Congo-Kinshasa: La nouvelle offensive rebelle ravive le spectre d'un éclatement du pays

12 Décembre 2025

La prise d'Uvira par l'AFC/M23, au terme de plusieurs jours de combats dans l'est de la République démocratique du Congo, a mis fin aux espoirs d'une accalmie sur le terrain, moins d'une semaine après la signature d'un accord de paix à Washington. Vendredi, devant le Conseil de sécurité, le chef du maintien de la paix de l'ONU a alerté sur les menaces que cette nouvelle offensive fait planer sur l'unité du pays et la stabilité régionale.

« Les développements récents font peser un risque sérieux de fragmentation progressive de la République démocratique du Congo », a averti Jean-Pierre Lacroix, pointant l'expansion territoriale du groupe armé, l'installation d'« administrations parallèles » et l'affaiblissement de la présence de l'État congolais dans plusieurs zones de l'Est. Une dynamique qui, selon lui, « menace directement l'unité, la souveraineté et l'intégrité territoriale » du pays et ravive « le spectre d'un embrasement régional aux conséquences incalculables ».

L'AFC/M23 a lancé ces derniers jours une nouvelle offensive dans la province du Sud-Kivu, s'emparant de plusieurs localités, dont Uvira, tombée le 9 décembre à l'issue de combats intenses. Cette ville stratégique, située sur les rives du lac Tanganyika, était devenue chef-lieu provincial après la prise de Bukavu par les rebelles, en février, dans le cadre d'une campagne militaire fulgurante engagée en début d'année.

Une stratégie d'expansion

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La stratégie d'expansion territoriale du mouvement lui a permis de prendre le contrôle de nombreuses villes dans le Sud-Kivu, mais aussi dans la province voisine du Nord-Kivu, notamment Goma, ancien chef-lieu occupé par le M23 - groupe armé se réclamant de la défense des Tutsis congolais - depuis la fin janvier. Une avancée méthodique, qui déplace les lignes de front et fragilise un peu plus l'autorité de l'État congolais dans une région déjà minée par des décennies de conflit.

Selon Jean-Pierre Lacroix, la prise d'Uvira se serait accompagnée « d'une escalade militaire de grande ampleur », opposant, d'un côté, les combattants du M23, avec le soutien présumé des forces armées rwandaises, et, de l'autre, l'armée congolaise, appuyée par des militaires burundais et les groupes d'autodéfense Wazalendo, alliés au gouvernement de Kinshasa.

Une instabilité chronique

Cette instabilité chronique est nourrie par la nature même de l'est congolais. La région compte parmi les plus riches du pays en ressources minières, notamment en or et en coltan, un minerai stratégique indispensable à la fabrication des batteries et des téléphones portables. Elle est aussi traversée par de profondes tensions communautaires, héritées de décennies de conflits et de déplacements forcés.

Dans ce contexte, une constellation de groupes armés, congolais et étrangers, souvent instrumentalisés par des États voisins, se disputent le contrôle des territoires, des sites miniers et des circuits de contrebande, alimentant un cycle de violence qui échappe largement aux tentatives de règlement politique.

Le fossé entre la diplomatie et le terrain

La reprise des combats intervient pourtant après plusieurs avancées diplomatiques récentes, dont la signature, le 4 décembre à Washington, d'un accord de paix entre le président congolais, Félix Tshisekedi, et son homologue rwandais, Paul Kagame. Conclu sous l'égide du chef de l'État américain, Donald Trump, cet avancée faisait suite à un accord-cadre signé le 15 novembre à Doha entre la RDC et l'AFC/M23, ainsi que la mise en place, en octobre, d'un mécanisme conjoint de surveillance du cessez-le-feu entre Kinshasa et le groupe rebelle. Ces initiatives avaient nourri l'espoir d'une désescalade.

Mais « les développements récents au Sud-Kivu illustrent de manière indéniable l'écart qui existe entre les efforts diplomatiques et la réalité vécue par les populations civiles », a souligné M. Lacroix. Selon lui, les violations répétées du cessez-le-feu et la reprise des hostilités font planer « un risque concret d'effondrement des efforts diplomatiques en cours », mettant à mal la crédibilité des processus de paix et alimentant le sentiment d'abandon des civils.

Multiplication des groupes armés

Parallèlement à l'escalade au Sud-Kivu, la violence demeure endémique dans les deux provinces voisines. Dans le territoire de Lubero, au Nord-Kivu, les Forces démocratiques alliées (ADF), une milice d'origine ougandaise affiliée à Daech, ont tué au moins 132 civils au seul mois de novembre. En Ituri, des groupes armés continuent d'opérer à proximité immédiate de camps de déplacés, où les Casques bleus de la MONUSCO, la mission de maintien de la paix de l'ONU déployée dans la région, assure seule une protection physique directe à plus de 100 000 personnes.

« Les femmes et les enfants sont touchés de manière disproportionnée », a rappelé le responsable, évoquant des violences sexuelles systématiques liées au conflit, des déplacements forcés, des exécutions arbitraires et des enlèvements. Dans les zones contrôlées par l'AFC/M23, les restrictions imposées à la mission onusienne entravent son travail de surveillance et de documentation.

Effondrement humanitaire

À cette spirale sécuritaire s'ajoute une crise humanitaire aiguë : 5,3 millions de personnes sont déplacées à l'intérieur du pays et plus de 24 millions souffrent d'insécurité alimentaire, tandis que le plan de réponse humanitaire pour la RDC n'est financé qu'à hauteur de 22 %. La fermeture prolongée des aéroports de Goma et de Kavumu et la réduction de l'accès humanitaire compliquent encore la réponse.

Malgré une crise de liquidités qui affecte l'ensemble des opérations de maintien de la paix, la MONUSCO tente de maintenir une présence dissuasive. « Les réductions inévitables des effectifs [...] auront un impact sur sa capacité de réaction rapide et sa portée opérationnelle », a reconnu Jean-Pierre Lacroix.

Face à cette spirale, le chef du maintien de la paix appelle l'ONU à agir. « À ce moment critique, le rôle du Conseil de sécurité est plus déterminant que jamais », a-t-il insisté. Car, au-delà des accords signés, « les avancées diplomatiques doivent désormais se traduire par des améliorations concrètes sur le terrain », faute de quoi la guerre continuera à redessiner la carte de la RDC et de la région régionale par la force.

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