Sénégal: Coopération économique Sénégal / Turquie - Dakar veut réduire un déficit commercial abyssal

10 Décembre 2025

Malgré les 780 millions de dollars d'investissements turcs au Sénégal, les exportations sénégalaises vers Ankara restent insignifiantes. Pour rééquilibrer les échanges, le ministre du Commerce et de l'Industrie, Serigne Guèye Diop, mise sur une réforme juridique imposant une participation locale et sur la création d'une zone industrielle destinée aux PME turques.

Le diagnostic est clair : alors que les investissements venus de Turquie atteignent 780 millions de dollars, les exportations sénégalaises vers ce partenaire demeurent « très faibles », déplore Serigne Guèye Diop. Pour corriger ce déséquilibre structurel, Dakar déroule une stratégie mêlant réformes législatives et nouvelles pistes de coopération industrielle.

La visite, de deux jours, d'une délégation turque composée de 37 chefs d'entreprise et conduite par le ministre turc du Commerce, constitue une étape clé. « Cette visite est la conséquence logique d'une série d'engagements. Elle démontre que la Türkiye est fortement engagée à relever les défis économiques avec nous », a déclaré le ministre sénégalais.

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Elle s'inscrit dans une séquence diplomatique renforcée : initiatives du président sénégalais début 2025, mission du Premier ministre en septembre, puis intensification des échanges bilatéraux ces derniers mois. La présence du ministre turc à l'ouverture de la 33e Foire internationale de Dakar (Fidak) marque d'ailleurs une première. « Cela montre que nous franchissons un nouveau cap commercial », analyse Serigne Guèye Diop.

Un cadre juridique en renforcement

Pour transformer l'intérêt turc en investissements productifs, Dakar a identifié deux leviers majeurs. Le premier consiste à imposer un taux minimal de participation sénégalaise dans tout investissement étranger. « Nous discutons pour que, dans la prochaine loi sur l'industrialisation, un certain pourcentage de participation de nos entreprises soit rendu obligatoire », a annoncé le ministre.

Objectif : ancrer durablement les projets turcs dans le tissu économique local et encourager les transferts de compétences. Un premier accord-cadre doit être signé dès demain (aujourd'hui), avant une étape plus globale prévue en mars à Ankara, impliquant patronats et institutions financières. L'ambition est double : sécuriser les investissements et garantir des retombées locales concrètes.

Les PME turques dans le viseur

Deuxième axe : attirer le vaste réseau de PME turques, considéré par le ministre comme un « réservoir formidable ».

« La Turquie compte quatre millions de PME. En dehors de l'Allemagne, je ne connais aucun pays qui en a autant », souligne-t-il. Pour capter cet écosystème, le Sénégal met en avant ses 45 zones industrielles et envisage la création d'une zone exclusivement dédiée aux entreprises turques.

« Vu leur dynamisme, cela permettra d'avoir un véritable essaim d'abeilles autour de nos zones industrielles », fait savoir Serigne Guèye Diop. Les secteurs ciblés sont l'agroalimentaire, les industries manufacturières et extractives, qui offrent des complémentarités solides entre les deux économies.

Les joint-ventures comme levier de rééquilibrage

Pour réduire le déficit commercial, le Sénégal compte particulièrement sur la création de joint-ventures associant les capitaux turcs et l'expertise locale. L'enjeu : produire localement des biens aujourd'hui importés tout en développant les capacités d'exportation.

Reste à savoir si cette stratégie suffira à corriger un déséquilibre commercial aussi profond. Les prochains mois et la finalisation du cadre juridique et rencontres de mars à Ankara seront déterminants pour mesurer la capacité du Sénégal à convertir l'intérêt turc en un partenariat réellement équilibré.

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