Un climat de grande incertitude a enveloppé Cotonou, dimanche 7 décembre 2025, lorsque des militaires se réclamant du « Comité militaire pour la refondation » (CMR) ont investi la télévision nationale pour annoncer la destitution du président Patrice Talon. Dans une déclaration lue en direct, ils ont affirmé que « Monsieur Patrice Talon est démis de sa fonction de président de la République », avant d'indiquer que « le lieutenant-colonel Tigri Pascal est nommé président du Comité militaire pour la refondation ». Cette proclamation, qui intervient à quelques mois de la présidentielle d'avril 2026, a immédiatement provoqué un choc politique dans un pays longtemps présenté comme l'un des plus stables d'Afrique de l'Ouest.
La prise de parole des putschistes intervient dans un contexte électoral déjà tendu. Le chef de l'État sortant, ayant achevé ses deux mandats, ne devait pas participer au scrutin, et la majorité avait désigné Romuald Wadagni comme candidat. Parallèlement, la principale force d'opposition, Les Démocrates, avait été exclue de la compétition, alimentant de fortes crispations politiques. Les mutins ont exploité cette situation en invoquant une série de griefs sécuritaires, sociaux et politiques. Ils ont dénoncé la détérioration de la situation dans le nord face aux attaques jihadistes, rappelant que l'attaque la plus meurtrière, en avril 2025, avait fait 54 morts dans les rangs des forces armées. Ils ont également mis en avant « des problèmes dans la gestion du personnel militaire », ainsi que des mesures sociales perçues comme défavorables aux enseignants et aux fonctionnaires. Enfin, ils ont accusé le pouvoir de restreindre l'espace politique, en limitant la participation de l'opposition.
Dans leur communiqué, les officiers du CMR ont proclamé la suspension de la Constitution adoptée en novembre 2025, la dissolution de l'ensemble des institutions, la mise en veille des partis politiques et la fermeture immédiate des frontières terrestres, maritimes et aériennes. Ils ont affirmé vouloir exercer « la plénitude des pouvoirs » durant une période de transition non précisée, tout en appelant paradoxalement la population à poursuivre « normalement » ses activités. Cette contradiction manifeste a accru la confusion au sein de l'opinion, d'autant que la lecture du communiqué a été émaillée d'échanges audibles entre officiers, révélant des divergences internes et une coordination approximative.
Quelques heures après l'annonce, le ministre de l'Intérieur et de la Sécurité publique, Allasane Seidou, est intervenu pour nier toute prise de contrôle par les putschistes. Il a qualifié l'action de « mutinerie » menée par « un groupuscule de soldats » dont l'objectif était « de déstabiliser l'État et ses institutions ». Selon lui, les Forces armées béninoises et leur hiérarchie « fidèles à leur serment, sont restées républicaines » et leur riposte « a permis de garder le contrôle de la situation et de faire échec à la manœuvre ». Le gouvernement a ainsi assuré que l'ordre était rétabli et a invité les populations à « vaquer normalement à leurs occupations ».
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Toutefois, plusieurs zones d'ombre persistent. Dans le décompte des arrestations, les autorités évoquent « des soldats », sans préciser si le lieutenant-colonel Tigri Pascal, présenté comme le chef du CMR, fait partie des personnes interpellées. Certains médias évoquent « au moins treize militaires arrêtés ». A l'heure où ses lignes sont écrites, aucune communication officielle ne confirme que Tigri a été capturé ou qu'il serait en fuite. Le gouvernement indique seulement poursuivre l'identification et la neutralisation « des dernières poches de résistance », ce qui laisse planer le doute sur l'étendue réelle du contrôle exercé par les forces loyalistes.
La communauté internationale a réagi. La Commission de la Cédéao a condamné avec « consternation » l'initiative des mutins, la qualifiant d'« anticonstitutionnelle » et d'atteinte à « la volonté du peuple béninois ». Dans un communiqué publié à Abuja, elle a tenu les auteurs du putsch « responsables, individuellement et collectivement, de toute perte en vies humaines et en biens causée par leur action ». Surtout, elle a annoncé être prête à soutenir « le gouvernement et le peuple par tous les moyens nécessaires, y compris le déploiement de la force régionale en attente », afin de défendre la Constitution et l'intégrité territoriale du pays.
Malgré ces assurances, la situation demeure confuse. Le gouvernement n'a fourni aucune information sur la localisation du président Patrice Talon, dont le silence alimente les spéculations. La concomitance entre la fragilité sécuritaire au nord, l'exclusion de l'opposition de la présidentielle, les divisions internes à l'armée et la proximité de l'échéance électorale donne à cette tentative de putsch une portée politique considérable. Elle pose également une question majeure qui est celle de la résilience d'un modèle démocratique longtemps présenté comme exemplaire, mais désormais soumis à d'importantes pressions internes et régionales.