Sénégal: Crise sociétale au pays - L'ANSTS et la SA-ANSTS ouvrent la voie à une refondation citoyenne

1 Décembre 2025

En collaboration avec la Société des amis de l'ANSTS (SA-ANSTS), l'Académie nationale des Sciences et techniques du Sénégal a réuni, samedi 29 novembre, experts, acteurs sociaux et religieux autour d'une table ronde consacrée à la crise sociétale actuelle. Une rencontre destinée à analyser ses causes profondes, en comprendre les manifestations et esquisser les fondations d'une nouvelle citoyenneté capable de répondre aux défis du pays.

Le diagnostic est sans appel. Dans un monde traversé par des crises multidimensionnelles, le Sénégal affronte à son tour un profond ébranlement social, politique et moral. Jadis présenté comme un havre de stabilité, le pays est désormais confronté à une perte de repères, un affaiblissement du civisme, une crise de confiance envers les institutions, une montée des violences, un chômage massif et une migration inquiétante de sa jeunesse.

C'est pour répondre à cette situation que l'Académie nationale des Sciences et techniques du Sénégal (ANSTS) et la Société des amis de l'Académie (SA-ANSTS) ont ouvert un espace national de réflexion, réunissant chercheurs, acteurs sociaux, religieux et représentants de la société civile.

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Dès l'ouverture des travaux, Dr Moctar Touré, président de l'ANSTS, a insisté sur la profondeur de la crise : « Nous assistons aujourd'hui à une perte progressive des valeurs endogènes, celles qui ont longtemps cimenté nos familles et notre nation. La cohésion sociale s'effrite et l'absence de mécanismes efficaces de régulation fragilise les plus vulnérables ».

Il a appelé à une mobilisation collective, rappelant que « la crise ne peut être résolue par une seule composante. Familles, institutions, médias, société civile, tous doivent être associés ». La science, souligne-t-il, peut fournir méthodes, outils et observatoires capables d'épauler la refondation citoyenne souhaitée.

Invitée principale, Henriette Kandé Niang, directrice de publication à Sud Quotidien, a livré une analyse sans concession des dérives qui minent la société sénégalaise. Dans sa conférence intitulée « Crise sénégalaise : confusion démocratique et défis de modernité civique », elle décrit une démocratie où « la liberté a basculé dans la licence » et où la faiblesse de l'éducation civique, combinée à un informel tentaculaire, « fissure les institutions et déstabilise le vivre-ensemble ».

Pour elle, la citoyenneté est devenue émotionnelle, et l'autorité constamment renégociée : « L'espace public est dominé par une revendication permanente des droits, au détriment des devoirs ». Elle appelle à une refondation passant par une alphabétisation fonctionnelle massive, une régulation ferme des dérives numériques et la construction d'un récit national fédérateur.

De son côté, le Colonel Moustapha Tall, président de la SA-ANSTS, a rappelé l'ampleur du défi social, marqué par la montée de la violence, la perte de confiance, la banalisation de la manipulation et le triomphe de la facilité. Il propose une refondation articulée autour de la réhabilitation des valeurs - dignité, honneur, pudeur, hospitalité -, d'une gouvernance saine et d'un renforcement de la cohésion sociale. « L'éducation et la jeunesse constituent la clé de voûte de cette reconstruction », affirme-t-il, plaidant pour l'intégration du civisme et de la morale à tous les niveaux de formation.

La voix des femmes a été portée par Mme Ngoné Ndoye, fondatrice de FEMIDEC, qui a insisté sur la place centrale des femmes dans la stabilité sociale : « Nous sommes celles qui nourrissent, éduquent, transforment, qui portent l'économie des villages et des quartiers. On ne peut pas faire des politiques pour les femmes : il faut les faire avec elles ». Elle rappelle que les femmes observent, depuis longtemps, les signes d'une communauté qui se délite et qu'elles entendent être actrices de la solution.

Enfin, apportant une perspective spirituelle et humaniste, Pierre Marie Niang, théologien dominicain, a rappelé que la crise actuelle est aussi une crise de la conscience et de la responsabilité. Il appelle à un humanisme enraciné dans les valeurs sénégalaises - « l'homme est le remède de l'homme » - et dans la collaboration entre religions, mais aussi entre religion et État. S'appuyant sur l'exemple historique de l'amitié entre Mamadou Dia et le père Lebré, il prône un retour à la convivialité et à la cordialité sociale : « Ce qui est plus important, c'est ce qui nous unit, non ce qui nous sépare ».

Au terme des échanges, un consensus se dégage : la sortie de crise nécessite une transformation profonde, intégrée et collective. L'ANSTS et la SA-ANSTS ambitionnent d'en être les catalyseurs, afin d'impulser une dynamique de refondation civique, éthique et nationale. Car, comme le rappelle Henriette Kandé Niang, « les nations qui renaissent ne sont pas celles qui se plaignent, mais celles qui se relèvent ». Le Sénégal est face à ce choix. Et il lui revient désormais de se relever.

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