Ile Maurice: L'étau judiciaire se resserre autour de Mamy Ravatomanga

7 Décembre 2025

À Madagascar, le climat politico-judiciaire continue de se tendre alors que plusieurs dossiers visant l'ancien président Andry Rajoelina et les figures majeures de son régime refont surface.

Au coeur de cette dynamique se trouve l'homme d'affaires Mamy Ravatomanga, influent soutien de l'ancien chef d'État, dont la chute judiciaire prend désormais une dimension internationale. Désormais détenu à la prison de Melrose, il fait l'objet d'enquêtes à Madagascar, Maurice et en France, concerné des affaires de corruption, blanchiment d'argent, abus de pouvoir et trafic d'influence.

Dans une interview accordée à Clicanoo, la ministre de la Justice, Fanirisoa Ernaivo, a donné le ton d'une justice déterminée à solder les comptes du passé. «Nous comptons poursuivre non seulement l'ancien président, mais toutes les têtes dirigeantes de l'ancien régime, pour les infractions qu'ils ont commises», affirme-t-elle sans ambiguïté. Elle précise ne pas vouloir mener de vendetta, mais plutôt «remettre les points sur lesi» dans un pays où, selon elle, certains ont cru pouvoir agir «sans foi ni loi».

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Concernant Mamy Ravatomanga, la ministre indique avoir été mandatée par les autorités de transition pour suivre les procédures en cours à Maurice. Elle confirme également l'existence d'une notice rouge d'Interpol, rappelant que l'homme d'affaires avait quitté Madagascar «de manière furtive», dans une logique de fuite.

L'objectif des autorités est clair : empêcher toute nouvelle tentative d'évasion et obtenir sa représentation devant la justice «quelle que soit la juridiction».

Les accusations visant Ravatomanga se déclinent en plusieurs volets. D'abord, deux plaintes déposées en France auprès du Parquet national financier (PNF), ainsi que des procédures à Madagascar et à Maurice. Une affaire particulièrement emblématique est celle de l'immatriculation frauduleuse d'un Boeing 777 au profit de l'Iran, dans un contexte géopolitique sensible.

À cela s'ajoutent des soupçons de détournement de fonds, blanchiment d'argent, trafic d'influence et abus de pouvoir dans des secteurs clés tels que la vanille et le litchi. Selon Fanirisoa Ernaivo, un «monopole artificiel» aurait été organisé par Ravatomanga via une société-écran, LTC, pour contrôler la filière litchi, fixer les prix et contourner les obligations fiscales, au détriment des producteurs, du groupement des exportateurs (GEL) et de l'État malgache.

Interrogée sur un éventuel classement sans suite par le PNF dans l'affaire des villas de Levallois-Perret, la ministre relativise : le classement n'est pas définitif et le dossier pourrait être rouvert grâce à de nouveaux éléments, notamment si Madagascar et Maurice coopèrent pleinement. Elle rappelle que ce dossier, qui évoquait un possible blanchiment immobilier, avait initialement souffert d'un manque de collaboration entre les États concernés. Un second dossier demeure quant à lui toujours en instruction, notamment sur les mouvements financiers liés à la filière litchi.

Les ramifications internationales de l'affaire ne se limitent pas à l'Europe. Concernant l'immatriculation frauduleuse des Boeing, Fanirisoa Ernaivo confirme travailler avec les autorités américaines et le FBI, dans le cadre d'une coopération désormais jugée nécessaire pour avancer sur un dossier aux implications stratégiques.

Dans un autre entretien, cette fois accordé à France 24, le nouveau président de la transition, le colonel Michael Randrianirina, renforce encore la pression autour de Mamy Ravatomanga. Il qualifie l'homme d'affaires de symbole du «système Rajoelina» et affirme souhaiter qu'il soit jugé par une juridiction malgache, estimant que «les richesses des Malgaches ont été détournées». Considère-t-il que l'ancien président est un criminel ? Le colonel a répondu : «Il a rendu le peuple malgache pauvre».

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