Madagascar: À Fort Dauphin, quinze ans d'ilménite... et toujours pas de développement pour la population

À Madagascar, cela fait désormais quinze ans que QMM, filiale de Rio Tinto et deuxième plus grande mine du pays, extrait de l'ilménite - minerai utilisé principalement dans la fabrication de peinture, de plastiques, et dans le cosmétique - dans le sud de l'île.

Quinze années durant lesquelles Fort-Dauphin s'est transformée au rythme des investissements : routes, port, électricité : des améliorations indéniables pour la population. Mais ce développement visible ne parvient pas à masquer un paradoxe : la transformation structurelle de la région, elle, n'a jamais eu lieu. Pire encore, selon la société civile, le modèle extractif actuel, déséquilibré et non inclusif, aurait généré davantage d'inégalités que d'opportunités.

Port en eau profonde, parcs solaires et éoliens, routes bitumées : la ville côtière de Fort-Dauphin, dans le sud de Madagascar, a incontestablement bénéficié des nouvelles infrastructures financées par QMM depuis 2009. « Ce sont des améliorations pour toute la ville, mais aussi pour les communes autour de Fort Dauphin », confirme Gahidï Marenjaka Masimana, président de la Plateforme régionale de la société civile de l'Anosy.

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Malgré ces progrès visibles, les organisations de la société civile constatent l'absence d'avancées économiques significatives pour la région. Elles rappellent pourtant que l'entreprise reverse 2 % du montant de ses ventes de minerais à l'État, ainsi que plus de 4 millions de dollars d'aide par an aux populations dans le cadre de ses programmes sociaux (RSE).

« On ne sait pas où va tout cet argent. Nous constatons un manque de transparence dans la redistribution et sur les bénéficiaires. Il y a une véritable opacité de gestion. En 2005, le taux de pauvreté dans la région Anosy était d'environ 74 %. En 2022, il a grimpé à 92 %. Cela montre qu'il n'y a pas d'impact économique ou social réel », explique le responsable.

Des inquiétudes sanitaires et environnementales

Après quinze ans, la société civile réclame désormais la mise en place d'un suivi environnemental et sanitaire indépendant -- et non assuré par QMM comme aujourd'hui. Selon ses observations, de nouvelles pathologies seraient apparues chez les habitants vivant à proximité de la mine : « diarrhées récurrentes, maladies de peau, cancers des yeux... des maladies qu'on ne voyait pas auparavant », explique M. Masimana.

Dans leurs recommandations, les associations exigent de l'État de rendre publics les contrats d'exploitation minière, afin de garantir une gestion transparente des ressources. Mais également de revoir les mécanismes de compensation, avec de véritables sanctions pénales en cas de détournement ou de mauvaise gestion avérée.

Des exigences qui concernent l'ensemble des sociétés minières présentes sur l'île -- celles déjà en activité comme celles susceptibles de démarrer prochainement.

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