Maroc: Quand la dette impose sa loi à l'Etat

16 Décembre 2025

Comment un pays peut-il financer son développement lorsque plus du tiers de son budget est absorbé par sa dette? Comment une loi de Finances peut-elle prétendre incarner un projet national si ses priorités sont dictées par les marchés internationaux? Comment bâtir un Etat social quand l'essentiel de l'effort budgétaire sert d'abord à payer les créanciers? Comment créer la richesse nécessaire pour soutenir l'éducation, la santé et l'emploi si chaque dirham investi ne génère que 0,3 dirham de valeur ajoutée? Et, plus largement, comment exercer une souveraineté économique réelle dans un contexte où l'endettement devient la matrice silencieuse de toutes les décisions publiques ?

Une dette qui explose et un budget de plus en plus captif

La dynamique de la dette publique marocaine est devenue un indicateur central de la fragilité du modèle économique national. A la fin de 2024, la dette totale a franchi le seuil record de 1.075 milliards de dirhams, soit près de 96% du PIB, un niveau qui n'avait pas été atteint depuis plus de vingt ans. La dette extérieure - 67,99 milliards de dollars - équivaut pratiquement aux recettes totales d'exportation, révélant une exposition structurelle aux fluctuations des marchés mondiaux. La dette intérieure, dépassant 780 milliards de dirhams, confirme la dépendance croissante du Trésor aux financements domestiques dans un contexte de hausse généralisée des taux d'intérêt. La croissance nationale plafonne autour de 3%, bien loin des 6% requis pour absorber le chômage massif des jeunes et financer les infrastructures essentielles

Cette dynamique serait moins préoccupante si elle s'accompagnait d'une croissance soutenue et d'un investissement productif. Or, la croissance nationale plafonne autour de 3%, bien loin des 6% requis pour absorber le chômage massif des jeunes et financer les infrastructures essentielles. Le modèle choisi par le gouvernement demeure vulnérable, dépendant du climat et de la conjoncture internationale, incapable de générer la richesse nécessaire pour financer durablement l'Etat social.

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Le service de la dette illustre cette contrainte : il a atteint 155 milliards de dirhams, soit un dirham sur trois du budget général. Ce montant est presque le double du budget combiné de la santé et de l'éducation, deux piliers censés incarner la nouvelle promesse sociale du pays. A ce niveau, la dette n'est plus un outil de financement, mais un prédateur silencieux qui dicte l'allocation des ressources publiques et limite les marges de manœuvre de l'Etat.

Un modèle d'investissement coûteux, peu productif et incapable de réduire la vulnérabilité

L'un des paradoxes de l'économie marocaine est que, malgré un taux d'investissement parmi les plus élevés de la région - environ 32% du PIB -, la productivité demeure extrêmement faible. Chaque dirham investi par l'Etat ne produit que 0,3 dirham de valeur ajoutée. Cette fragilité structurelle signifie que la dette augmente plus vite que la richesse créée pour la rembourser. L'économie investit beaucoup, mais transforme peu.

Ce constat se reflète dans les déséquilibres sociaux et sectoriels. Le chômage urbain des jeunes dépasse 32%, le Maroc manque de 32.000 médecins et de 65.000 infirmiers, et plus de 57% des ménages déclarent rencontrer des difficultés financières structurelles. A cela s'ajoute un choc inflationniste qui a atteint près de 18% sur les produits alimentaires en 2023, avant de se stabiliser à un niveau encore élevé. La pression s'intensifie sur la classe moyenne, déjà affaiblie par l'endettement des ménages et la stagnation des revenus.

Le modèle économique souffre également d'un déficit externe chronique : un déficit commercial qui a dépassé 311 milliards de dirhams en 2022, dont 153 milliards pour la seule facture énergétique. Cette dépendance amplifie le besoin en devises et pousse l'Etat à recourir davantage à l'endettement extérieur. Dans ce contexte, les fluctuations des prix de l'énergie, des céréales ou du dollar suffisent à bouleverser les équilibres nationaux, accentuant la vulnérabilité du pays et réduisant encore plus son autonomie de décision.

Cette vulnérabilité nourrit un cercle vicieux : faible productivité → endettement accru → service de la dette plus lourd → baisse de l'investissement utile → ralentissement économique → augmentation du chômage → fragilisation du tissu social. Tant que ce cercle n'est pas brisé, la dette demeurera un frein au développement et un facteur d'instabilité.

Quand les marchés deviennent co-décideurs : la souveraineté économique est remise en question

L'endettement extérieur ne se limite pas à des flux financiers : il implique aussi des normes, des conditionnalités et des attentes de la part des créanciers internationaux. Si la signature des accords reste marocaine, les marges de liberté qu'ils laissent se réduisent à mesure que la dette augmente. Un Etat dont le budget est capturé par le service de la dette perd progressivement sa capacité à arbitrer librement, à protéger les plus vulnérables et à conduire un projet collectif ambitieux

L'Etat se trouve ainsi contraint de caler ses politiques budgétaires sur les signaux envoyés par les marchés, les agences de notation ou les institutions financières internationales. Un budget peut être amendé, retardé ou reconfiguré pour rassurer sur la soutenabilité de la dette, parfois au détriment des urgences nationales. La hiérarchie des priorités change : ce ne sont plus les besoins sociaux qui déterminent les arbitrages, mais la capacité à maintenir une notation stable, à respecter un ratio dette/PIB, ou à répondre aux attentes d'un créancier majeur.

