Afrique: Transformation industrielle et chaînes de valeur - Le prix de la compétition sur la scène mondiale

27 Novembre 2025

Le Forum International MEDays 2025 a mis en exergue l'équation la plus critique pour l'avenir du continent : l'Afrique cessera-t-elle d'être un simple exportateur de matières premières pour enfin devenir un acteur majeur de la chaîne de valeur ? Le consensus est clair : l'industrialisation est la seule voie vers la souveraineté, mais elle doit être abordée avec une stratégie résolue face à la compétition mondiale.

L'urgence de la transformation : ne pas gâcher l'avantage compétitif

La première étape pour gagner la compétition mondiale est de comprendre où se situe l'avantage comparatif de l'Afrique. Pour Helen Hai, CEO de l'Industrial Development Group (IDG) et ancienne Ambassadrice de bonne volonté pour l'industrialisation en Afrique, l'enjeu est la création d'emplois massifs pour soutenir la croissance démographique, sans quoi l'avantage sera perdu.

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« La clé de l'avantage comparatif pour l'Afrique réside dans sa main-d'œuvre. Nous ne sommes pas là pour faire de l'assemblage sans transfert de technologie ni montée en compétence. La seule contribution durable à l'économie globale sera la création massive d'emplois de valeur, car personne n'est là pour nous sauver ; nous devons nous sauver nous-mêmes », a-t-elle insisté, exhortant les dirigeants à s'inspirer des modèles de succès rapides, à l'image du décollage industriel chinois.

Mme Hai a ainsi posé le dilemme central de la compétition : « Comment éviter que les zones industrielles reproduisent un modèle d'assemblage sans transfert technologique ni montée en compétence ? »

L'exemple concret : le pari de l'intégration en profondeur

Pour illustrer ce que signifie "montée en compétence" et "intégration", le Maroc a présenté son modèle dans le secteur automobile, désormais moteur de ses exportations. Mohamed Bachiri, Directeur de Stellantis (ex-PSA) pour la région, a détaillé la stratégie d'intégration locale comme pilier de la compétitivité.

« Nous avons signé des objectifs d'intégration locale à 65 % et un chiffre d'affaires d'achat de pièces s'élevant à 5,5 milliards d'euros. L'écosystème automobile est aujourd'hui le premier secteur exportable du Maroc, » a-t-il affirmé.

Ce modèle dépasse la simple production. Il englobe la création de centres de R&D (en partenariat avec l'INSA), le transfert de compétences et le travail sur l'intégration en profondeur (Tier 3), notamment pour anticiper le virage de la voiture électrique, des batteries et des logiciels embarqués. Face aux crises passées (COVID, guerre en Ukraine), M. Bachiri a expliqué que la force de l'écosystème réside dans sa flexibilité, permettant de « préserver la compétitivité et les emplois. »

La feuille de route logistique : capter le flux du commerce mondial

La transformation industrielle ne vaut rien sans une logistique compétitive. Ghassane El Machrafi, Expert en Logistique et Infrastructures, a montré comment le Maroc utilise son positionnement pour devenir un Hub de transport et de transformation et capter une part du commerce mondial.

« Aujourd'hui, Tangier Med revendique plus de 10 millions de conteneurs. Notre rationalité est de ramener les marchandises en grande quantité, puis de les acheminer dans des petits navires vers les ports voisins, » a-t-il expliqué.

Au-delà des ports (Casablanca, Agadir, Tangier Med), la stratégie repose sur la création de zones logistiques et industrielles intégrées et sur l'amélioration du commerce intérieur. M. El Machrafi a également souligné l'importance de la nouvelle Initiative Royale Atlantique visant à mettre les atouts concurrentiels du Maroc « à la disposition des pays enclavés » pour renforcer leur compétitivité logistique et, in fine, leur potentiel de production.

En conclusion, la compétition est féroce, mais la volonté d'établir des chaînes de valeur contrôlées et performantes, appuyée par des infrastructures de classe mondiale et des modèles d'intégration réussis, est le message principal porté par les acteurs des MEDays. Le continent a cessé d'attendre pour prendre son destin industriel en main.

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