À l'occasion de la Journée internationale des banques, célébrée chaque 4 décembre sous l'égide des Nations unies, l'UEMOA réaffirme sa volonté d'étendre l'accès aux services financiers à l'ensemble de sa population adulte. Avec plus de 196 millions de comptes ouverts en moins d'une décennie et un système de paiement instantané désormais opérationnel, la région s'impose comme l'un des moteurs de la finance numérique en Afrique.
Adoptée le 3 avril 2025 à Dakar, la Stratégie régionale d'inclusion financière 2025-2030 fixe un objectif clair : atteindre 90 % d'accès effectif aux services financiers d'ici 2030. Un cap ambitieux, mais cohérent au vu des avancées enregistrées : entre 2016 et 2023, le taux d'inclusion financière est passé de 47 % à 72,3 %, porté par l'ouverture de 196,4 millions de comptes.
Le boom des paiements électroniques illustre cette transformation. De 260 millions d'opérations en 2014, l'Union est passée à plus de 11 milliards en 2024. Selon la GSMA, l'Afrique de l'Ouest est désormais le principal moteur mondial du mobile money. Cette dynamique est renforcée par la Plateforme interopérable du Système de Paiement Instantané (PI-SPI), opérationnelle depuis le 30 septembre 2025. Connectant 62 établissements, elle permet des transferts instantanés 24 h/24 entre les huit États membres. Un commerçant ivoirien peut ainsi être réglé en quelques secondes par un client sénégalais, sans frais excessifs. La stratégie 2025-2030 accorde une place centrale aux populations encore marginalisées : femmes, jeunes, ménages ruraux, PME, personnes déplacées, personnes handicapées ou faiblement alphabétisées. Pour ces groupes, de nouveaux produits émergent : microcrédit agricole, assurance paramétrique, crédit-bail, épargne-éducation.
En parallèle, la BCEAO renforce les institutions de microfinance, déploie des programmes d'éducation financière et soutient la digitalisation des paiements publics.
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Le défi du "dernier kilomètre"
Malgré ces avancées, les disparités persistent. En zones rurales, la bancarisation progresse lentement et le coût de certains services demeure prohibitif. Les risques liés au numérique -- fraudes, erreurs, surendettement -- s'accentuent également, comme le révèle une enquête du CGAP.
Le véritable défi consiste désormais à atteindre le "dernier kilomètre" : permettre à une agricultrice du Kouritenga ou à un pêcheur de Caio de bénéficier concrètement des innovations financières. Cela nécessite des investissements massifs dans les télécommunications, l'électrification rurale et la formation financière des populations.
L'e-CFA en ligne de mire
En parallèle, la BCEAO prépare le lancement de l'e-CFA, la future version numérique du franc CFA, qui sera accessible via téléphone ou carte, même hors connexion. Cette innovation vise à renforcer la souveraineté monétaire, réduire l'informalité et améliorer la traçabilité des transactions. L'UEMOA se positionne ainsi parmi les zones les plus avancées du continent, devant l'Afrique du Nord, australe et la CEMAC.
La Journée internationale des banques rappelle d'ailleurs le rôle stratégique du secteur financier dans la réalisation des Objectifs de développement durable : réduction de la pauvreté, égalité femmes-hommes, emploi décent, réduction des inégalités.
Désignée Autorité macroprudentielle de l'Union, la BCEAO devra concilier innovation et stabilité financière.
Portée par une croissance de 6,2 % en 2024, l'UEMOA dispose de solides leviers pour faire de l'inclusion financière un moteur de prospérité partagée. Des rives du lac Nokoué à celles du fleuve Sénégal, l'objectif demeure : d'ici 2030, neuf citoyens sur dix devront avoir accès à des services financiers fiables, abordables et sécurisés.