La question brûlante de la compensation salariale pour 2026 alimente déjà les débats. Après les Rs 610 accordées en janvier, devra-t-on s'attendre à un montant plus élevé cette année ? Le corps syndical en fait clairement le souhait, tandis que le secteur privé évoque déjà le spectre de licenciements massifs si la somme s'avère trop lourde à absorber. C'est désormais au ministère des Finances, en collaboration avec celui du Travail, de trouver un terrain d'entente - et le quantum devrait être dévoilé dans les prochains jours.
Avec une inflation estimée à 3,7 % par Statistics Mauritius, la première rencontre tripartite a mis en lumière des réalités diamétralement opposées. D'un côté, les représentants des petites et moyennes entreprises (PME) ont tiré la sonnette d'alarme : une compensation trop élevée serait synonyme de coupes budgétaires, d'arrêts de recrutements, voire de licenciements, à moins d'un soutien financier de l'État. De l'autre, les syndicats ont plaidé pour un montant qui reflète réellement l'érosion du pouvoir d'achat.
Le ministre du Travail, Reza Uteem, a rappelé que toutes les parties avaient jusqu'à lundi pour soumettre leurs propositions : «Le syndicat souhaite que la compensation soit accordée à tous les employés et pas seulement à ceux gagnant moins de Rs 50 000. Nous analyserons toutes les recommandations avec le ministère des Finances.»
Pour les syndicats, le taux d'inflation officiel ne suffit pas à mesurer l'ampleur des difficultés quotidiennes. Deepak Benydin, duCongress of Independent Trade Unions, estime que les données de Statistics Mauritius sont déconnectées des dépenses réelles : «On nous dit que les prix n'ont pas augmenté pendant deux mois. Mais lorsqu'on parle de logement ou de gaz, on nous explique que les ménages dépensent Rs 4 000 alors qu'il est impossible aujourd'hui de louer une petite maison à moins de Rs 10 000.» Son syndicat demande Rs 1 694 de compensation. Elle réclame aussi des données officielles sur le nombre de travailleurs gagnant moins de Rs 25 000, «ceux qui subissent le plus lourdement la perte du pouvoir d'achat».
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Clency Bibi, de la General Workers Federation, insiste sur la nécessité de mesurer la dépréciation cumulative depuis novembre 2024. Il rappelle que le Workfare Programme impose que la compensation corresponde strictement au niveau d'inflation - un engagement déjà approuvé par le gouvernement.
Il soulève également l'inquiétude des travailleurs au salaire minimum, qui n'avaient reçu aucune compensation l'an dernier. Haniff Peerun, du Mauritius Labour Congress, souligne enfin un paradoxe troublant : «Le gouvernement a lui-même déclaré que Statistics Mauritius avait manipulé les chiffres. Si eux n'ont pas confiance, comment voulez-vous que nous, travailleurs, on les prenne pour argent comptant ? Le coût de la vie augmente sans relâche. Peut-on vraiment se fier à un taux de 3,7 % ?»
Face aux demandes syndicales, le patronat appelle à la modération. Pradeep Dursun, Chief Operating Officer de Business Mauritius, affirme avoir pris note des revendications : «Les syndicats ont avancé des chiffres mais sans justification détaillée. De notre côté, nous ferons nos propres simulations pour mesurer l'impact réel.» Selon lui, l'effet d'une compensation salariale varie radicalement d'une entreprise à l'autre.
Dans certains secteurs déjà fragilisés, les Rs 610 de janvier ont été difficiles à absorber. «Une compensation trop élevée pourrait entraîner un gel des recrutements, une réduction des investissements ou même des licenciements dans les PME», prévient-il. Il insiste également sur la nécessité d'une approche responsable : «Il faut pouvoir déterminer un montant qui permette à la plus petite entreprise du pays de rester viable.»
Sur la question de l'inflation, Business Mauritius se montre en revanche confiant : «Statistics Mauritius suit des normes internationales. Nous respectons notre institution et n'avons aucune raison de remettre en doute sa méthodologie.» Entre la flambée du coût de la vie et les risques économiques pour les entreprises, le gouvernement devra maintenir un équilibre délicat.