Félix Tshisekedi et Paul Kagame signent ce jeudi un accord sur le retour de la paix dans l'est de la RDC. Mais la société en RDC croit plutôt au dialogue intercongolais.
L'accord que les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame vont signer porte sur le retour de la paix, mais ceci aussi pour permettre un bon climat des affaires et favoriser le développement de ces deux pays.
Un accord entériné, en juin dernier, par les ministres des Affaires étrangères des deux pays.
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Kinshasa insiste sur le respect des engagements et compte justement sur l'administration du président Donald Trump pour faire pression sur le Rwanda. C'est ce que dit Patrick Muyaya le ministre congolais de la Communication.
"Nous savons que les États-Unis disposent de différents outils pour s'assurer que la partie rwandaise respectera son engagement, qu'elle retirera ses troupes de notre territoire et cessera son soutien au M23, afin que nous puissions commencer à parler de paix, d'une paix véritable, et à partir de là, nous pourrons parler d'affaires et de développement."
Mais la société civile congolaise ne l'entend pas ainsi. Une soixantaine d'organisations ont averti que sans un dialogue national, les différents accords signés à l'étranger ne mèneront pas à une paix durable.
Dans une déclaration faite ce mercredi, à Kinshasa, 67 organisations signataires insistent sur l'urgence de la tenue d'un dialogue intercongolais car, soulignent-elles, seul un tel dialogue s'attaquerait aux causes profondes du conflit, donnerait la voix aux populations et associerait les acteurs armés, l'opposition non armée et la société civile.
"Les Etats-Unis, le Qatar, l'Union africaine et l'ensemble de la communauté internationale devraient exercer une pression conséquente sur le président Félix Tshisekedi, afin qu'il permette la convocation urgente d'un dialogue national véritablement inclusif, dans l'esprit du Pacte social prôné par les églises catholique et protestante. Ce dialogue devra déboucher sur des résolutions contraignantes pour toutes les parties et ouvrir la voie à la réunification du pays, à la restauration de l'autorité de l'État, au désarmement et à la démobilisation des groupes armés, au lancement de réformes structurelles prioritaires, ainsi qu'à l'organisation des prochaines élections générale", estime Caris Basoko porte-parole de ces organisations.
De nombreuses craintes
Alors que l'accord de Washington est un pas important vers la paix, il suscite par ailleurs, énormément de craintes.
Parmi ces craintes, figure la sincérité des parties signataires car, malgré la présence des présidents congolais, Félix Tshisekedi et rwandais, Paul Kagame, à Washington, pour la signature de cet accord, les combats se poursuivent sur le terrain.
C'est le cas dans les environs d'Uvira, à Mwenga et dans les environs de Bukavu. Les combats se poursuivent entre les forces armées congolaises, soutenues par la milice progouvernementale Wazalendo, et les rebelles de l'AFC-M23, soutenus par le Rwanda.
Le professeur Philippe Doudou Kaganda est le directeur scientifique du Centre de recherche et d'étude sur les conflits et la paix dans la région des Grands Lacs.
"Les combats acharnés se déroulent sur plusieurs lignes de front au Sud-Kivu avec des conséquences humanitaires importantes. Notre peur, justement, c'est l'observation quelque peu indifférente des autres parties engagées au conflit, notamment tous les pays de la région qui vont se voir imposer une certaine ligne de conduite, sans pour autant être réellement impliqués. Les pays comme l'Ouganda, le Kenya, la Tanzanie, le Burundi, l'Angola et les autres. On a tendance à leur faire subir un accord signé par deux parties."
Pendant ce temps, sur le terrain, la situation humanitaire demeure dramatique. Des milliers de nouveaux déplacés internes fuient les combats dans les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu.