Bénin: « Le syndrome malien ? »

9 Décembre 2025
analyse

A quelques mois de l’élection présidentielle, précisément au mois d’avril 2026, le président du Bénin Patrice Talon, qui achève son magistère de deux mandats successifs, tel que le prévoit la Constitution du Pays, vient d’être secoué par une tentative de coup d’État, qui s’est soldée par la prise des locaux de la télévision béninoise.

L’on se rappelle d’ailleurs d’une supposée première tentative de coup d’État, ou pour être fidèle à l’incrimination qui avait été retenue de « complot contre la sureté de l’État », qui avait entrainé la condamnation à 20 ans de réclusion criminelle de trois proches du président Talon, dont son ancien ministre des Sports Oswald Homeky.

On avait à l’époque estimé, c’était en 2024, qu’il s’agissait d’une sorte de bataille de succession qui avait mal tourné, car au sein du camp du président Talon, un dauphin n’était pas clairement affiché, sauf qu’aux yeux de certains observateurs Patrice Talon par cet acte voulait tracer la voie à son successeur finalement désigné, qui n’est autre que Romuald Wadagni, son ministre des Finances aujourd’hui investi candidat de la mouvance présidentielle, avec de fortes chances de le remporter après l’inéligibilité déclarée du candidat du parti des « Démocrates » Renaud AGBODJO, pour défaut du nombre de parrainages requis .

Cet épisode n’a rien à voir cette fois-ci, où ce ne sont pas des civils qui sont incriminés, mais plutôt des militaires qui ont pris les armes, et qui se sont emparés de la télévision et, mieux ou pis d’ailleurs, ont fait une déclaration publique pour annoncer la destitution du président en exercice.

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Le timing choisi interroge, même si de sources proches de la présidence de la République, on affirme que la situation est sous contrôle, et que les auteurs présumés du putsch manqué seraient en fuite.

En effet, à 4 mois de l’élection présidentielle, où le président sortant n’est pas candidat et c’est connu depuis longtemps, quel intérêt y a-t-il de fomenter un coup d’État, étant entendu que les citoyens ont la possibilité de se doter d’un nouveau président lors du scrutin ?

Le Bénin n’est-il pas en train de succomber au syndrome malien ? Faut-il le rappeler, à trois mois de la fin du mandat de feu le Président Amadou Toumani Touré, que l’armée malienne, sous la conduite du capitaine Aya Sanogo, avait renversé le régime de Toumani Touré, et depuis, on le constate, le Mali est entré dans une spirale de turbulences, jusqu’à aujourd’hui. Les mêmes causes produiront-elles les mêmes effets ?

En tout cas il y a de fortes similarités au regard du timing, mais aussi des motivations. Il semble que les militaires reprochent au régime de Patrice Talon une mauvaise considération de la situation des troupes armées au Nord du pays en proie aux attaques des djihadistes. Bien sûr que les pertes en hommes côté béninois sont importantes, mais est-ce une raison suffisante ? Non.

C’est d’ailleurs pourquoi il faut souhaiter que cette tentative ne soit pas une réussite, car la géopolitique en Afrique de l’Ouest risque d’être durablement chamboulée, non seulement au niveau de la CEDEAO qui sera durablement affaiblie avec l’amputation de 5 de ses membres, si on compte, en plus des pays de l’AES, la Guinée-Bissau (suspendue actuellement) et certainement (on ne le souhaite pas) le Bénin si le coup passe, sans oublier l’UEMOA. Il faut craindre de ce point de vue une jonction avec les pays de la « zone des trois frontières », qui ouvrirait une porte sur l’océan avec des conséquences sur le flux des échanges de l’AES vers l’extérieur.

Pis, au niveau interne, l’interruption du processus électoral va nécessairement entrainer un nouveau cycle politique, dont on ne peut appréhender l’issue. Il semble que le Nigéria et la Côte d’Ivoire aient apporté leur soutien militaire pour un retour à l’ordre institutionnel. Si c’est confirmé, il y a fort à parier que le parrainage de la CEDEAO l’ait précédé, à moins qu’il existe un accord de défense entre ces pays. Ce serait à saluer.

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