Après que Kinshasa et Kigali ont signé un accord de paix visant à arrêter la guerre en cours dans l'est de la RDC, les parties de l'accord concernant l'accès aux minerais stratégiques.
Après que le Rwanda et la République démocratique du Congo ont ratifié jeudi (04.12) à Washington un accord de paix, les parties de l'accord concernant l'accès aux minéraux stratégiques semblent manquer de clarté.
Certains experts se demandent pourquoi l'accord ne précise pas que certains minéraux, comme le coltan, sont dans la zone sous contrôle des rebelles du M23 et que le trafic vers le Rwanda devrait ainsi se produire.
En dépit des réserves émises sur cet aspect, le gouvernement congolais s'efforce de se montrer rassurant sur le contenu de cet accord. Thérèse Kayikwamba Wagner, ministre congolaise des Affaires étrangères, reconnaît, toutefois, qu'il y a encore du travail à faire pour en expliquer le contenu.
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"Nous savons que nous devons continuer à communiquer sur ces accords pour, justement, les vulgariser davantage, surtout auprès de notre population, étant donné que le conflit nous affecte nous, en premier lieu, explique-t-elle. Est-ce que la population congolaise est satisfaite de ces accords ? Je voudrais l'espérer, évidement, étant donné que ces accords détiennent la promesse d'une paix durable dans notre pays, mais aussi dans la sous-région. Évidemment, je pense qu'il y a des éléments que certains auraient voulu voir dans les accords et qu'ils n'ont peut-être pas vus."
Le coltan n'est pas mentionné dans l'accord
L'accord sur les minerais prévoit, notamment, l'examen, par les deux parties, de la possibilité d'établir une réserve stratégique de minerais, la RSM, basée en RDC.
Cette institution vise à garantir un approvisionnement prévisible et durable en minéraux critiques, notamment en cobalt, pour les Etats-Unis.
Mais pourquoi est-ce que le coltan n'est pas mentionné ? Est-ce parce qu'une bonne partie de sa production est exportée illégalement par le M23 vers le Rwanda ? Jimmy Munguriek est avocat et directeur national de l'ONG Ressource Matters en RDC.
"Selon lui, le fait de ne pas mentionner le coltan dans cet accord ne signifie pas que les Etats-Unis ne seront pas intéressés par le coltan. Mais le vrai problème, aujourd'hui, est que le coltan est exploité en grande partie dans la zone occupée par les rebelles du M23. Si le coltan doit être exploité, ça va passer par le Rwanda parce qu'il est exploité par le groupe rebelle, appuyé par le Rwanda. Dans l'accord, c'est important que cet aspect-là soit mentionné. Et c'est cela qui va encore constituer un blocage."
Le Rwanda, bénéficiaire de ce flou ?
Certains analystes, comme le professeur Nicot Omeonga, enseignant à l'Université pédagogique nationale de Kinshasa, estiment que l'accord de Washington vient légaliser le pillage et donner une prime au Rwanda.
"Le Rwanda continue de piller de manière violente nos minerais stratégiques, mais par cet accord, le régime de Kigali a eu l'autorisation d'accéder légalement à nos minerais, déplore le professeur. Et maintenant, que gagnons-nous ? Parce que dans un accord, il faut que si nous perdons quelque chose, nous gagnons quelque chose d'autre. Ici, jusqu'à présent, on ne gagne rien. Ce que nous avons déploré, hier, va continuer."
En dépit de cet accord de paix, les affrontements entre l'armée congolaise et les rebelles de l'AFC-M23 se poursuivent, en particulier dans la province du Sud-Kivu.