Le gouvernement sénégalais a lancé à Dakar hier, mardi, un vaste audit de la fonction publique destiné à moderniser l'administration et à vérifier la présence éventuelle d'emplois fictifs. Le ministre de la Fonction publique, Olivier Boucal, qui pilote l'opération, affirme vouloir rompre avec les pratiques anciennes et replacer la gestion des ressources humaines au cœur de la réforme de l'État.
En marge du lancement, le ministre a rappelé l'enjeu stratégique de la démarche. « Ce sont les ressources humaines qui constituent vraiment le socle de tout ce que va faire l'État », a-t-il insisté, soulignant qu'aucune politique publique ne peut réussir sans une maîtrise rigoureuse du capital humain. La phase pilote débute ce mois de décembre dans son propre ministère avant de s'étendre, dès janvier, à l'ensemble de l'administration pour une durée de trois mois.
Les conclusions sont attendues en avril 2025. Malgré les soupçons récurrents d'emplois fictifs, Olivier Boucal se refuse à toute accusation sans preuve : « On ne peut pas l'établir de façon formelle tant que nous n'avons pas effectué un audit », rappelle-t-il, tout en admettant des « dénonciations ici et là ». L'objectif est de disposer enfin d'un recensement fiable des effectifs et de mieux contrôler une masse salariale dont le montant n'a pas été communiqué.
Le ministre reconnaît toutefois que les précédents audits n'ont pas produit les résultats espérés : « Nous avons connu par le passé des audits qui n'ont pas toujours produit les effets escomptés », concède-t-il. Pour éviter un nouvel échec, le gouvernement a renforcé le dispositif en mobilisant un cabinet spécialisé, la CDC via sa filiale Sinapsis, ainsi qu'un comité de pilotage, des comités techniques et des équipes d'audit dédiées.
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La digitalisation au centre de la réforme
Olivier Boucal insiste sur la nécessité urgente de tourner la page de la gestion manuelle des ressources humaines, qu'il juge source majeure de dysfonctionnements. « Tant que la gestion restera manuelle, elle posera toujours des problèmes », affirme-t-il.
La mise en place d'un système informatique intégré doit permettre de fiabiliser les données, de sécuriser les informations du personnel et d'améliorer la gestion prévisionnelle des compétences. Pour le nouveau régime, cet audit se veut une preuve de transparence et un acte fort de rupture. Il pourrait dégager d'importantes marges budgétaires et renforcer l'efficacité de l'administration.
Reste un flou sur plusieurs points : l'absence de chiffres précis sur la masse salariale, le manque d'indications sur d'éventuelles sanctions et l'absence de critères d'évaluation clairement définis. Les résultats définitifs sont attendus en avril 2026. D'ici là, l'administration sénégalaise sera passée au crible, avec l'ambition affichée par Olivier Boucal de bâtir une fonction publique plus performante et conforme aux attentes du pays.