Le Congress of Independent Trade Unions (CITU) a tenu, mardi 25 novembre, une conférence de presse à son siège de la rue Victor De La Faye, Port-Louis. Conduite par son président Deepak Benydin, aux côtés d'Arvind Bhojun (UPSEE, membre du CITU), la centrale a expliqué pourquoi elle porte deux revendications majeures : une compensation salariale 2026 «à la hauteur de la cherté de la vie» et un rapport PRB «applicable et équitable» dès janvier 2025.
Sur la compensation 2026, le CITU affirme représenter «la majorité de la fédération», citant plusieurs affiliés. Benydin a planté le décor : «Le pouvoir d'achat est perdu. Une bonne famille a beaucoup de difficultés à vivre.» Pour étayer, il s'appuie sur le Household Budget Survey (HBS) 2023 : dépenses mensuelles moyennes en «alimentation et boissons non alcoolisées» à Rs 10 420, «alcool et tabac» à environ Rs 450, «logement, électricité et gaz» à Rs 4 180, «transport» à Rs 6 630, «restaurants et hébergement» autour de Rs 2 046, en jugeant que ces montants ne reflètent plus la réalité de 2025.
Au coeur du dossier : le salaire minimum à Rs 17 110 et la garantie revenu de Rs 3 000 portant certains revenus de base à Rs 20 110. Pour le CITU, ce dispositif démontre que «le gouvernement reconnaît que 17 110 ne suffit pas pour vivre». La centrale s'alarme aussi des effets de seuil : les salariés autour de Rs 25 000 «gagnent Rs 1 000», tandis que «ceux au-dessus de Rs 50 000» ne sont pas toujours reconnus comme employés au sens des 24 heures.
D'où l'appel à une compensation «réaliste», calculée sur la base «des paniers de 2023 actualisés», et non une simple indexation. Arvind Bhojun avertit : «La compensation ne doit pas être symbolique.» Il rappelle par ailleurs la dépréciation cumulée de la roupie évoquée dans les discussions budgétaires, l'augmentation des taux d'intérêt et l'érosion des aides (CSG income allowance, child allowance, pregnancy care allowance, etc.), autant d'éléments qui «compressent» le revenu disponible des ménages.
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Le CITU réclame, chiffres à l'appui, de la transparence statistique : «Combien gagnent en dessous de Rs 20 000 ? Combien entre Rs 20 000 et Rs 50 000 ? Combien au-dessus ? Dans le privé et le public ?» L'objectif : calibrer une compensation différenciée qui protège les bas et moyens revenus, sans «oublier» la classe moyenne sous crédit immobilier, «lourdement impactée» par la remontée des taux. La centrale plaide aussi pour que «les grandes boîtes qui font par milliards de profits» contribuent davantage que les PME.
Sur le PRB, Benydin dit avoir «laissé amplement de temps» aux rédacteurs, mais exige désormais la mise en oeuvre des engagements politiques : «Ils ont promis qu'ils l'appliqueraient à partir de janvier 2025.» La centrale cible deux noeuds : l'«incremental credit» pour reconnaître les qualifications nouvelles, et les écarts salariaux dans le parapublic. Exemple cité : un Chief Executive payé à environ Rs 139 805 face à un salaire d'entrée «autour de Rs 10 250», soit des ratios proches de 1 à 13. «Il faut revoir la structure salariale», insiste Benydin, en rappelant que les rémunérations supérieures empilent «fringe benefits» et duty-free, élargissant encore l'écart.
Bhojun réclame un PRB «sans baisse d'allocations», un «grading des qualifications» avec droit effectif à l'incremental credit, et l'intégration ordonnée de l'IA dans la fonction publique, pour «former, pas remplacer». Sur la méthode, la centrale refuse les surprises : publication rapide, même calendrier pour tous les corps et droit de corriger «les anomalies» après parution. Côté quantum, le CITU évoque un «minimum de Rs 10 000» d'ajout pour certaines catégories, en consolidation «des intérims et allocations déjà versés», afin d'atteindre un «salaire décent».
Message final à l'exécutif : arrimer la compensation 2026 et le PRB à la réalité des prix, des taux et de la roupie, pour restaurer «le contrat social» et redonner souffle aux ménages. «Nous espérons, au nom des travailleurs, des décisions qui se sentent dans le portefeuille, pas sur le papier», résume le CITU.