À l'occasion de la Journée de l'élimination de la violence envers les femmes et des 16 jours d'activisme contre les violences basées sur le genre, l'ONG MPower a proposé, samedi 6 décembre 2025, un atelier intitulé «Démystifier le féminicide et son impact sur la famille» au Domaine de Grand-Baie.
Nadjiyya Dauhoo, Assistant DPP, a fait ressortir : «Dans nos communautés, dans nos foyers et à travers le monde, une réalité dévastatrice persiste : l'assassinat délibéré de femmes et de filles. Ce terme s'appelle le féminicide.» Pour elle, le féminicide est un meurtre fondé sur le genre laissant derrière lui des victimes invisibles : enfants, parents et familles brisées. Il ne s'agit pas d'un acte aléatoire, mais de l'assassinat intentionnel d'une femme parce qu'elle est une femme, nourri par la croyance qu'un homme a le droit de contrôler, posséder et finalement ôter la vie à sa partenaire.
Chaque féminicide révèle l'échec des systèmes de protection sociale et juridique. Elle rappelle également que l'un des défis majeurs reste l'absence d'une définition légale claire. Aujourd'hui, ces crimes sont classés comme de simples homicides, sans prise en compte de la coercition, du contrôle et des violences sexuelles qui les précèdent. Intégrer le féminicide comme infraction aggravée est indispensable pour que les peines reflètent la gravité du motif genré.
La Commission de réforme du droit avait déjà soulevé cette lacune en 2021, mais la réforme se fait toujours attendre. «Le féminicide n'éclate jamais soudainement, il est souvent le dernier acte d'un long parcours de violences domestiques», ajoute-t-elle. Le contrôle économique piège de nombreuses victimes dans des relations dangereuses ; chaque semaine, des femmes retirent leurs plaintes faute de moyens pour survivre loin de leur agresseur. Les ordonnances de protection demeurent souvent insuffisantes, la coordination entre la police, les services sociaux et les unités spécialisées reste lacunaire, et l'absence de reconnaissance du viol conjugal limite encore les poursuites.
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Les barrières culturelles -- la perception de la violence domestique comme une affaire privée -- participent également au silence des victimes. Pour elle, une réforme profonde du Code pénal s'impose : nommer, reconnaître et punir le féminicide est un impératif moral et social.
Mme Legris-Gregoire, Gender Coordinator de la FWPU Unit, a présenté les changements apportés par le ministère de l'Égalité du genre et du Bien-être de la famille pour soutenir les victimes de VBG et de féminicide.
Le député Kaviraj Rookny, présent à l'atelier, a témoigné avec émotion : «Mon père n'a jamais levé la main sur ma mère ; il m'a enseigné le respect envers les femmes, envers mon épouse, mes filles et même envers les hommes.» Il a évoqué une expérience traumatisante liée à certaines traditions imposant des rituels humiliants aux veuves. Sa mère a résisté à ces pratiques, portant ses symboles de mariage aussi longtemps qu'elle le souhaitait. «Une femme n'appartient à personne», a-t-il insisté, dénonçant une mentalité qui légitime la violence masculine.
Il souligne que la violence commence souvent dès l'enfance, lorsqu'un garçon grandit en voyant sa mère maltraitée. Ces comportements touchent toutes les classes sociales. Combattre le féminicide ne peut reposer uniquement sur les lois : les familles, les traditions et certaines pratiques religieuses doivent être questionnées. Il appelle les hommes à s'impliquer activement dans ce changement culturel et cite des cas récents où des femmes ont été tuées simplement parce qu'elles voulaient partir. Il insiste sur l'urgence d'une transformation légale, sociale et éducative pour que les nouvelles générations ne normalisent plus la violence
. Maître Mokshada Pertaub, Présidente de Mpower et experte en genre auprès de l'ONU, a déclaré : «Les chiffres internationaux montrent qu'une femme sur cinq de plus de 15 ans subit une forme de violence domestique, et dans notre pays, une sur quatre. Ces violences prennent des formes multiples : physiques, verbales, psychologiques, économiques ou sexuelles. Le féminicide apparaît comme l'ultime étape d'un cycle de contrôle et de domination, nourri par un sentiment de légitimité et d'impunité chez certains hommes.» Elle évoque des cas récents et particulièrement graves, en soulignant que les victimes proviennent de toutes les classes sociales. Une survivante raconte comment son compagnon, obsédé et persuadé d'avoir un droit de possession sur elle, a tenté de l'égorger. Malgré la gravité des faits, l'agresseur a été libéré contre une caution dérisoire. Ces situations illustrent l'absence criante d'une loi spécifique sur le féminicide.
Elle dénonce également les failles du système : lois obsolètes imprégnées de patriarcat, absence de reconnaissance du viol conjugal, et ancienne disposition légale permettant d'atténuer un homicide en cas de « flagrant adultère ». Bien que récemment abrogée, cette logique continue d'alimenter une culture de justification de la violence. L'analyse s'appuie aussi sur les pratiques internationales : de nombreux pays, en Amérique latine, en Europe ou en Afrique, disposent désormais de lois spécifiques contre le féminicide.
L'Union africaine a même adopté en 2025 une convention pour mettre fin à la violence contre les femmes. L'intervenante conclut en appelant à une réforme profonde, à l'adoption d'une loi spécifique sur le féminicide, à l'aggravation des peines, au renforcement de l'Acte sur la violence domestique, à la formation des forces de l'ordre et à la mobilisation sociale. Seule une prise de conscience collective permettra de briser la banalisation de ce crime et de protéger réellement les femmes.
