Ile Maurice: On ne va plus à Singapour, on vogue vers les Caraïbes

4 Décembre 2025

Longtemps, on a professé de vouloir être le Singapour de l'océan Indien, mais on vogue vers les Caraïbes.

La vision de Sir Édouard Lim Fat, le pilotage de Maurice Paturau à la tête du Joint Economic Council et plus loin SAJ et Vishnu Lutchmeenaraidoo prenant le relais, tous oeuvraient dans la perspective d'un développement économique de Maurice selon le modèle singapourien. Encore en 2014, Ludovic Subran, Chief Economist & Director for Economic Research d'Euler Hermes affirmait dans Business Magazine que «Maurice doit tenter de s'imposer comme le Hong Kong ou le Singapour de l'océan Indien. Ce qui nous permettra de continuer à attirer des investissements, des financements et de créer plus de filières à l'exportation».

Mais, au fil des années, la vision à court terme de la classe politique focalisée sur sa réélection, la culture de médiocrité de l'État, favorisée par une politique de «nou dimounn», une ambition de plus en plus à ras de terre et un essaim de nababs grouillant autour de l'État et jouissant en toute impunité de la rente facile, ont amené Maurice à plutôt voguer vers le modèle des Caraïbes.

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Ce modèle caribéen décrit la situation mauricienne : forte dépendance sur le tourisme et un secteur financier offshore, secteur industriel faible, capital humain en fuite, grande dépendance vis-à-vis de l'importation (carburants, nourriture et équipements), dette publique forte et vulnérabilité climatique.

Maurice, c'est un modèle de global business qui, au lieu de monter en gamme au niveau de services à plus forte valeur ajoutée, patauge dans le basique, fournissant essentiellement des services d'administration.

Si les trois grandes sociétés internationales qui y opèrent partaient, ce secteur accuserait le coup. Maurice, c'est une politique d'attraction de l'investissement étranger où prédomine le foncier. C'est la voie facile (du quick money) - où l'on vend les terres qu'on n'a pas été capable de rendre productives. Cela rappelle cette famille qui possède quelque 900 arpents de terres mais, étant incapable de développer quelque activité productive, vend chaque année trois à quatre arpents pour vivre.

C'est le discours d'une certaine élite intellectuelle pour l'assistanat plutôt que l'émancipation et la productivité. C'est une économie de la consommation à outrance. C'est une économie de plus en plus dans l'informel et le black money. C'est l'incapacité de faire de Port-Louis ce «logistics hub» régional dont on parlait il y a longtemps et qui laisse le port tomber au plus bas pour ne pas perdre des votes d'une certaine région. C'est le nivellement par le bas du niveau de l'éducation. C'est la dévaluation de la monnaie nationale qui donne l'illusion de la croissance. Bref, c'est une économie qui ne crée plus de richesse nationale, mais une économie peu productive et vulnérable.

Maurice se trouve à un tournant stratégique où la transition vers une économie à plus forte valeur ajoutée devient indispensable. Avons-nous de nouveaux Sir Édouard Lim Fat, José Poncini, Maurice Paturau et autres patriotes ayant la volonté de pousser dans cette direction ? Les élites d'influence pourront-elles se focaliser moins sur les télénovelas politiques et contribuer à la réflexion et aux actions essentielles? Le Premier ministre, à 78 ans, aurait-il la volonté de redresser la barre, d'entamer les réformes et assurer les actions nécessaires au-delà des considérations politiciennes ce qui ferait alors de lui, un homme d'État qu'on louera dans vingt ans comme le père de l'île Maurice forte et de la renaissance économique du pays ?

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