Au coeur du Tchad, l'eau change des vies

9 Décembre 2025
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African Development Bank (Abidjan)

Dans les vastes plaines du Tchad, où la sécheresse façonne le quotidien, un changement profond est en marche. Là où l'eau était autrefois une quête quotidienne, parfois longue de plusieurs heures, une transformation silencieuse mais déterminante est en cours. Depuis le lancement du Programme d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement en milieux semi-urbain et rural (PAEPA-SUMR), financé pour 141,43 millions de dollars par le Fonds africain de développement, plus de 500 000 personnes voient leur quotidien se redessiner autour d'une nouvelle réalité : l'accès à une eau potable fiable, à des services d'hygiène dignes et à des opportunités économiques inattendues.

Dans les provinces du Logone occidental et oriental, les effets se lisent dans les gestes simples du quotidien. Quarante-quatre mini-réseaux d'eau fonctionnent désormais, permettant à plus de 117 000 habitants de disposer d'un point d'eau potable à moins de 300 mètres de leur maison. Les corvées interminables appartiennent progressivement au passé. Quelques 135 latrines publiques et scolaires, ainsi que cinq décharges finales et un laboratoire d'analyses des eaux réhabilité à Laï, ont amélioré la salubrité et renforcé la sécurité sanitaire. Dans les centres de santé, les marchés ou dans les gares routières, la réduction des risques de maladies hydriques est tangible. Les campagnes d'information et d'éducation, menées avec les associations d'usagers de l'eau, ancrent les bonnes pratiques et assurent la pérennité de ces acquis.

« Grâce aux formations et aux équipements reçus, nous pouvons enfin assainir nos quartiers, mais surtout sensibiliser les familles. Quand chacun comprend qu'il a un rôle à jouer, la propreté de notre ville devient l'affaire de tous », soutient Serge Mbaindigsem, membre de la Coordination des associations Doba ville propre.

Le changement se fait aussi sentir dans les écoles, où l'accès à l'eau et à des infrastructures adaptées transforme l'apprentissage. Les élèves tombent moins souvent malades : les maladies hydriques ont reculé de 68 %, permettant une présence accrue en classe. Les taux de réussite progressent, notamment celui au Brevet d'études fondamentales (BEF) qui est passé de 51 % à 89,63 %. Les filles, particulièrement pénalisées par l'absence de conditions sanitaires décentes, fréquentent désormais davantage l'école. À Donangkassa, elles représentent 75 % des effectifs. Et chaque enfant gagne en moyenne 1 h 20 par jour, autrefois consacrée à la collecte de l'eau. Les taux net de scolarisation grimpent passant de 72 % à 81 % dans le primaire et de 54 % à 60 % au collège dans la zone d'action, révélant l'impact direct de l'eau sur l'éducation.

Un projet, créateur d'emplois

Au-delà des infrastructures, le projet est un véritable catalyseur de développement humain. Plus de 2 300 jeunes ont été formés aux métiers liés à l'environnement ou aux travaux à haute intensité de main-d'oeuvre, comme l'assainissement, le curage de caniveaux ou la gestion des déchets. Vingt groupements de femmes ont été équipés pour gérer des latrines publiques et valoriser les déchets solides et plastiques, donnant naissance à des micro-entreprises locales et à de nouvelles sources de revenus.

À Doba, Fada et Faya, des centres multifonctionnels de promotion des jeunes servent désormais de lieux d'alphabétisation, de formation, de transformation agroalimentaire et de commercialisation. Ces espaces sont devenus, pour de nombreuses femmes, des tremplins vers l'autonomie.

Parmi les visages de cette transformation, celui de dame Catherine Djimet, présidente de la plateforme Looshigemadji, illustre l'impact profond du programme. « Dans le cadre du PAEPA, j'ai reçu une formation au Burkina Faso sur la gestion des déchets. Je suis rentrée en tant que formatrice des formateurs... J'ai formé des femmes à la gestion des déchets et à la fabrication de compost. Grâce à cela, beaucoup ont pu avoir leur propre champ et se prendre en charge », raconte-t-elle avec fierté. Elle évoque le cas d'Antoinette Dendjim, l'une des bénéficiaires, qui, grâce à la production de compost, a pu acquérir de nouvelles terres et assurer son autonomie.

Au Tchad, l'histoire du Programme d'approvisionnement en eau potable et d'assainissement en milieux semi-urbain et rural rappelle qu'investir dans l'eau et l'assainissement, c'est semer les graines de la santé, de l'éducation, de la paix sociale et de l'économie locale. Une transformation durable, portée par des communautés qui reprennent leur avenir en main.

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