Le deuxième panel, composé de Me Venusha Autar (avocate et spécialiste des questions de genre), Me Ashvin Dwarka (notaire et expert en droits des hommes et des garçons) et de Mme Shaila Prasad-Jankee (PPMO - Principal Police Medical Officer), a approfondi les aspects juridiques, mettant en lumière la nécessité d'amender le code pénal pour mieux prendre en compte toutes les formes de violence domestique, don't le féminicide fait partie. Me Venusha Autar, avocate, spécialiste des questions de genre et membre de Mpower, a confié : «Le 28 décembre 2018, alors que mon fils n'avait que trois ans et demi, j'ai échappé de peu à un féminicide.
Effrayée et traumatisée, j'ai dû appeler mes voisins et la police pour être secourue. Malgré cela, la famille de mon mari m'a reproché de vouloir partir, arguant que je ne pourrais pas assumer seule le loyer.» Elle poursuit : «Les abus ont continué après notre déménagement dans une nouvelle maison. Mon mari répétait que je n'avais aucun droit puisque je ne payais pas le loyer. En 2023, les violences se sont intensifiées : humiliations, menaces, agressions devant mes enfants et leur grand-mère. Le 1er novembre 2023, j'ai été frappée en pleine cérémonie religieuse. Ma belle-mère m'a persuadée de ne pas porter plainte, mais quelques jours plus tard, une nouvelle attaque, entendue et répétée par son fils, m'a poussée à agir, et j'ai enfin déposé plainte, entraînant l'arrestation de mon mari.»
Après la séparation, il a continué de la harceler, l'espionnait par l'intermédiaire de tiers et a même tenté de nuire à sa carrière en déposant de fausses plaintes. Aujourd'hui divorcée, elle élève seule ses deux enfants et affirme que quitter cet homme lui a sauvé la vie. Son message est clair : «Les victimes doivent parler, demander de l'aide, et la société doit écouter sans jugement.» Elle exhorte les femmes à briser le silence pour se protéger et protéger leurs enfants.
Me Ashvin Dwarka, notaire et expert en droits des hommes et des garçons, a souligné que « la violence domestique traverse toutes les couches sociales et touche autant les citoyens ordinaires ». Son intervention met en lumière non seulement la brutalité de la violence conjugale, mais aussi l'effondrement progressif des institutions censées protéger les citoyens : corruption policière, interférences politiques dans la justice, ordres de détention abusifs. Il souligne la difficulté pour les victimes -- femmes, hommes ou personnes LGBTQ+ -- de dénoncer des années de contrôle coercitif, d'humiliation et de menaces. Pour Ashvin, il serait préférable d'introduire des circonstances aggravantes liées au féminicide dans le cadre de l'homicide.
Dr Shaila Prasad-Jankee, PPMO, a rappelé : «Malgré les annonces publiques et les réformes législatives en cours, de nombreuses victimes témoignent ne pas être assistées par les forces de l'ordre, ce qui maintient un climat de méfiance et d'insécurité.» Les statistiques présentées confirment une réalité alarmante : les femmes représentent la grande majorité des victimes de meurtres domestiques, dans le pays comme dans le monde. Les facteurs de risque incluent les violences non signalées, la dépendance économique, la pression sociale et la stigmatisation. La prévention doit également toucher les plus jeunes, filles et garçons, souvent pris dans des dynamiques familiales violentes et confrontés à des abus parfois au sein même des foyers d'accueil. Enfin, Dr Jankee insiste sur l'importance des mots : nommer le féminicide est indispensable pour reconnaître un phénomène structurel, enraciné dans des traditions et des normes sociales et religieuses. Elle appelle à «penser avec justesse» pour mieux agir collectivement.
Le troisième panel, composé de Mme Nusrat Damree (psychologue senior), Mme Anoushka Sooriamoorthy (philosophe), Mme Anju Hawoldar (life coach) et Mme Manisha Damry (parenting coach), a abordé les dimensions psychologiques, philosophiques et sociales du féminicide. Les intervenantes ont souligné l'importance cruciale d'apporter un soutien et un accompagnement aux victimes collatérales, notamment les enfants et les personnes âgées. Elles ont également rappelé que le traumatisme des victimes peut être intergénérationnel, et insisté sur la nécessité de mettre en place des mesures de protection et d'assistance pour les familles endeuillées.
Cet atelier a été un moment charnière, permettant de mettre en lumière l'urgence d'agir pour éradiquer le fléau des féminicides. Les témoignages poignants, les analyses approfondies et les propositions concrètes ont insufflé une dynamique d'engagement et de mobilisation parmi les participants. À l'issue de cet événement riche et inspirant, nous ne pouvons rester les bras croisés face à cette tragédie qui touche nos communautés. Chacun, à son niveau, a un rôle à jouer pour briser le silence, sensibiliser et agir.
Rejoignez-nous dans ce combat pour l'élimination de la violence envers les femmes. Soyons la voix de celles qui ne peuvent plus parler. Ensemble, construisons un avenir où plus aucune femme ne sera victime de féminicide, où les familles seront protégées et soutenues. C'est le seul chemin vers une société plus juste et plus égalitaire.