Guinée Bissau: Coup d'Etat au pays - Embalo emballé par son CEMAT

Les Bissau-Guinéens attendaient les résultats provisoires des législatives et de la présidentielle, qui devaient être proclamés le jeudi 27 novembre 2025. Ils ont finalement eu droit à un... coup d'Etat.

Hier dans le courant de la matinée, le président Umaro Sissoco Embalo a en effet été renversé. Il faut dire que c'était un putsch plutôt gentil, pour ne pas dire amical, puisque le déposé a même eu le temps d'appeler Jeune Afrique pour donner le scoop de son renversement. Des tirs avaient été entendus près du palais présidentiel et des hommes en tenues militaires ont pris possession de la principale artère menant au palais, dans ce pays d'Afrique de l'Ouest coutumier des troubles politiques. La peur panique s'est emparée des habitants de Bissau, et un peu plus tard a eu lieu la confirmation du putsch.

Cette nouvelle poussée de fièvre kaki survient alors que les deux principaux candidats à la présidentielle revendiquaient chacun la victoire : Embalo qui s'auto-créditait de 65% des voix, selon son propre comptage, et son principal challenger, Fernando Dias da Costa, qui prétendait avoir gagné ce scrutin qui s'est déroulé dans des circonstances plutôt controversées. Le scrutin devait avoir lieu depuis 2024, il avait été reporté sine die pour, disait-on, une affaire de tentative de coup d'Etat. C'est donc un peu plus d'un an plus tard que l'élection a eu lieu avec, fait inédit, l'absence du PAIGC, le parti historique de Guinée- Bissau, exclu de la compétition et qui avait appelé à voter pour Fernando Dias da Costa. Fin de partie donc pour Sissoco Embalo, emballé, pour ainsi dire, par les militaires.

Hélas, ça devient un peu banal dans ce pays, abonné à l'instabilité et aux troubles politiques, et qui compte une dizaine de coups d'Etat depuis l'indépendance, le 24 septembre 1973. Beaucoup plus, si on y ajoute les tentatives plus ou moins avérées. Tout cela sur fond de corruption endémique et de trafic de stupéfiants qui avait fait dire que le pays était un narco-Etat.

Suivez-nous sur WhatsApp | LinkedIn pour les derniers titres

Dans son malheur, Sissoco Embalo peut s'estimer heureux, puisqu'il a été interpellé de façon plutôt civilisée. Ce qui ne fut pas le cas de Joao Bernardo Vieira, assassiné le 2 mars 2009 à sa résidence officielle. C'est bien dommage pour ce pays et pour les Bissau-Guinéens, qui espéraient qu'Embalo serait le premier président à enchaîner deux mandats successifs. L'exception Embalo n'aura donc pas lieu. Hélas, il faudra encore attendre. Embalo déposé, place au général Denis N'canha, chef d'état-major de l'armé de terre (CEMAT), qui devient le nouvel homme fort pour une période indéterminée. Retour donc à la case départ.

Le moins que l'on puisse dire est que de nombreux habitants de l'Alliance des Etats du Sahel (AES) jubilent depuis l'annonce du coup d'Etat, et ont probablement dû sauter le champagne. On se rappelle que le désormais chef d'Etat bissau-guinéen faisait partie de la ligne dure des chefs d'Etat membres de la CEDEAO, qui avait pris des mesures draconiennes contre le Niger après le coup d'Etat du général Abdourahamane Tiani, le 26 juillet 2023. Il était d'ailleurs perçu dans l'espace AES comme l'un des principaux valets locaux de l'impérialisme occidental, principalement français. On comprend donc aisément la joie qui s'est emparée de la toile dans cet espace ouest-africain.

AllAfrica publie environ 500 articles par jour provenant de plus de 80 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.