Afrique Centrale: Est RDC - Alerte, risque de régionalisation du conflit

Great Lakes Region map.

Faut-il désespérer de la RDC ? Ou plus exactement, faut-il désespérer de voir les présidents Félix Tsishekedi et Paul Kagamé fumer le calumet de la paix ?

Question urgente sur un conflit qui, non seulement s'éternise mais aussi s'élargit et se complexifie. En effet, ce qui au départ était un problème de primes non payés aux rebelles Bagnamoulegué qui, venus du Rwanda avaient aidé Laurent Désiré Kabila a chassé le maréchal Mobutu Sesse Seko du pouvoir, est aujourd'hui en passe d'être un conflit régional ouvert. Il pourrait impliquer au moins 3 pays : La RDC, le Rwanda et le Burundi. Encore que l'Ouganda pourrait aussi revendiquer un droit de poursuite des groupes armés qui de temps à autre violent ses frontières.

On n'en est pas encore à cette immixtion ouverte et officielle du Burundi et de l'Ouganda dans cette guerre, même si en début de semaine Paul Kagamé a ouvertement déclaré que le Burundi et la RDC violaient les accords de paix de Washington. Cette invective publique et officielle contre le Burundi de la part du Rwanda, est une première, sauf erreur ou omission.

Pourtant depuis le début du conflit le soutien de Bujumbura à Kinshasa était secret de polichinelle. Il s'est accru, ce soutien, avec l'arrivée de Tsishékedi au pouvoir pour des raisons communautaristes car, si l'on peut caricaturer le régime de Kigali en "Tutsi power", on brocarderait celui de Bujumbura en " système hutu". Or, la première raison de l'intervention du Rwanda à l'est de la RDC, était pour y déloger de présumés génocidaires hutus.

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En occupant cette ville stratégique, le M23, autant dire, le Rwanda, ferme le principal robinet des flux commerciaux et de libre circulation des personnes entre la RDC et le Burundi. La prise d'Uvira est donc une énième victoire importante pour Paul Kagamé qui renforce non seulement l'isolement de l'est de la RDC d'avec le reste du pays, notamment Kinshasa, mais aussi le Burundi de son principal partenaire commercial régional et allié dans la lutte contre le "Tutsi power". On comprend donc que la RDC et le Burundi se concertent aujourd'hui plus qu'hier au sujet de cette guerre pour desserrer l'étau que le M 23 tisse contre eux.

Le paradoxe dans cette extension de l'offensive des rebelles avec ces risques réels d'une implication plus ouverte du Burundi dans cette guerre c'est qu'elle survient à moins d'une semaine du fameux accord de Washington dont la signature a été si bien orchestrée par le président Donald Trump. L'encre des signatures n'a même pas séché que la violation du cessez-le feu s'est accrue. Résultat, une plus forte emprise des rebelles et donc du Rwanda sur l'est de la RDC au point d'agacer plus encore le Burundi.

De là à dire que la pax americana pour la RDC est un pétard mouillé d'un Donald Trump, incapable ou se refusant à assurer le service après vente, il y a un pas... Décidément la 3e guerre en RDC n'a pas fini de nous surprendre.

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