Les propos de la cheffe de la diplomatie de la RDC ont été mal perçus par son homologue rwandais Olivier Nduhungirehe, qui affirme que la RDC ne respecte pas le cessez-le-feu.
Absence du Rwanda a la dernière réunion de la CIRGL en RDC, réouverture de l'aéroport de Goma sans implication de l'AFC-M23 qui le contrôlent, a quand la prochaine rencontre entre Felix Tshisekedi et Paul Kagame, Olivier Nduhungirehe nous a accorde un entretien exclusif a Luanda lors du sommet UE-UA.
DW : Olivier Nduhungirehe, vous êtes ici à Luanda pour participer au sommet UE-UA, que retenez-vous de cette rencontre ?
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Olivier Nduhungirehe : Récemment, on était à Bruxelles pour le Global Gateway, avec des projets concrets d'infrastructures qui sont financés par l'Union européenne, y compris au Rwanda. Vous savez qu'il y a une usine de fabrication de vaccins au Rwanda qui a été inaugurée il y a quelques années avec BioNTech, une entreprise allemande. Donc, il y a un partenariat qui existe et il est important. Et bien sûr, nous aimerions aller de l'avant en insistant sur le besoin de continuer avec le respect mutuel. Il y a une tendance au sein de l'Union européenne à procéder par sanctions. Dire que si vous ne faites pas ce qu'on veut, on va procéder à des sanctions. Dans ma déclaration, j'ai insisté là-dessus. Nous devons aussi insister sur le fait qu'il faut faire la transition. Après 50 ans, 60 ans d'indépendance africaine, on doit faire la transition vers l'aide au développement jusqu'au commerce.
DW : Vous parlez de sanctions. Dans un entretien qu'elle nous a accordé, la ministre congolaise des Affaires étrangères appelle l'Union européenne a sanctionner votre pays pour les actions menées dans l'est de la République démocratique du Congo. Que répondez-vous à ces propos de madame Thérèse Kayikwamba Wagner ?
Olivier Nduhungirehe : Madame Thérèse Wagner attend ces sanctions depuis février...Nous sommes en novembre et le partenariat entre le Rwanda et l'Union européenne a continué. Et donc voir qu'il y a un État, un État voisin qui ne parle que des sanctions contre autrui au lieu de régler ses propres problèmes, des problèmes de gouvernance, des problèmes de soutien aux mouvements génocidaires, les FDLR, les problèmes de soutien aux groupes armés comme les Wazalendos ou encore les problèmes de discours de haine, c'est quand même assez extraordinaire. À l'heure où on parle, nous avons signé un accord de paix avec un cessez le feu. Mais le problème, c'est que la RDC viole quotidiennement cessez-le-feu avec des bombardements à travers ses drones d'attaque, ses avions de chasse contre les positions du M23, ce qui est uneviolation du cessez le feu.Au lieu de parler sanctions à tort et à travers, il faut faire le nécessaire pour mettre en oeuvre les accords qu'on a signé.
DW : Le Rwanda n'était pas présent au sommet de la CIRGL la semaine dernière en République démocratique du Congo pourquoi alors que c'est un pays membre de cette organisation ?
Olivier Nduhungirehe : Pourquoi on n'était pas présent ? Pour deux raisons. La première raison qui est principale, c'est une question de sécurité des membres de notre délégation. Vous savez qu'il y a des citoyens rwandais qui ont été arrêtés en RDC, qui sont dans les prisons et certains sont même décédés. Ça, c'est le premier problème. Le deuxième problème, lorsqu'on organise un sommet, le chef d'État du pays hôte écrit à tous les chefs d'Etat des États membres de cette organisation pour les inviter. Cela a été fait par le président Tshisekedi pour tous les chefs d'Etat, sauf le président Kagame. Notre ambassade à Addis-Abeba a reçu une note verbale de l'ambassade congolaise à Addis-Abeba. Et ça, ça ne se fait pas.
DW : Un autre point qui fâche, et qui a été évoqué aussi à Doha lors de la signature de l'accord cadre de paix, c'est la question du retour des FDLR qui sont en RDC. Pour certains congolais, le Rwanda brandit l'argument des FDLR comme un prétexte pour systématiquement agresser la RDC. Que répondez-vous à cela ?
Olivier Nduhungirehe : On a signél'accord de paix de Washington le 27 juin. Que dit cet accord ? Il y a un aspect sécuritaire qui dit deux choses. La RDC doit neutraliser les FDLR, ce qui va permettre au Rwanda de lever ses mesures de défense. Donc les FDLR, ce groupe génocidaire qui est donc composé de personnes de l'ancienne armée, les anciennes milices Interahamwe qui ont commis le génocide perpétré contre les Tutsis. Et voir que 31 ans après le génocide reconnu et établi par les Nations Unies, on voit un groupe génocidaire qui non seulement est soutenu, financé par le gouvernement congolais, mais aussi qui est intégré dans son armée, c'est quelque chose qui devrait horrifier la communauté internationale.
DW : Il y a quelques semaines, à Paris, vous étiez à la conférence humanitaire et vous avez évoqué la réouverture de l'aéroport de Goma. Ça a fait beaucoup de bruit sur Internet, sur les réseaux sociaux, plusieurs personnes se sont demandes pourquoi le Rwanda demande que l'AFC/M23 soit impliquée alors que c'est un groupe qualifie de terroriste par les autorités congolaises. Pouvez-vous nous éclaircir là-dessus ?
Olivier Nduhungirehe : l'Aéroport de Goma est entre les mains des autorités de fait qui sont l'AFC/M23. Croire qu'on va ouvrir un aéroport artificiellement sans impliquer les autorités qui détiennent physiquement cet aéroport c'est quand même un non-sens. Il faut aussi parler de la situation sécuritaire. À l'heure où on parle, il y a des bombardements quotidiens avec des avions de chasse et des drones d'attaque contre les positions des autorités de fait, dont on demande la réouverture de l'aéroport. La communauté internationale doit d'abord s'assurer qu'il y ait le respect absolu du cessez le feu et surtout l'arrêt de ces bombardements aériens, ce qui va faciliter bien sûr, l'ouverture de corridors humanitaires. Donc, le Rwanda, bien sûr, souhaite qu'il y ait.
DW : Le Rwanda souhaite cette réouverture en quelle qualité ?
Olivier Nduhungirehe : Le Rwanda est voisin de la RDC. Lorsque Goma et Bukavu sont tombées, on a ouvert nos frontières pour l'accès humanitaire. D'abord, on a accueilli les FARDC, la population civile, les mercenaires roumains. On a accueilli tout le monde et on facilite, lorsqu'on nous le demande, l'accès humanitaire.
DW : A quand la rencontre Tshisekedi-Kagame ?
Olivier Nduhungirehe : Bientôt, il y aura une rencontre à Washington pour signer un certain nombre d'accords, y compris l'accord cadre d'intégration économique.