Afrique: Armée - Le modèle bissau-guinéen, un danger pour la stabilité ou un signal pour le Cameroun ?

27 Novembre 2025

La question de la loyauté des forces armées est au coeur des crises de légitimité en Afrique, et le Cameroun ne fait pas exception. L'interpellation selon laquelle les militaires camerounais devraient "copier l'exemple des militaires Bissau-Guinéens" résonne avec une tension palpable, car elle oppose la notion d'une armée républicaine idéale à la réalité crue du coup d'État.

En Guinée-Bissau, l'intervention militaire récente, qui a conduit à l'arrestation du président et à la suspension du processus électoral, a été justifiée par ses auteurs comme une nécessité de "rétablir l'ordre" face à une instabilité chronique et des plans de déstabilisation.

Or, le terme "armée républicaine" désigne une force armée soumise au pouvoir civil, garante de la Constitution et de l'État de droit, et non un acteur politique se substituant aux institutions démocratiquement élues ou contestées.

Le débat est complexe. D'une part, dans un contexte de démocratie confisquée ou d'élections truquées, l'armée est parfois perçue par une partie de la population comme l'ultime rempart contre la dérive autoritaire et la manipulation des résultats.

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Cette vision romancée et dangereuse du rôle de l'armée ignore toutefois l'histoire récente de l'Afrique, où les putschs n'ont souvent fait que remplacer une dictature civile par une dictature militaire.

L'Union Africaine (UA) et la communauté internationale condamnent fermement ces prises de pouvoir anticonstitutionnelles, les considérant comme un recul pour la stabilité et le développement. Le cas bissau-guinéen est d'ailleurs emblématique de cette instabilité, le pays ayant connu une série de coups d'État et de tentatives depuis son indépendance.

D'autre part, la suggestion de se référer à cet "exemple" exprime une profonde frustration face à l'immobilisme politique et à l'absence de changement politique par les urnes, notamment après les allégations de fraudes électorales massives au Cameroun.

Elle met en lumière le besoin impérieux d'une armée qui protège le peuple et la Constitution, et non le régime en place. L'idéal de l'armée républicaine est celui d'une institution non-ethnique, professionnelle et strictement neutre, qui se pose en garant des institutions légitimes sans s'immiscer dans la politique.

Copier l'exemple d'un coup d'État, même s'il est populaire à court terme, ne ferait qu'inscrire le Cameroun dans un cycle d'instabilité militaire. Le véritable espoir réside dans la réforme des institutions civiles, l'établissement de l'état de droit, et non dans la mise en péril de l'ordre constitutionnel par l'intervention de la force.

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