Réuni mardi 16 décembre à l'occasion de la Journée nationale de réflexion sur le thème « Le Sénégal, un modèle démocratique à la croisée des chemins », Alioune Tine, fondateur d'Afrikajom Center, a livré une analyse lucide et nuancée de l'état de la démocratie sénégalaise. Pour le défenseur des droits humains, le modèle démocratique national demeure « vibrant », porté par un attachement profond des citoyens à la République et par leur volonté de préserver un espace public de débat.
Selon lui, la forte mobilisation autour de cette rencontre traduit un besoin croissant d'« agora », au-delà des institutions formelles, pour discuter sereinement des enjeux stratégiques du pays. Mais Alioune Tine met en garde : le Sénégal traverse, comme le reste du monde, une période de bascule marquée par des mutations technologiques, la montée du populisme et l'affaiblissement du libéralisme démocratique. Dans la région, ces fragilités ont parfois ouvert la voie à des dictatures, nourries par des guerres informationnelles et des crises sécuritaires.
Face à ces menaces, il plaide pour une démocratie « inachevable » qui se construit dans le débat permanent. Sorti récemment d'une grave crise politique par une loi d'amnistie, le pays doit tirer les leçons de cette séquence, éviter les écueils du chaos et consolider le changement à travers des institutions fortes. « La République est notre bien commun », rappelle-t-il, soulignant la nécessité de co-construire démocratie, développement et économie.
Alioune Tine salue par ailleurs le rôle de la justice, saluée à l'international pour avoir contribué à éviter le pire. Pour prévenir les violences liées à la conquête ou à la conservation du pouvoir, il appelle enfin à renforcer la démocratie délibérative et participative, impliquant citoyens, acteurs politiques, sociaux et médiatiques. Un sursaut collectif qu'il estime indispensable pour préserver l'exception sénégalaise.
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