Congo-Kinshasa: Procès Roger Lumbala - La perpétuité requise pour complicité de crimes contre l'humanité

À Paris, les avocats généraux Nicolas et Claire Thouault ont requis vendredi 12 décembre la réclusion criminelle à perpétuité contre l'ancien chef politico-militaire congolais Roger Lumbala. Il est jugé pour sa participation présumée à des crimes contre l'humanité commis dans l'est de la République démocratique du Congo (RDC) entre 2002 et 2003. L'accusé a refusé de comparaître, récusé ses avocats et contesté la compétence de la justice française.

Au terme de cinq semaines d'audience, l'accusation a demandé la peine la plus lourde prévue par le Code pénal français, à savoir la réclusion criminelle à perpétuité, assortie d'une période de sûreté, de la confiscation des biens et d'une interdiction définitive du territoire français.

Selon les avocats généraux, cette peine est proportionnée à la gravité des faits reprochés : exécutions sommaires, tortures, viols, esclavage par le travail forcé et pillages, constitutifs de crimes contre l'humanité au sens de l'article 212-1 du Code pénal.

Contrôle des territoires

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Le réquisitoire s'appuie sur de nombreux éléments établissant le recours systématique aux travaux forcés pour occuper, exploiter et contrôler plusieurs zones de l'est de la RDC. Même après la fin officielle de certaines opérations armées, les exactions se poursuivaient.

Les avocats généraux ont souligné que Roger Lumbala se rendait personnellement dans certaines localités, y compris après la cessation déclarée des combats. Cela traduit, selon eux, le maintien d'une autorité politico-militaire effective.

Une entente criminelle

L'accusation a insisté sur l'existence d'un continuum d'autorité politique, militaire et territoriale entre plusieurs chefs de mouvements armés, dont Roger Lumbala, qui ont également intégré ensemble les institutions de la transition congolaise.

De 2002 à 2003, l'accusé aurait pris part activement à une entente criminelle visant la commission de crimes contre l'humanité, aux côtés de responsables politiques, administratifs et militaires de différents groupes armés.

Les éléments du dossier établissent sa connaissance des exactions, sans qu'il ait cherché à les empêcher ni à s'en désolidariser.

Des exactions d'une extrême violence

Durant le procès, les jurés ont entendu le récit des crimes commis lors de l'opération « Effacer le tableau » menée dans le nord-est de la RDC par les soldats du RCD-N. Ce groupe rebelle de Roger Lumbala était allié au MLC de Jean-Pierre Bemba et soutenu par l'Ouganda. Viols utilisés comme arme de guerre, esclavage sexuel, travail forcé, tortures, mutilations, exécutions sommaires et pillages ont été décrits par les témoins.

Les victimes étaient majoritairement issues des communautés Nande et pygmées Bambuti, accusées, par les assaillants, de soutenir une faction rivale. Si la Cour n'est pas saisie pour le cannibalisme, des victimes ont décrit ces faits d'une extrême violence.

Les ambitions personnelles au coeur du dossier

Pour l'accusation, Roger Lumbala apparaît comme un homme ambitieux et opportuniste, mû non par une idéologie politique structurée, mais par une quête de pouvoir et d'enrichissement personnel. De 1998 à 2003, il est passé du statut de conseiller à celui de ministre, puis de chef d'un groupe disposant d'un pouvoir politique et militaire.

Selon les avocats généraux, le conflit congolais a servi de tremplin à son ascension politique, au prix du sacrifice de populations civiles, notamment à Bafwasende, Epulu, Mambasa, Mandima et à Isiro, dans les territoires du Haut-Uele, de la Tshopo et de l'Ituri.

Verdict attendu lundi

En requérant la perpétuité, l'accusation a rappelé que rien - ni le contexte politique, ni l'histoire, ni la géographie - ne justifie le meurtre, la torture, le viol, le pillage ou l'esclavage comme armes de guerre.

La décision de la Cour est attendue lundi 15 décembre. Les jurés devront répondre à près de 150 questions, avant de rendre leur verdict.

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