Cameroun: Elections au pays - Le prix du sang et l'impératif de boycott stratégique

27 Novembre 2025

L'élection présidentielle camerounaise de 2025 a marqué un sombre tournant dans l'histoire politique du pays. Alors que la contestation des résultats de 2018, portée notamment par le Mouvement pour la Renaissance du Cameroun (MRC), s'était déroulée dans un contexte post-électoral tendu mais globalement moins meurtrier, le scrutin de 2025 a malheureusement franchi un seuil de violence alarmant.

Les manifestations consécutives aux allégations de fraudes électorales massives ont été réprimées avec une brutalité sans précédent, causant des pertes humaines que les bilans officiels et ceux des organisations internationales peinent à concilier. Que ce soit les chiffres annoncés par le gouvernement ou ceux, plus élevés, rapportés par l'ONU et les ONG, la réalité est celle d'un sacrifice tragique payé par des citoyens réclamant la vérité des urnes.

Ce nouveau contexte, où la dissidence se paie du prix du sang, soulève une question fondamentale pour l'opposition et la société civile : la légitimité du processus électoral. Participer à une élection organisée par des institutions dont la partialité et la capacité à manipuler les résultats sont désormais gravées dans la mémoire collective, reviendrait inéluctablement à légitimer non seulement les structures de la démocratie confisquée, mais aussi à minimiser le sacrifice de ceux qui sont tombés.

Face à un système où le vainqueur est connu d'avance, la participation des candidats de l'opposition ne peut être interprétée que de deux manières. Soit ils agissent en tant qu'« amis » du régime, offrant une façade démocratique à une mascarade électorale, soit ils sont considérés comme des « complices » involontaires, leur présence servant uniquement à valider le simulacre de consultation populaire. Continuer à se présenter au scrutin, c'est donner un blanc-seing au maintien des institutions contestées.

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Un boycott stratégique devient, dès lors, plus qu'un acte de protestation ; il se transforme en un puissant outil de délégitimation. En refusant de cautionner un processus qui ne respecte ni les lois, ni les vies humaines, l'opposition envoie un message clair à l'échelle nationale et internationale : les institutions actuelles, notamment l'organe de gestion des élections et le Conseil constitutionnel, ont perdu toute crédibilité.

L'enjeu n'est plus la victoire d'un candidat, mais la refondation d'un cadre démocratique véritablement inclusif. La mémoire des victimes de la crise post-électorale impose désormais de chercher d'autres voies pour le changement politique, en privilégiant la pression citoyenne et l'intervention internationale plutôt que l'illusion d'une compétition électorale loyale.

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