte économique fragile.
E) OBSERVATION DU JOUR DES SCRUTINS
La Mission d'Observation Electorale de l'Union Africaine (MOEUA) en République de Guinée Bissau a déployé 36 observateurs, répartis en 20 équipes, dans les neuf régions du pays. Le jour du scrutin, ils ont visité 290 bureaux de vote et observé les procédures d'ouverture, de vote, de clôture et de dépouillement. 60 % des bureaux étaient situés en zone urbaine et 40 % en zone rurale.
1. Ouverture des bureaux de vote
La MOEUA a observé les procédures d'ouverture dans 20 bureaux de vote. 87 % des bureaux observés ont ouvert à l'heure et les procédures d'ouverture ont été respectées. Les retards constatés dans 13 % des bureaux visités n'ont pas excédé 30 minutes.
La MOEUA a noté que le matériel électoral avait été livré à l'avance dans tous les bureaux de vote visités et qu'il était en quantité suffisante.
Des agents de sécurité étaient présents dans tous les bureaux visités et ont agi avec professionnalisme et discrétion.
L'accessibilité est restée un point préoccupant : 10 % des bureaux ont été jugés difficilement accessibles aux personnes handicapées, principalement en raison de terrains accidentés.
La Mission note que la plupart (93 %) des bureaux de vote étaient accessibles aux personnes handicapées, ce qui témoigne des efforts déployés pour promouvoir la participation active et l'inclusion des groupes vulnérables à la gouvernance et aux élections.
2. Processus de vote
a. Environnement général des bureaux de vote
L'atmosphère était paisible dans tous les bureaux de vote visités le jour du scrutin.
La Mission a constaté une présence visible d'agents de sécurité devant tous les bureaux de vote visités, de l'ouverture à la fermeture et jusqu'au dépouillement. Leur présence a été jugée professionnelle et discrète dans tous les bureaux visités.
Dans 81 % des bureaux de vote visités, les groupes vulnérables comme les personnes vivant avec handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes et les mères allaitantes ont été prioritaires, tandis que dans 19 % des cas, ils n'ont pas été priorisés.
Enfin, la MOEUA note que le processus de vote s'est déroulé sans interruption tout au long de la journée et les procédures de vote ont été respectées dans tous les bureaux de vote visités.
b. Transparence
Les représentants des partis et des candidats étaient présents dans tous les bureaux de vote visités, et des groupes d'observateurs internationaux étaient également présents dans 89 bureaux de vote visités. Les agents ont pu accomplir leur mission sans restriction ni entrave.
c. Application des procédures
Dans 91 % des bureaux de vote visités, les urnes étaient scellées conformément aux procédures.
L'identité des électeurs a été vérifiée par rapport au registre électoral dans 97 % des bureaux de vote visités. Les électeurs qui se trouvaient dans le mauvais bureau de vote ont été redirigés vers leur bureau de vote.
Le doigt des électeurs a été marqué à l'encre indélébile conformément à la procédure dans tous les bureaux de vote visités.
Le secret du vote a été garanti par l'aménagement approprié de tous les bureaux de vote visités, assurant ainsi la confidentialité du scrutin.
d. Participation électorale
La MOEUA salue la participation des femmes et des jeunes en tant qu'électeurs, membres du personnel électoral et représentants des partis et des candidats.
Les femmes constituent 50,60% des électeurs inscrits. Cependant, la Mission a noté
l'absence de candidature féminine a la Présidentielle de la République.
Jusqu'à sa dissolution en 2023, l'Assemblée nationale populaire comptait 10 députées
sur 102, soit environ 10%.
La Mission de l'UA a constaté avec satisfaction la participation active des femmes dans la gestion des bureaux de vote où elle constituait 53% des agents électoraux et 43% des délégués des candidats et partis/plateformes.
Dans la plupart des bureaux de vote visités, des femmes ont officié comme secrétaires ou scrutatrices. La Mission s'est félicitée de la présence de quelques femmes présidentes de bureau de vote.
e. Fermeture et dépouillement
Les observateurs de l'Union africaine ont constaté que les bureaux de vote ont fermé à l'heure dans tous les bureaux de vote visités. Aucune file d'attente n'a été signalée à la fermeture.
La MOEUA a noté que la réconciliation des bulletins a été effectué dans chaque bureau de vote à la fin du processus.
Les observateurs ont indiqué que le dépouillement dans les bureaux de vote s'est déroulé efficacement mais lentement dans quelques bureaux de vote.
Des copies des procès-verbaux de résultats ont été remises aux représentants des partis et des candidats comme le prévoit la loi.
F. CONCLUSION ET RECOMMANDATIONS
a. Conclusion
Les élections présidentielle et législatives du 23 novembre 2025 constituaient un test de la résilience du peuple Bissau-Guinéen. La Mission d'Observation Électorale de l'Union Africaine (MOEUA) salue l'engagement du peuple et de la classe politique, qui ont participé à ce double scrutin dans le calme malgré les défis sur certains plans.
La Mission encourage tous les candidats et partis politiques à respecter les mécanismes juridiques et institutionnels établis pour régler tout contentieux électoral. Elle réaffirme son engagement à continuer d'observer le processus conformément aux principes et directives de l'Union africaine régissant les élections démocratiques.
Malgré les difficultés mentionnées ci-dessus, la Mission d'observation électorale de l'Union africaine (MOEUA) conclut que le processus est conforme aux principes et directives régissant les élections démocratiques au sein de l'Union africaine et aux autres normes internationales en la matière.
Dans l'attente de la publication des résultats provisoires par la Commission électorale nationale (CEN), la Mission exhorte toutes les parties prenantes à la sérénité et au respect des lois en vigueur, et à s'abstenir de toute action ou déclaration susceptible de porter atteinte à l'intégrité du processus et au climat pacifique ayant prévalu pendant la campagne et le jour des scrutins.
b. Recommandations
En guise de soutien à la Guinée-Bissau dans ses efforts de renforcement accru des processus électoraux, la MOEUA adresse les recommandations préliminaires suivantes aux parties prenantes au processus électoral :
Au Gouvernement:
· Poursuivre les efforts de dialogue en vue davantage construire le consensus entre acteurs politiques sur la gouvernance politique et électorale.
· Prendre les mesures nécessaires pour la mise en oeuvre effective des quotas afin davantage promouvoir la participation politique des femmes et d'accroitre leur représentativité à tous les niveaux de la vie publique.
À la Commission Nationale Electorale:
- Promouvoir sans relâche la participation des femmes, des jeunes et des personnes vivant avec handicap aux opérations électorales, afin de renforcer le caractère inclusif des processus électoraux ;
- Renforcer davantage les capacités des agents électoraux, afin de consolider leurs compétences et garantir un vote fiable ;
- Poursuivre l'adoption des statistiques électorales désagrégées et affinées dans le Fichier Electoral National, tenant compte de l'âge et des personnes vivant avec un handicap ;
- Aménager des rampes d'accès aux bureaux de vote afin de rendre le vote davantage accessible aux groupes vulnérables, y compris les personnes vivant avec un handicap.
- Intégrer progressivement la technologie dans le processus électoral.
Aux partis politiques :
· Soutenir et promouvoir activement les femmes candidats, en vue de garantir une représentation équitable sur les listes de candidats aux élections et aux postes de direction.
A la communauté internationale :
· Accompagner le Gouvernement dans la mise en oeuvre des réformes législatives et électorales qui découleront de la nouvelle Assemblée nationale élue, en vue de renforcer la gouvernance et de stabiliser le système politique en Guinée-Bissau.