À l'occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, célébrée le 9 décembre, la section sénégalaise de Transparency International accueille favorablement l'adoption de quatre lois anti-corruption en septembre 2025, mais rappelle que le Sénégal reste dans la "zone rouge" avec un score de 45/100, non sans demander l'opérationnalisation rapide du dispositif législatif.
Le satisfecit est nuancé. Si le Forum Civil se félicite de l'adoption récente d'un arsenal législatif anti-corruption, l'organisation de la société civile ne cache pas son inquiétude face au maintien du Sénégal dans la "zone rouge" de l'Indice de Perception de la Corruption (IPC) de Transparency International, avec un score de 45 sur 100. Dans un communiqué publié à l'occasion de la Journée internationale de lutte contre la corruption, dont le thème 2025 est "S'unir avec la jeunesse contre la corruption : former l'intégrité de demain", le Forum Civil dresse un bilan en demi-teinte des efforts gouvernementaux.
L'organisation salue l'adoption, en septembre 2025, de quatre textes majeurs : la création de l'Office national de lutte contre la Corruption (OFNAC), la loi sur la déclaration de patrimoine, celle protégeant les lanceurs d'alerte et enfin la loi relative à l'accès à l'information. Des décrets d'application ont également été pris, et un processus d'appel à candidatures pour désigner les membres de l'OFNAC est en cours.
"Ces avancées constituent des progrès majeurs dans l'approfondissement de la transparence et de la gouvernance publique durable", reconnaît le Forum Civil. Mais l'organisation prévient : entre l'adoption des lois et leur mise en œuvre effective, il existe souvent un gouffre que le Sénégal doit impérativement combler.
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"Les enjeux et défis persistent"
Le communiqué rappelle avec insistance que "les enjeux et défis persistants dans la lutte contre la corruption, avec les risques de la criminalité organisée, exigent" une action résolue sur plusieurs fronts. En tête des priorités : l'évaluation de la Stratégie nationale de lutte contre la corruption 2019-2024 et l'élaboration d'une nouvelle feuille de route.
Le Forum Civil pointe également du doigt la publication irrégulière des rapports des organes de contrôle, notamment ceux de l'Inspection Générale d'État (IGE), de l'OFNAC lui-même et de l'Autorité de Régulation de la Commande publique (ARMP). "La transparence ne peut se limiter aux textes. Elle doit se traduire par la mise à disposition régulière de l'information au public", martèle l'organisation.
Un plan national qui se fait attendre
Autre doléance majeure : l'absence d'un plan national de lutte contre la corruption opérationnelle. Le Forum Civil exige "l'élaboration et l'opérationnalisation" urgente d'un tel plan, assorti d'un calendrier précis et d'indicateurs de performance mesurables. L'organisation insiste également sur le "renforcement institutionnel et juridique des entités du contrôle interne" et réclame un meilleur suivi de l'exécution des recommandations formulées par les corps de contrôle, qu'ils soient internes ou externes à l'administration.
La jeunesse, clé de la transformation
En écho au thème international de cette année, le Forum Civil place la jeunesse au coeur de la lutte anti-corruption. Former les nouvelles générations à l'intégrité et aux valeurs de transparence apparaît comme un investissement stratégique pour briser durablement le cycle de la corruption. Cette dimension préventive et éducative contraste avec une approche exclusivement répressive, suggérant un changement de paradigme dans la stratégie anti-corruption du pays.
Une crédibilité internationale à reconquérir
Le maintien du Sénégal dans la "zone rouge" de l'IPC, malgré les réformes entreprises, pose la question de l'efficacité réelle du dispositif. Avec un score de 45/100, le pays se situe en dessous de la moyenne et peine à convaincre les observateurs internationaux de sa détermination à éradiquer la corruption. Pour le Forum Civil, l'année 2026 sera décisive. Elle dira si le Sénégal saura transformer son arsenal législatif en résultats tangibles, ou si les nouvelles lois rejoindront la longue liste des réformes inaboutie. La société civile, elle, a déjà prévenu : elle restera vigilante.