Nigeria: L'ONU sonne l'alarme face à l'explosion des enlèvements de masse

25 Novembre 2025

Le bureau des droits humains de l'ONU a dénoncé mardi une recrudescence « choquante » des enlèvements de masse dans le centre-nord du Nigeria, appelant les autorités à « prendre toutes les mesures légales nécessaires » pour y mettre fin. Cette nouvelle vague de violences survient alors que le nord-est du pays est frappé par une crise alimentaire sans précédent, alimentée par l'insécurité et l'effondrement des moyens de subsistance.

« Nous exhortons les autorités nigérianes à tous les niveaux à prendre toutes les mesures légales nécessaires pour mettre fin à ces attaques odieuses et traduire les responsables en justice », a déclaré à Genève le porte-parole du Haut-Commissariat des Nations Unies aux droits de l'homme, Thameen Al-Kheetan, qui a également demandé des « enquêtes rapides, impartiales et efficaces ».

Depuis le 17 novembre, au moins 402 personnes - en majorité des élèves - ont été kidnappées dans les États du Niger, de Kebbi, de Kwara et du Borno. À peine 88 ont été libérées ou sont parvenues à s'échapper. M. Kheetan a exhorté Abuja à garantir le retour « en toute sécurité » de toutes les personnes encore captives.

L'insécurité nourrit la faim

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Dans le nord du pays, l'instabilité et les attaques de groupes armés provoquent une dégradation rapide de la situation alimentaire. Le Programme alimentaire mondial (PAM) estime que près de 35 millions de personnes pourraient se retrouver dans une situation d'insécurité alimentaire grave durant la saison de soudure 2026, la période allant de juin à août où les réserves des ménages s'épuisent avant les nouvelles récoltes.

« Les communautés subissent une pression énorme en raison des attaques répétées et des difficultés économiques », alerte David Stevenson, représentant du PAM au Nigeria. « Si nous ne parvenons pas à nourrir les familles et à endiguer l'insécurité alimentaire, le désespoir croissant pourrait alimenter une instabilité accrue », avertit-il, soulignant que les groupes insurgés exploitent déjà la faim pour renforcer leur influence en Afrique de l'Ouest.

Les attaques, en nette hausse en 2025, impliquent notamment l'État islamique en Afrique de l'Ouest (ISWAP), en expansion dans le Sahel, ainsi que le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (GSIM), une alliance djihadiste affilié à Al-Qaida opérant d'ordinaire au Burkina Faso, au Mali, au Niger et au Bénin, qui aurait mené sa première opération au Nigeria en octobre. Des écoles ont été prises pour cible, des enseignants et des centaines d'écolières portés disparus.

Une crise alimentaire sans équivalent depuis dix ans

Les communautés rurales paient le prix fort. Près de six millions de personnes, principalement dans les États de Borno, d'Adamawa et de Yobe, dans le nord-est du pays, pourraient basculer dans une crise alimentaire grave entre juin et août 2026.

Dans certaines zones du Borno, environ 15 000 personnes sont désormais confrontées à une situation jugée « catastrophique », proche de la famine. Les enfants sont les plus exposés, notamment dans les États de Sokoto et Zamfara (nord-ouest), ainsi que dans ceux de Yobe et Borno (nord-est), où les taux de malnutrition atteignent des niveaux critiques.

Le PAM en manque critique de financements

À cette détérioration s'ajoute un effondrement des moyens humanitaires. Dans le nord-est, où près d'un million de personnes dépendent de l'aide du PAM, l'agence a dû réduire ses programmes nutritionnels en juillet, affectant plus de 300 000 enfants. Là où les cliniques ont fermé, la malnutrition est passée d'un état « grave » à « critique » au troisième trimestre.

Le PAM prévient qu'il sera à court de ressources pour son aide alimentaire et nutritionnelle d'urgence dès le mois de décembre. Sans financement rapide, des millions de Nigérians risquent de se retrouver sans soutien vital en 2026, au moment même où les violences repartent à la hausse.

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