Mahé bientôt de retour devant l'hôtel de préfecture ? Il est un peu trop tôt pour le dire ; néanmoins, les opposants au déplacement très polémique du monument dédié à l'esclavagiste, qui fut aussi le grand aménageur de La Réunion, ont remporté un de début victoire devant la Cour administrative d'appel de Bordeaux.
Le 4 décembre dernier, soit deux ans jour pour jour après le déplacement de la statue sise place Candide-Azéma, la Rapporteure publique a rendu des conclusions défavorables au jugement rendu en première instance par le tribunal administratif. Pour rappel, les magistrats de Saint-Denis avaient débouté l'association Fort Réunion, appuyée par des personnalités telles que l'historien Prosper Ève et l'entrepreneur Philippe Doki-Thonon, à l'origine d'un recours contre l'autorisation administrative de déplacement de la statue, délivrée au titre de l'article L. 621-27 du code du patrimoine. Une action portée à La Réunion par l'avocat Philippe Creissen, dont les arguments n'ont pas été examinés au fond...
En effet, de manière quelque peu surprenante, le juge administratif de Saint-Denis avait blackboulé la requête au motif que les statuts de l'association ne prévoyaient pas expressément d'agir devant les tribunaux... alors que l'exercice du droit au procès est de jurisprudence constante et l'intérêt à agir des associations appréciées très largement.
C'est donc sans surprise, sur le plan procédural, que la magistrate propose à la Cour administrative d'appel d'annuler les deux ordonnances du tribunal administratif de La Réunion. Elle retient, d'une part, que l'association n'avait nul besoin d'inscrire dans ses statuts la faculté d'agir devant la juridiction administrative pour contester une décision portant directement atteinte à son objet. D'autre part, elle relève que le refus d'examiner le recours privait l'association du bénéfice du double degré de juridiction, ce qui justifie un renvoi du dossier devant le tribunal administratif de Saint-Denis.
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À cet égard, la position de la Rapporteure publique est quelque peu cuisante pour les magistrats réunionnais, auxquels il est, en clair, demandé de revoir entièrement leur copie... Le dossier porté au fond par Me Creissen devrait donc cette fois être évoqué ; selon nos informations, celuici relève notamment l'absence d'autorisation permettant le transfert de la statue de l'esclavagiste dans la cour de la caserne Lambert...
C'est là, pour mémoire, la solution qu'avait trouvée la maire de Saint-Denis. Ericka Bareigts entendait donner un nouveau contenu symbolique à cet espace central du «vieux carré» dionysien, sans pour autant céder aux radicaux des collectifs inspirés par les «détchoukaj» violents des Antilles, qui avaient mis à bas - et sur le même plan - les statues des esclavagistes et des abolitionnistes, en fonction de critères purement raciaux...
Dans cette controverse, Ericka Bareigts rappelait que la statue de ce «négrier» n'était «plus à sa place», tout en refusant le révisionnisme - la maire se définit elle-même comme une «militante du non-effacement de la connaissance». Cette position modérée s'inscrit dans une volonté de recomposer l'espace public, sans céder aux injonctions maximalistes. Celles-ci étaient notamment assumées par le parlementaire PLR Frédéric Maillot : «Je ne suis pas content qu'on la déplace, j'aurais été content qu'on l'abatte», déclarait le député de la VIe circonscription à l'express de Maurice en 2023.
Un nouveau round se jouera-t-il devant le tribunal administratif de La Réunion ? Il faut rappeler que les conclusions de la Rapporteure publique ne sont pas définitives et ne préjugent pas, en droit, de la décision d'appel. Reste que les magistrats ont tendance à suivre les recommandations ainsi formulées. La décision finale devrait, selon nos informations, intervenir le 18 décembre : à Saint-Denis, la statue de Mahé viendra donc hanter la Fètkaf...