Maroc: Inondations - Comment des comptes de désinformation exploitent la catastrophe

Deux jours après les inondations qui ont frappé la côte atlantique du Maroc, le dernier bilan des autorités locales fait état de trente-sept victimes. La ville de Safi a été particulièrement touchée. Sur les réseaux sociaux, certains comptes exploitent la catastrophe en diffusant des vidéos générées par intelligence artificielle.

Une boue gluante et des ruelles dévastées. La ville de Safi est méconnaissable après la montée des eaux brutale qui a touché une partie du Maroc ce dimanche 14 décembre. Les images de destruction sont partout sur les réseaux sociaux. Comme à chaque catastrophe naturelle, certains comptes malintentionnés exploitent ce drame pour faire des vues et désinformer. C'est notamment le cas d'un compte TikTok arabophone. Depuis deux jours, ce compte diffuse des vidéos artificielles censées documenter ces inondations au Maroc.

La vidéo la plus virale compte plus d'un million de vues. Elle prétend montrer le nouveau stade Prince Moulay Abdellah à Rabat, en partie détruit par les intempéries. On pense y voir des agents, gilets jaunes sur le dos, qui déblayent la pelouse. Vérification faite, cette vidéo n'est pas réelle.

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En réalité, aucune information ne fait état de dégâts dans le stade de la capitale qui doit accueillir, entre autres, les matchs de la Coupe d'Afrique des Nations. Comme l'indique un message d'avertissement ajouté par TikTok, ces images ont été générées par intelligence artificielle.

Des clips artificiels ultraréalistes

Une autre vidéo diffusée par ce même compte a atteint le million de vues sur les réseaux sociaux. Durant quinze secondes, on pense y voir des cadavres flottants dans une rue inondée. Un homme, vivant, porte un drapeau marocain. Une nouvelle fois, ce clip est mensonger.

Cette scène a été fabriquée de toutes pièces par un outil d'IA générative. On retrouve une nouvelle fois la mention « contient des médias générés par IA ». Un avertissement ignoré par les comptes qui partagent cette vidéo sur d'autres plateformes comme Facebook ou X.

Les exemples de ce type se comptent par dizaines. Dernier exemple avec cette autre vidéo artificielle censée montrer une femme, sur le sol, en train de pleurer.

Si certains de ces extraits comportent des incohérences visuelles trahissant l'utilisation de l'IA, d'autres sont très difficiles à vérifier à l'oeil nu. La durée de ces vidéos est un élément important à prendre en compte. Toutes durent entre dix et quinze secondes. C'est, à ce jour, la durée standard d'une vidéo artificielle.

Instrumentaliser les émotions

Depuis la démocratisation et le perfectionnement des outils d'IA générative, aucune catastrophe naturelle n'échappe à ce type de contenus mensongers. Les auteurs de ces fausses informations exploitent l'émotion suscitée par le drame pour viraliser leurs productions et monétiser leur audience. Cette désinformation permanente représente un véritable danger puisqu'elle sature l'espace informationnel, invisibilise les vraies images et masque les messages d'alerte des secours et des autorités.

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