Afrique Centrale: Accord de paix Kagamé/Tshisekedi - La ' pax americana' va-t-elle se dissoudre dans les Grands Lacs?

Félix Tshisekedi et Paul Kagamé ont fait le déplacement à Washington hier 24 décembre. Illustres hôtes de Donald Trump, ils ont paraphé l'Accord global de paix en RDC, sous l'égide du président américain qui, le moins qu'on puisse dire, n'a pas chômé sur le dossier.

C'est connu, parallèlement à la Communauté économique d'Afrique australe, l'Union africaine et le Qatar, les États - unis ont développé une diplomatie volontariste pour mettre fin à ce que les historiens appellent déjà la troisième guerre du Congo en cours depuis novembre 2021. L'accord d'hier a ceci de particulier qu'il a été signé par les présidents des pays belligérants en personne, en présence du président américain qui a mis les petits plats dans les grands en matière de forme. En effet, après avoir reçu séparément Félix Tshisekedi et Paul Kagamé, il les a conduits ensemble dans la grande salle de l'Institut américain pour la paix, bien décorée avec le nom de Donald Trump trônant sur l'immeuble qui a abrité cette cérémonie historique.

Pourquoi le président Donald Trump dépense-t-il autant d'énergies et met en avant tant de symboles pour ramener la paix en RDC ? Que dit cet accord ? Et surtout, a-t-il plus de chance que les précédents, signés à Doha, à Luanda et à Washington pour un règlement définitif de la crise en RDC ?

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En matière de règlement de conflits, il ne faut jurer de rien, surtout quand les enjeux se conjuguent en termes de contrôle de minerais stratégiques, de positionnement géostratégique et de place dans l'histoire pour personnalités en manque de prestige. Sinon, avec la persistance, voire le durcissement des combats sur le terrain depuis le début de ce mois de décembre, les déclarations sans concession à Kigali, à Kinshasa et à Goma, on n'a pas besoin d'être grand clerc pour dire que Paul Kagamé et Félix Tshikedi ne sont pas allés à Washington des branches d'olivier à la main. Bien au contraire, l'un accuse l'autre de n'avoir rien fait pour donner suite aux précédents accords et qu'il n'y a aucune raison de croire à sa sincérité dans la recherche d'un règlement du conflit. Par ailleurs, des acteurs politiques et de la société civile congolaise ne cachaient pas leur scepticisme à l'absence "d'un dialogue national inclusif" qui les associe au processus de paix. C'est le même discours tenu avec un ton plus offensif du côté des dirigeants du M 23 qui veulent être eux aussi partie prenante au processus.

Malgré ces opinions divergentes, sceptiques, voire opposées à la signature de cet accord, Donald Trump y va franchement, lui qui soutient que l'accord d'hier a un contenu plus exhaustif et donne plus de chance à un règlement globale de la crise. De fait il prévoit : le respect de l'intégrité territoriale surtout de la RDC ; le désengagement et le désarmement des rebelles et des milices ; un mécanisme conjoint de coordination sécuritaire ; le retour des réfugiés et des personnes déplacées à l'intérieur de la RDC ; un cadre d'intégration régionale.

De fait, le document paraphé hier à Washington se veut plus précis et concis que les précédents accords qui étaient des déclarations d'intentions fixant les grandes orientations du règlement du conflit. Qui plus est, ces déclarations d'intentions ont toujours été signées par des ministres ou des diplomates. De là a dire que cet accord est le bon, on se gardera d'un excès d'optimisme.

Cependant il ne faut pas douter de l'engagement du président américain pour ramener la paix en RDC. Cela fait partie d'une option stratégique de sa politique extérieure. Donald Trump marquer l'histoire comme un homme de paix au service de la stabilité dans les régions troublées du monde : Proche et Moyen orient, Afghanistan, Soudan, RDC... Au delà d'un prestige personnel, il veut une RDC stable, débarrassée de cette guerre de rapine pour que les sociétés américaines puissent mieux s'y implanter. Les bonnes affaires dans ce pays qui regorge de minerais rares ne sont pas compatibles avec son instabilité chronique. Alors, l'accord de ce 4 décembre sera-t-il le bon?

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