Ile Maurice: Plongée dans la ruée festive

15 Décembre 2025

À dix jours de Noël et à 17 jours du Nouvel an, Maurice entre dans sa période la plus vibrante. Les rues, marchés, centres commerciaux et foires s'animent au rythme des préparatifs, tandis que les Mauriciens, malgré une année éprouvante et un 13e mois qui tarde encore à tomber, veulent faire de ces fêtes un moment inoubliable.

Du marché de Mahébourg aux allées de Curepipe en passant par les boutiques, l'ambiance tant attendue commence à s'installer.

Le soleil de midi cogne fort, mais rien n'arrête la foule qui défile entre les étals du marché de Mahébourg. Mauriciens et visiteurs étrangers arpentent les rangées avec le sourire à la recherche de bonnes affaires pour marquer la fin d'année. Les commerçants, eux, multiplient les gestes et les prix cassés pour attirer les clients: c'est le moment ou jamais de rentabiliser leurs efforts.

À quelques mètres des étals de vêtements, Shirley, habitante de Vacoas, semble ravie de sa sortie improvisée. «Je suis venue avec un budget de Rs 2 000. Pour le moment, j'ai pu faire mon bonheur pour moins de Rs 1 000», dit-elle, un sac déjà bien rempli. Deux hauts à Rs 250 pièce, un pantacourt à Rs 475... Elle coche sa liste petit à petit dans un enthousiasme contagieux. Comme elle, beaucoup veulent renouveler leur garderobe avant d'accueillir 2026.

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Ce retour des clients donne du baume au coeur à ceux qui vivent de ce commerce de proximité. Rajesh Jhuree, marchand depuis de longues années, affiche un sourire sincère. «Depuis que les enfants sont en vacances, l'ambiance a changé. Je pense que plusieurs vont organiser leur fête au bureau bientôt alors les achats reprennent. Après le Covid et le Wakashio, on est vraiment contents de revoir du mouvement», confie-t-il, plein d'espoir.

Curepipe : excitation et appréhensions

Changement de décor, mais ambiance similaire. Curepipe retrouve peu à peu ses couleurs. Le centre-ville bruisse d'activité, surtout autour de Bruce Square, à un jet de pierre de la gare Jan Palach Sud. Les marchands saisonniers ne seront sur le site de l'ancienne foire Ramdin qu'à partir du 17 décembre, mais cela n'empêche pas les premiers acheteurs de se frayer déjà un chemin. Sheila, venue de Midlands, préfère anticiper. «Une fois que le 13e mois sera payé, ce sera la vraie fourmilière. On ne pourra plus circuler et il faut aussi faire attention aux pickpockets», lâche-t-elle tout en ajustant son sac. Pour beaucoup, les emplettes se feront avant le grand rush du week-end.

Du côté des commerçants installés toute l'année, le ton est beaucoup moins enjoué. Pour certains, décembre n'est plus synonyme de prospérité. Louis Pierre, qui exerce depuis plusieurs années, semble résigné. «Cela fait un an que j'attends cette période pour enfin dire que je travaille correctement, mais ce n'est pas le cas», racontet-il, l'air fatigué. «J'envisage de changer de métier en 2026. On n'arrive pas à joindre les deux bouts.» Il évoque aussi la concurrence accrue, difficile à absorber. «Il y a tellement de foires autorisées cette année. Comment on va faire ?», demande-t-il, amer.

Selon lui, même les autorités ne sont plus un soutien. «Le ministre Shakeel Mohamed dit que tout le monde doit pouvoir travailler. Très bien. Mais nous, les commerçants, on attendait ce mois-ci avec patience. Et voyez le résultat.» La lassitude se lit dans ses mots. «Le secteur est en perdition. J'ai même cherché du travail dans la construction, mais on m'a dit que c'est surtout pour la main-d'oeuvre étrangère. Et il faut travailler jusqu'à 65 ans maintenant pour la pension. Ces dix dernières années n'ont pas été faciles. On a voté pour un changement, mais la vie est devenue chère.»

La magie... malgré tout

Dans les centres commerciaux, les décorations scintillantes et les chansons de Noël donnent une touche féerique à l'ambiance. Pourtant, derrière les vitrines, la réalité est contrastée. Certains commerçants profitent pleinement du regain d'activité, d'autres, comme Sharon, vivent un véritable marathon. Employée dans un showroom d'ameublement et d'électroménager, elle confie travailler des heures interminables.

«Durant cette période, on n'a pas vraiment le temps de penser à la famille. Il y a des jours où on finit à minuit. Honnêtement, j'attends le 1er janvier avec impatience», dit-elle en souriant, mais visiblement épuisée. L'esprit de Noël, pour elle, commencera quand les portes du magasin se refermeront enfin après les fêtes.

Pour d'autres, la surcharge de travail rime avec opportunités. Kevin, employé dans la restauration, s'y prépare déjà. «Chaque année, c'est la folie. On ne sait plus où donner de la tête. Bien sûr qu'on aimerait passer plus de temps en famille, mais les heures supplémentaires vont faire du bien. Commencer 2026 avec un bon salaire, ça motive.»

Entre fatigue, frustrations, espoirs et traditions, ce mois de décembre reste un moment central pour les Mauriciens. Malgré les difficultés économiques, malgré les défis du commerce local, malgré la chaleur étouffante ou les longues heures de travail, chacun à sa manière se prépare à vivre cette parenthèse festive. Dans les allées bondées, sur les routes encombrées, dans les boutiques illuminées ou les marchés colorés, une énergie particulière flotte déjà : celle d'un pays qui veut croire à la magie, encore et toujours.

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