Afrique du Sud: Deux policiers jugés coupables de meurtre durant l'apartheid

Mise en place en mai dernier, la Commission Khampepe va chercher à comprendre pourquoi aussi peu de crimes politiques commis durant l'apartheid ont été jugés ces 20 dernières années.

En Afrique du Sud, c'est un jugement attendu depuis 38 ans. Une nuit d'aout 1987, des policiers entrent dans le domicile familial où vit Caiphus Nyoka, un jeune militant antiapartheid, et l'abattent froidement. Pendant plusieurs décennies, ces policiers échappent à la justice. Mais c'était sans compter sur le combat de ses soeurs et d'associations des droits de l'homme. Une enquête est finalement rouverte. Un procès a lieu. En septembre dernier, l'un des policiers qui a ouvert le feu plaide coupable et est condamné à 15 ans de prison. Et ce 2 décembre, au tribunal de Johannesburg, deux de ses collègues ont eux été reconnus coupables à leur tour par la Haute Cour.

Devant les portes du tribunal, des militants de l'ANC, le parti de la libération en Afrique du Sud, brandissent fièrement le portrait de Caiphus Nyoka, figure charismatique de la lutte étudiante, tué par le régime de l'apartheid contre lequel il luttait. L'un d'entre eux évoque le combat mené toutes ces années. « Si, en tant que personnes noires, nous sommes aujourd'hui autorisés à entrer dans ce tribunal, c'est justement grâce à notre démocratie pour laquelle Caiphus s'est battu ».

À l'intérieur, au 2e étage de la Haute Cour, trois anciens policiers du régime d'apartheid sont assis sur le banc des accusés. Un juge expose les motivations du tribunal. « La cour estime que les assaillants sont entrés dans la chambre de Monsieur Nyoka non pas pour procéder à une arrestation, mais bien pour l'assassiner. L'accusé numéro 1 est déclaré non coupable. Accusé numéro deux, qui a ordonné cet assassinat, est reconnu coupable de meurtre. Numéro trois est reconnu coupable de meurtre. La cour estime qu'il était l'un des tireurs ».

Alegria, soeur de Caiphus Nyoka, présente cette nuit-là, réagit au jugement. « Nous estimons que justice a été rendue. Ce jugement, c'est mieux que ces 38 années pendant lesquelles les accusés ont mené une vie normale alors que pour notre famille, notre vie a basculé après cette nuit fatidique. Et c'est tellement triste que mes parents ne soient plus là pour vivre cette journée ».

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Les deux anciens policiers reconnus coupables reçoivent quelques affaires de la part de proches, car ils dormiront en prison, 38 ans après les faits. Une demande de libération sous caution a immédiatement été déposée par leurs avocats, l'annonce de la sentence a donc été repoussée.

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