Cette «souveraineté sous contrainte» se manifeste aussi dans la gestion du temps politique. Là où l'Etat devrait planifier sur dix ou quinze ans pour transformer l'économie, il se voit forcé de raisonner en fonction des échéances de remboursement, des cycles de taux ou des revues annuelles du FMI. Le long terme s'efface au profit d'une gestion budgétaire défensive et réactive.

Dans un tel contexte, il devient difficile de financer une réforme profonde de l'éducation, de relancer l'hôpital public, de transformer l'industrie ou d'accélérer la transition énergétique. Non pas parce que ces priorités ne sont pas nécessaires, mais parce que les marges budgétaires sont déjà broyées par la dette. Ce phénomène crée un écart inquiétant entre les ambitions affichées et les moyens réels, alimentant le scepticisme citoyen et accentuant la fracture entre discours politique et vécu social.

La dette comme bataille politique, économique et démocratique

La montée vertigineuse de la dette marocaine ne constitue pas seulement un risque financier; elle porte aussi en elle la menace d'un affaiblissement durable du contrat social et de la souveraineté nationale. Un Etat dont le budget est capturé par le service de la dette perd progressivement sa capacité à arbitrer librement, à protéger les plus vulnérables et à conduire un projet collectif ambitieux. Une société qui ne voit pas les fruits de ses sacrifices perd confiance dans l'avenir.

Le Maroc ne pourra restaurer sa souveraineté économique qu'en réorientant profondément son modèle de croissance : montée en gamme industrielle, réforme fiscale équitable, lutte contre les rentes, productivité accrue, investissement ciblé sur les secteurs à forte valeur ajoutée, maîtrise ferme des dépenses publiques, et plan stratégique pluriannuel visant à réduire le ratio dette/PIB. Un budget peut être amendé, retardé ou reconfiguré pour rassurer sur la soutenabilité de la dette, parfois au détriment des urgences nationales

La bataille de la dette n'est pas une bataille d'experts : c'est une bataille politique. Elle détermine notre capacité à décider pour nous-mêmes. Elle conditionne le niveau de justice sociale que nous pouvons garantir. Elle façonne le projet de société que nous voulons construire.

Une nation ne se construit pas en empruntant pour survivre, mais en investissant pour se libérer. Et c'est précisément cette liberté qu'il s'agit aujourd'hui de reconquérir, une liberté que seule une alternance politique authentique peut rendre possible. Car le changement n'est pas une abstraction morale : il se produit par les urnes, par la sanction démocratique d'une majorité gouvernementale qui a échoué à protéger la souveraineté économique du pays, et par le choix d'un projet porteur de justice sociale, d'efficacité publique et de développement équilibré. Dans ce moment critique, l'USFP peut représenter, aux côtés des forces politiques qui partagent sa vision, la force capable de réorienter les politiques publiques, de restaurer la crédibilité de l'Etat social et de reconstruire un modèle de croissance fondé sur l'intelligence nationale plutôt que sur la dépendance vis-à-vis des marchés.

Le parti l'affirme depuis des années : aucune stratégie de développement ne peut réussir lorsqu'elle repose sur une dette qui s'accumule plus vite que la richesse produite. Comme le rappelle le Premier secrétaire, Driss Lachguar, "le Maroc ne peut pas continuer à financer son développement par l'endettement sans redéfinir ses priorités, renforcer sa souveraineté financière et reconstruire un modèle économique créateur de valeur et d'emplois; l'endettement n'est pas une politique, c'est un symptôme". Cette vérité simple révèle l'urgence d'un sursaut collectif, d'un retour à une logique de planification nationale et de justice territoriale, d'une vision où l'économie sert le citoyen et non l'inverse.

Le vote pour le progrès, pour la démocratie, pour un modèle fondé sur l'équité et la dignité, n'est plus un choix parmi d'autres : il constitue la seule voie pour sortir du cycle de vulnérabilité budgétaire qui bloque les réformes, fragilise la cohésion sociale et limite la souveraineté du pays.

Le Maroc n'a pas besoin d'une gestion qui subit les événements, mais d'un leadership qui les anticipe et les transforme; et c'est précisément l'ambition de l'USFP, celle de replacer le développement humain au cœur de la décision publique, de réhabiliter l'investissement productif, de renforcer les capacités de l'Etat et de libérer l'économie de la rente et de la dette. Reconquérir notre liberté économique n'est pas un slogan : c'est une bataille démocratique, et elle se gagne par un vote clair en faveur d'un Maroc du progrès et de la justice.

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