Ile Maurice: Après La Réunion, cap sur Maurice

5 Décembre 2025

La 6e édition 2025 du festival du 7e art féminin va poser ses valises à Maurice du 8 au 13 décembre après une semaine à La Réunion. Sa mission : donner leur place aux femmes et à celles dont les histoires méritent d'être racontées. Trois professionnels du cinéma livrent.

Édith Semmani, fondatrice du festival : «Une manière d'honorer ma mère, qui a été victime de violences»

Vous portez ce combat depuis six éditions. Que représente pour vous cette sixième édition ?

Cela représente la nécessité de continuer. Les chiffres parlent d'eux-mêmes : au niveau national, le nombre de femmes derrière la caméra - les réalisatrices - a de nouveau chuté. Il est impératif d'offrir une tribune à ces femmes pour qu'elles puissent s'exprimer, encourager les jeunes réalisatrices à s'emparer de la caméra, à écrire, à faire du cinéma et de l'audiovisuel. C'est essentiel. Et puis, notre festival est aussi très engagé sur les droits des femmes et la lutte contre les violences qui leur sont faites. La programmation le montre et, malheureusement les chiffres, là aussi, confirment qu'il est nécessaire de proposer des films pour éveiller les consciences et enfin faire bouger les choses.

Restez informé des derniers gros titres sur WhatsApp | LinkedIn

Qu'est-ce qui vous anime pour mener ce festival depuis six éditions ?

On sent de la fierté quand vous en parlez, notamment en voyant naître des rencontres et des échanges entre invités. Ce qui m'anime, c'est le partage, la transmission, l'échange. Le fait qu'il y ait des rencontres, des projets, des dynamiques nouvelles. On se soutient aussi les uns les autres, il y a une véritable émulation d'énergie. Et puis, j'ai envie de dire que, pour moi, c'est aussi une manière de rendre hommage à ma mère, qui a été victime de violences. Tout est parti de là. Ce festival, c'est aussi un «merci» pour elle.

La projection du film «La Maison des femmes» mardi a été un moment fort. Les professionnelles de La Maison des femmes de Saint-Denis ont témoigné après la séance. Qu'avez-vous ressenti en les entendant ?

J'ai ressenti beaucoup de joie. Elles ont trouvé que le film était très proche de ce qu'elles vivent au quotidien et c'est cela l'essentiel. Elles sont reparties en disant qu'elles se sentaient reconnues : reconnues dans leur travail, dans leur place, dans ce qu'elles font chaque jour. Ce film est aussi une façon de leur dire : bravo et merci.

Le festival se déplace à Maurice pour des événements du 8 au 13 décembre. Quel en sera le programme ?

Je me réjouis de revenir à Maurice pour la troisième fois. Ce sera, là encore, une semaine de rencontres fortes autour de films engagés. Nous aurons la magnifique présence d'Emmanuelle Béart - ce n'est pas rien -, d'Andréa Bescond, réalisatrice et actrice extrêmement engagée, ainsi que de Véronique Le Bris, autrice et écrivaine, fondatrice du prix Alice Guy. Alice Guy, rappelons le, est la première femme à avoir réalisé un film de fiction : c'est un symbole très fort. Nous accueillerons aussi un journaliste de la presse internationale, qui collaborera avec la presse mauricienne.

Questions àSarah Lelouch, productrice et pionnière des enjeux liés à l'IA «L'IA n'est absolument pas la mort du cinéma traditionnel»

Vous avez animé une «masterclass» à l'Institut de l'image de l'océan Indien. Comment avez-vous vécu ce moment, marqué par de nombreuses questions des jeunes ?

Je l'ai vécu comme celles que je mène régulièrement : l'intelligence artificielle (IA) est un sujet qui suscite beaucoup de débats et d'inquiétudes. Je réalise à quel point la peur ne touche pas seulement les seniors, mais aussi les jeunes. Et ces jeunes, formés aux métiers de l'audiovisuel, n'ont pourtant pas de cours d'IA dans leur formation. Du coup, cela peut leur faire peur : on leur enseigne la tradition du cinéma et soudain, on leur parle d'un outil totalement nouveau. C'est pour cela qu'il est essentiel d'échanger avec eux et surtout d'encourager la multiplication des formations, pour tous. Ces discussions me permettent, à chaque fois, de mesurer l'ampleur des enjeux liés à l'IA.

