Si Goodluck Jonathan le dit, le moindre doute n'est pas permis. Présent en Guinée-Bissau en tant qu'observateur aux élections couplées du 23 novembre 2025, l'ancien président du Nigeria sait sans doute de quoi il parle. Répondant à un journaliste de la télévision nationale, après avoir briefé le président nigérian Bola Tinubu sur la situation en Guinée-Bissau, il a fustigé en ces termes : « C'est une cérémonie de mise en scène par le chef de l'Etat (Emballo, NDLR) lui-même ... Nous sommes fatigués de tout cela en Afrique.... ».
Pour empêcher l'arrivée au pouvoir de son adversaire, l'opposant bissau-guinéen Fernando Dias, Emballo s'est fait en effet gentiment déposer par des militaires cornaqués par le major-général Horta N'Tam, celui qui était jusque-là son chef d'état-major de l'Armée de terre. Un putsch pour le moins convivial au cours duquel le déchu avait toujours ses téléphones et continuait de passer des appels et donnait des interviews urbi et orbi à des médias internationaux. Alors qu'on se serait attendu qu'il soit gardé, ne serait-ce qu'un moment pour lui demander des comptes, le temps que la CEDEAO exige sa libération, il a été tout peinard autorisé à décoller pour Dakar au Sénégal.
Mais finalement, le pays de la Teranga n'aura juste été qu'un acte dans son scénario, puisque le désormais ex-chef d'Etat a poursuivi sa route à Brazzaville. Le choix du Congo n'est certainement pas fortuit. De notoriété publique, le président Denis Sassou-Nguesso et son hôte entretiennent des relations pour le moins cordiales. Et des différents chefs qu'il a contactés pendant le vrai faux coup d'Etat, le monarque d'Edou était celui qui lui avait prêté l'oreille la plus attentive. Petits services donc entre présidents qui n'ont jamais été des exemples achevés de démocrates.
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L'exil commence donc pour celui qui se sentait tout puissant il y a encore à peine une semaine, et qui sait, irremplaçable. Et pourtant, à Bissau, la vie continue comme si de rien n'était : couvre-feu nocturne levé, réouverture de toutes les frontières, fermées depuis mercredi après-midi, des écoles, des marchés et des institutions privées. Le coup d'Etat n'était finalement qu'un intermède.
Et comme si cela ne suffisait pour montrer que c'est juste un changement dans la continuité, le nouvel homme fort du pays a nommé Ilidio Vieira Té comme Premier ministre ce vendredi 29 novembre. Le nouveau chef du gouvernement n'était autre que le ministre de l'Economie et des Finances d'Emballo. Maroquin qu'il va cumuler avec sa nouvelle fonction pour une transition partie pour une année. Théoriquement...
Et maintenant, la question est de savoir ce que va faire la CEDEAO, elle qui porte déjà à bout de bras ce pays abonné à l'instabilité politique. D'ores et déjà, elle a condamné. Pour le reste, elle ne peut que pousser les nouveaux maîtres du pays à aller rapidement à un retour d'une vie constitutionnelle normale. Sans pour autant avoir des moyens de pression extraordinaires pour parvenir à cette finalité, comme on l'a souvent vu en pareilles circonstances.
On est à se demander d'ailleurs si la CEDEAO qui s'est parfois fourvoyée dans ses propres contradictions peut encore faire peur à un soldat qui a pris les armes pour arracher le pouvoir. Et à l'allure où vont les choses, il va falloir chanter le requiem de la Déclaration de Bamako sur la démocratie et la bonne gouvernance et laisser chacun faire ce qu'il veut dans son lopin de terre.