À Zinindo, un village du district de Gushegu, dans la région Nord du Ghana, Abdul Salam Dauda, agriculteur âgé de 35 ans, a travaillé la terre pendant plus de vingt ans. Sans grand succès.
Jusqu'à ce qu'il adhère au Projet de développement des chaînes de valeur de l'agriculture de savane (SADEP), financé par le Groupe de la Banque africaine de développement en 2022, Abdul Salam cultivait environ deux hectares de maïs avec des semences locales issues des précédentes récoltes. Sans engrais et avec un sol de moins en moins fertile, ses rendements étaient dérisoires : moins de 200 kilos pour une surface cultivée de 4 000 m². Ses revenus lui permettaient à peine de subvenir aux besoins de sa famille nombreuse, mais Abdul Salam a persévéré, gardant l'espoir qu'un jour les choses s'amélioreraient.
« À chaque récolte, je savais que je pourrais faire mieux si j'avais les bons intrants et le soutien adéquat. Il me fallait juste une opportunité », se rappelle-t-il.
« Un don du ciel »
Cette opportunité s'est présentée lorsqu'Abdul Salam a rencontré Benedicta Kale, une agricultrice commerciale, officier dans l'armée de l'air ghanéenne, et fondatrice de Benic Commodities. C'est par son intermédiaire qu'il a rejoint le SADEP comme cultivateur sous-traitant. Son activité s'est tellement transformée qu'il parle de cette rencontre avec Benedicta comme un « don du ciel ».
En 2022, Abdul Salam a doublé la superficie de son exploitation, la portant à quatre hectares. Grâce aux engrais et au soutien de l'agricultrice commerciale, son rendement en maïs a plus que triplé pour atteindre environ 600 kilos pour 4 000 m² cultivés. Au prix du marché d'environ 300 cedis par sac de 100 kilos, son revenu a atteint environ 18 000 cedis, ce qui lui a ouvert les yeux sur le véritable potentiel de l'agriculture. Pour la première fois, il a pu faire face à toutes les obligations financières de sa famille et épargner pour l'avenir.
Fort de ce succès, Abdul Salam a agrandi sa ferme pour atteindre 20 hectares en 2023. Benedicta a renforcé son soutien pour y inclure des services de mécanisation pour la préparation des terres, des semences de maïs améliorées (variétés Pioneer et Pan), des engrais, des services de vulgarisation et une mise en relation avec le marché. Les résultats ont dépassé toutes les attentes.
« La rencontre avec Benedicta a été un véritable don du ciel. Mon association avec l'agricultrice commerciale m'a propulsé sur la voie d'une prospérité agricole que je n'aurais jamais pu imaginer », reconnaît le jeune agriculteur.
Début 2024, Abdul Salam a acheté un tracteur d'occasion. Il n'est plus seulement agriculteur, il commence à fournir des services de mécanisation à d'autres agriculteurs, tout en étendant sa propre exploitation à 40 hectares, entièrement consacrés au maïs. Benedicta a continué à le soutenir en lui fournissant des semences améliorées, des engrais et des services de vulgarisation. En l'espace de trois ans seulement, Abdul Salam est passé de deux à quarante hectares cultivés, de 200 à 600 kilos pour 4 000 m².
Un parcours de résilience
En 2024, la région a connu une sécheresse prolongée. Pas une goutte de pluie de juin à mi-août, et les récoltes ont régressé. Abdul Salam a subi des pertes considérables sur son exploitation de 40 hectares. Pour beaucoup d'agriculteurs, un tel revers, après un succès aussi fulgurant, aurait été dévastateur. Pourtant, la réaction d'Abdul Salam a révélé sa vraie nature : « L'année 2024 n'a pas été une année mémorable, mais j'envisage la saison agricole 2025 avec beaucoup d'espoir et d'optimisme. Je suis convaincu de pouvoir rebondir et récupérer tout ce que j'ai perdu. »
Cette résilience témoigne à la fois de sa force personnelle et des solides fondations que le programme SADEP l'a aidé à bâtir. Grâce à son tracteur, ses connaissances, son réseau et le soutien continu de Benic Commodities, Abdul Salam a les moyens de se relever et de prospérer à nouveau.
La réussite d'Abdul Salam l'a hissé au rang de leader parmi les petits exploitants travaillant comme sous-traitant avec Benic Commodities. Il est aujourd'hui à la tête de Mausensang, un groupement d'agriculteurs d'environ 80 membres organisés en sous-groupes de 15 membres dans sa communauté.
Construire la prospérité ensemble
La vision d'Abdul Salam va au-delà de son réseau actuel. Ayant constaté de visu comment le SADEP a transformé son entreprise agricole, il est déterminé à partager cette opportunité avec d'autres. Son objectif est d'attirer au moins 100 nouveaux membres des villages voisins dans le district de Gushegu : Yemokaraga, Zoonaayili, Limo, Bilsinga, Kpalugu et Zuloggu.
« J'ai connu le succès grâce à ce dispositif. Maintenant, mon objectif est de mobiliser de nouveaux membres pour qu'ils puissent eux aussi accéder à cette opportunité et se développer. C'est ainsi que nous construisons la prospérité, ensemble ».
L'histoire d'Abdul Salam illustre parfaitement l'approche inclusive et mobilisatrice du SADEP en matière de développement agricole. L'aspect le plus inspirant de son parcours n'est peut-être pas sa transformation remarquable de 2022 à début 2024, mais sa résilience face à l'adversité. Malgré la perte d'une grande partie de ses acquis, Abdul Salam n'a pas perdu sa vision ni sa détermination. Il incarne la capacité non seulement à prospérer en période faste, mais aussi à faire face aux défis et à les surmonter pour en ressortir plus fort.
Alors qu'Abdul Salam se prépare pour la prochaine saison agricole, son parcours continue d'inspirer d'autres agriculteurs dans le district de Gushegu, et au-delà. D'un agriculteur en difficulté cultivant deux hectares à un chef d'entreprise gérant une quarantaine d'hectares et possédant du matériel de mécanisation, sa transformation incarne les opportunités créées par le programme SADEP. Ses 20 années d'attente n'ont pas été vaines ; elles ont forgé une détermination qui lui a permis de saisir sa chance lorsqu'elle s'est enfin présentée à lui.