Beaucoup expriment la peur d'être remplacés par l'IA. Avez-vous ressenti la même inquiétude à La Réunion ?

Oui, il y a de vraies inquiétudes concernant la possible disparition de métiers ou le remplacement de comédiens. C'est précisément ce que j'essaie de transmettre dans mes masterclasse: non, l'IA ne va pas remplacer les humains comme on l'imagine. Des métiers vont se transformer, certains disparaîtront, mais d'autres vont naître.

Je comprends ces peurs, mais je ne suis pas là pour militer pour l'IA. Je suis là parce que l'IA a gagné : elle ne disparaîtra jamais. Donc la vraie question, c'est comment faire avec et comment bien faire avec. Il faut discuter, poser des limites, réguler. Pour moi, ce n'est absolument pas la mort du cinéma traditionnel. Au contraire, c'est peut-être la naissance d'une nouvelle forme de cinéma. Une évolution technologique majeure, certes révolutionnaire, mais que le monde visuel doit apprendre à apprivoiser.

Vous militez pour la «bonne utilisation» de l'IA. Que signifie cela concrètement ?

On ne peut plus passer à côté de l'IA, mais il faut savoir l'utiliser. Pour moi, l'IA, c'est comme une Formule 1 : on ne met pas n'importe qui au volant. Il faut apprendre à la conduire. Derrière l'IA, il faut toujours des créateurs, des talents, de l'imagination, de la technique, mais aussi et surtout de l'éthique. On ne peut pas faire n'importe quoi. C'est pour cela que je milite pour une régulation française et européenne. Aujourd'hui, elle n'existe pas vraiment. Aux États-Unis, grâce à la grande grève des acteurs et scénaristes, ils ont réussi à trouver un accord sur les limites d'utilisation de l'IA. En Angleterre aussi. Nous, en Europe, nous sommes en retard. Quand les gens ont peur, c'est souvent parce qu'on ne les rassure pas. Et si on ne les rassure pas, c'est parce qu'il n'y a pas encore de règles claires.

Vous êtes marraine du festival 2025. Que représente cela pour vous ?

Je suis ravie d'être la marraine de ce festival. Je ne sais pas si j'y ai ma place, mais je me sens à ma place. Avant même de militer pour une bonne utilisation de l'IA, je milite - et continue de militer - pour la diversité, l'égalité, la représentation des femmes au cinéma, mais aussi celle des différentes communautés à l'écran. On parle beaucoup des femmes, mais pas toujours assez de ces autres enjeux, dont les chiffres restent alarmants. Et puis je suis heureuse, parce que c'est ma première fois à La Réunion. Je découvre cette île, mais aussi le décalage culturel avec la métropole. C'est extrêmement enrichissant.

Alain Gordon-Gentil, cinéaste, directeur de la MBC et invité du festival «J'ai trouvé des films intéressants qui donneront une vision de l'Afrique aux Mauriciens»

Comment avez-vous accueilli cette invitation à La Réunion pour le festival ?

La MBC est partenaire du festival et c'est un peu dans le nouveau souffle de la station nationale d'essayer d'être présente de front et notamment pour ce festival qui sera à Maurice la semaine prochaine. Je suis très sensible à cette invitation et j'y ai découvert beaucoup de jolis films que j'espère, on aura l'occasion de voir à Maurice.

C'était aussi l'occasion de rencontres avec des producteurs ou réalisateurs. Qu'en avez-vous retenu ?

J'ai rencontré beaucoup de personnes notamment pour l'achat de films et de certains documentaires dont celui d'une jeune Ghanéenne, que je trouve très intéressant et qui va donner une vision de l'Afrique aux Mauriciens.

Vous êtes directeur de la MBC et avez vous-même réalisé 11 documentaires de 52 minutes. Facile de concilier ces deux casquettes ?

Cette mission à la MBC est très prenante et intéressante mais j'ai un seul regret: je ne peux plus tourner de documentaires. Ça reviendra. Disons que les rencontres avec les réalisateurs sont très intéressantes pour moi comme directeur de la MBC car ça me met en contact avec de nouveaux producteurs et réalisateurs, qui produisent un genre de film assez nouveau, en présentant l'Afrique sous des joues moins misérabilistes que les films européens et c'est un point de vue très intéressant.

AllAfrica publie environ 600 articles par jour provenant de plus de 90 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.